Contexte :

Les positions françaises dans le domaine de l’agriculture et de la pêche devraient être particulièrement exposées cette semaine à Bruxelles. Le cabinet de Michel Barnier, délocalisé pour quelques jours dans la capitale belge, « afin de reconnecter le débat français et européen sur l’agriculture et préparer concrètement la Présidence française », devra vraisemblablement calmer le jeu après les déclarations du président français sur la pêche.

Le 19 janvier dernier, Nicolas Sarkozy, en visite à Boulogne-sur-Mer, a en effet dénoncé les quotas de pêche européens devant 300 pêcheurs, soulignant que la Présidence française de l’Union européenne serait « une opportunité pour en sortir ». Des propos qui dérangent profondément les Etats membres et la Commission européenne.

Enjeux :

La fixation des quotas de pêche pour 2008 a effectivement été finalisée il y a un mois, à la suite de discussions difficiles entre les différents acteurs européens. Les quotas finaux vont déjà bien au-delà des recommandations de la Commission européenne et des experts scientifiques. La France est le principal pays opposé à la politique européenne de la pêche, alors même qu’elle n’est pas le plus important pêcheur au niveau européen.

Cette position s’explique par la précarité des pêcheurs français pour lesquels il n’existe pas de système d’assurance aussi performant qu’en Espagne ou au Danemark, lorsque les bateaux restent à quai. Les déclarations du président sont-elles une manière d’éluder la création d’une telle mutualisation ? La France se sert en tout cas du cadre européen comme d’un bouc émissaire, au mépris d’une logique de conservation des espèces comme l’anchois ou le cabillaud.

L’existence de ces quotas de pêche vise avant tout à permettre la reconstitution des ressources halieutiques des mers et océans européens. Les associations écologistes ont fait part de leur indignation et de leurs craintes quant au renouvellement des effectifs de poissons : la situation de certaines espèces est en effet alarmante.

Positions :

Malgré les déclarations du ministre de l’agriculture, Michel Barnier, selon lesquelles la France ne souhaite pas supprimer les quotas de pêche mais les assouplir, la Commission reste préoccupée par la position défendue par l’Hexagone.

Si la porte parole du commissaire à la pêche, Mireille Thom, a déclaré accueillir « favorablement toutes les contributions au débat sur la politique commune de la pêche pour améliorer la gestion des pêcheries dans l’Union européenne », rouvrir le débat n’est pas une chose que la France peut décider unilatéralement. Le commissaire français aux Transports, le Français Jacques Barrot, a d’ailleurs ajouté « qu’il est primordial pour la survie des espèces et de la pêche de conserver ces quotas ».

La Comité National des pêches maritimes et élevages marins (CNPMEM) a critiqué le compromis européen sur la pêche en décembre dernier. « Certaines de ces mesures sont de nature à menacer l’équilibre de certaines entreprises de pêche et [CNPMEM] s’interroge sur l’application de mécanismes de préférence qui, appliqués automatiquement d’une année sur l’autre, obèrent la rentabilité économique des flottilles de pêche », a déclaré le Comité à l’époque. 

Il ne faut pas prendre les pêcheurs en otages”, a déclaré M. Dachicourt dans une déclaration à l’AFP, lundi 21 janvier. Le président de la République n’a pas promis la “fin des quotas” de pêche mais déclaré vouloir “essayer de faire des quotas pluriannuels et de voir, comme la ressource revient, si on peut les augmenter pour certaines espèces”.

Réagissant aux propos tenus par Nicolas Sarkozy, le WWF France a au contraire critiqué la remise en cause des quotas de pêche par la France. « L’abolition des quotas de pêche permettra dans un premier temps aux entreprises de pêche de renouer à court terme avec des bénéfices mais très rapidement la surpêche engendrée ne pourra aboutir qu’à l’amenuisement voire à la disparition des stocks de poissons et par effet domino à la perte d’emploi pour les marins pêcheurs », estime l’organisation.

De son côté le ministre slovène de la pêche, Iztok Jarc, a indiqué que “l’objectif est d’avoir une activité de pêche durable et [que] les quotas sont l’un des instruments dont nous avons besoin” pour y parvenir.

L’UE “devrait toujours continuer à se baser sur les avis des scientifiques” pour fixer des limites de pêche, a ajouté le ministre portugais de la Pêche, Jaime Silva.

Son homologue allemand, Horst Seehofer, a enfin mis en garde contre une remise en cause générale du système. “A terme, ne pas avoir de quotas ne sert pas les pêcheurs si dans le même temps, ils n’ont plus de poissons”. “Nous ne pouvons pas placer les intérêts économiques au-dessus de tous les autres intérêts”. Il a cependant indiqué être prêt à discuter de l’idée de quotas pluri-annuels.