Alors que la grogne des pêcheurs s'éternise, la Commission et le Parlement européen multiplient les propositions. Celles-ci ne semblent cependant pas satisfaire les professionnels du secteur.
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Au lendemain des propositions de la Commission européenne en faveur des pêcheurs, le débat a fait son entrée, mercredi 18 juin, au Parlement européen, réuni en session plénière à Strasbourg. «Il ne servirait à rien de préserver la survie des poissons s’il n’y a plus de pêcheurs pour venir les chercher», a plaidé, d’entrée, le Français Philippe Morillon (ALDE).
Au cours du débat, le commissaire à la Pêche, Joe Borg, a défendu la proposition faite par la Commission qui vise à permettre aux Etats membres de verser toute une série d’aides financières aux pêcheurs.
Hausse du gazole
Pour lutter contre la hausse du prix du gazole, Bruxelles propose notamment de relever les plafonds d’aides publiques autorisées dans le secteur à 100.000 euros. Ils sont actuellement de 30.000 euros sur trois ans par entreprise de pêche. Bruxelles est également prête à débloquer des fonds pour indemniser les pêcheurs contraints de rester à quai pendant une période maximale de trois mois, à condition que cela entre dans le cadre d’un plan de restructuration. Ce texte sera soumis au prochain conseil Agriculture, qui se tiendra à Luxembourg, les 23 et 24 juin.
« Mon intention est de faire adopter une proposition formelle dès juillet sur ce sujet pour répondre aux difficultés sociales et économiques immédiates engendrées par la hausse spectaculaire du prix du pétrole », a annoncé le commissaire à la Pêche.
Plus que la question des quotas, les eurodéputés ont choisi d’examiner la crise sous l’angle de la hausse des prix du carburant. Au cours du débat, Daniel Varela Suanzes-Carpegna (PPE-DE) a souligné l’urgence de prendre des mesures en faveur des pêcheurs. « Sans cela, nous allons nous aliéner l’ensemble du secteur de la pêche », a-t-il averti. La Française Marie-Hélène Aubert (Vert-ALE) a quant à elle plaidé pour des solutions durable dans ce domaine. « Les aides proposées par la Commission ne sont acceptables que si elles sont conditionnées à une meilleure situation des ressources halieutiques», a-t-elle jugé.
Par la voix de Janez Lenarcic, secrétaire d’Etat slovène aux Affaires européennes, le Conseil a proposé une série de mesures d’urgence se rapprochant des propositions faites par la Commission. Il a par ailleurs annoncé vouloir aboutir à une flotte plus réduite mais plus moderne. « Le volume perdu sera bien évidemment compensé », a-t-il annoncé.
« Une mascarade »
Dans les ports, la grogne des pêcheurs ne faiblit pas. Plus que la hausse du gazole, c’est les quotas qui déchaînent toujours les passions. Car malgré l’insistance de la France, la Commission européenne maintient la suspension de la pêche du thon rouge, qui a pris effet le 16 juin. « Ce que propose la Commission est une mascarade”, s’indigne Mourad Kahoul, le président du Syndicat des thoniers de Méditerranée. “Autoriser les Etats à pouvoir aider les pêcheurs, c’est du simple saupoudrage, mais ce n’est pas du tout ce que nous attendons. »
L’homme, à la tête d’un syndicat qui rassemble 24 bateaux, conteste violemment la décision de Bruxelles. « J’attends des preuves de la Commission. De toute façon, je n’ai aucune confiance dans la DG pêche. Selon moi, nous sommes seulement à 27% de notre quota de pêche. Il est hors de question que l’on arrête de sortir en mer alors que la saison des pêcheurs thoniers ne dure que deux mois. » Le Syndicat va d’ailleurs déposer un recours devant la justice européenne. Et braver l’interdiction communautaire.
Au ministère de l’Agriculture, c’est l’embarras. « Nous sommes un peu entre deux eaux, explique-t-on au cabinet de Michel Barnier. De notre point de vue, on ne peut pas encourager les pêcheurs à prendre la mer contre la législation européenne. Mais nous restons évidemment en lien avec le commissaire Borg pour que nous évoluions sur ce sujet. »La bataille est loin d’être terminée. Prochain round les 23 et 24 juin à Luxembourg.




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