En visite dans le Jura, le président français Nicolas Sarkozy a annoncé, mardi 27 octobre, «un plan sans précédent de soutien exceptionnel» en faveur de l’agriculture. Il consiste en une aide de 1,65 milliard d’euros à destination du secteur agricole. Cette somme comprend un premier volet d’un milliard d’euro de prêts bancaires, dont les taux seront réduits à 1,5%, voire à 1% pour les jeunes agriculteurs. Le second volet comporte 650 millions d’euros de soutien exceptionnel de l’Etat.
«Je ne suis pas venu vous annoncer un plan de subventions contraires aux règles européennes qu’il conviendra de rembourser dans dix ans. Cela, on vous l’a déjà fait», a déclaré Nicolas Sarkozy. Allusion aux subventions accordées aux producteurs de fruits et légumes, que Bruxelles a déclarées illégales, sommant la France de se les faire rembourser (EurActiv.fr, 30/09/2009).
Au-delà des mesures nationales, la France veut préparer l’avenir de la PAC. «La crise révèle un défaut de régulation européenne et mondiale», a déclaré le chef de l’Etat. «Mon ambition (...) est d’apporter une réponse structurelle à cette crise au niveau européen et au niveau mondial», a-t-il ajouté.
Pour lutter contre la volatilité des prix, il a demandé à la Commission européenne de garantir «une véritable régulation» du prix des matières agricoles. «L’économie de marché, ce n’est pas la primauté donnée aux spéculateurs. C’est la primauté donnée à l’entrepreneur. Et l’agriculteur est un entrepreneur.» Il a notamment demandé le maintien de prix européen d’intervention sur les marchés «pour constituer des filets de sécurité».
«Nous avons ouvert en 2008, sous présidence française [de l'UE], un débat sur les principes fondateurs de la politique agricole commune de 2013 pour mieux réguler les marchés agricoles», a-t-il ajouté. Il a confirmé la position de la France en faveur de la «préférence communautaire» en matières agricole et alimentaire.
Depuis plusieurs semaines, la France, première bénéficiaire de la politique agricole commune (PAC), plaide en faveur de l’introduction d’outils de régulation au niveau européen. La crise du lait a été l’occasion, pour Paris, de convaincre 21 de ses partenaires européens (EurActiv.fr, 14/10/2009). «Pour faire bouger les choses, il faut des alliés», a estimé M. Sarkozy.
Par ailleurs, il a jugé «inacceptables» les délais fixés au groupe de haut niveau sur le marché laitier désignés par la Commission européenne. Les experts doivent rendre leurs conclusions en juin. «Il faut que la Commission européenne accélère ses travaux. Si la Commission européenne veut préserver son droit d’initiative, elle doit proposer des solutions dans des délais plus adaptés aux réalités du terrain.»
POSITIONS:
«Nicolas Sarkozy a tracé les lignes. Nous allons devoir porter et concrétiser cette même ambition dans le cadre de la loi de modernisation de l'Agriculture et des débats sur le budget agricole européen et sur l'évolution de la PAC après 2013», a déclaré Luc Guyau, président des Chambres d'agriculture à l’issue du discours du chef de l’Etat.
De son côté, la Coordination rurale regrette que le président français ne soit pas allé plus loin en appelant à soustraire l’agriculture aux contraintes de l’OMC. « Sa grande ambition affichée pour l’agriculture française (régulation rénovée, sécurité alimentaire) ne peut en effet passer que par l’exception agriculturelle, pour libérer la PAC du joug de l’OMC », indique l’organisation dans un communiqué.
La FNSEA approuve quant à elle la démarche du président français. «Ce plan va dans le bon sens mais jamais un plan aussi important soit-il ne remplacera une politique des prix pour assurer un bon revenu à nos paysans», a déclaré son président, Jean-Michel Lemétayer.
«Le secteur agricole doit être régulé au niveau national mais surtout au niveau communautaire. Là encore, la démagogie et les discours ne pourront plus masquer la responsabilité du gouvernement qui lors de sa présidence de l’Union européenne a accepté la fin des quotas laitiers», a déclaré le sénateur socialiste Jean-Pierre Bel.
« La France fait ainsi le choix d’investir dans son agriculture, et de convaincre ses partenaires européens, qu’il est vital, pour le bien être des Européens, de limiter la spéculation sur les matières premières. La ruralité appuyée sur une agriculture vivante, comme l’industrie, font partie de l’identité nationale, et à ce titre, doivent être préservées et soutenues », a estimé Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP.
"Les Régions, qui se battent aussi pour défendre l’agriculture sur leurs territoires, considèrent que les mesures conjoncturelles prises par le Gouvernement pour parer à la crise dramatique que traverse le monde agricole aujourd’hui devraient permettre d’éviter la faillite au plus grand nombre d’exploitants. Les Régions s’inquiètent, toutefois, qu’il ne soit toujours pas fait mention d’une politique agricole d’avenir", a indiqué l'Association des régions de France dans un communiqué.



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