Les ministres de l’Agriculture ont appelé à l’augmentation de la production alimentaire, lundi 20 avril, afin de subvenir aux besoins mondiaux en nourriture et de lutter contre la famine.

L’espoir mondial de mettre un terme à la famine de millions de personnes a été assombri par la crise économique, et les craintes concernant la sécurité alimentaire pourraient perdurer en raison de la volatilité des prix et d’un équilibre délicat entre l’offre et la demande, ont déclaré les ministres. 

Ils ont indiqué que les investissements publics et privés dans l’agriculture durable et le développement rural devaient être accrus. Et ont appelé à l’augmentation du soutien, notamment aux investissements, dans la science agricole, la recherche, la technologie, l’éducation, les services de vulgarisation et l’innovation du domaine. 

Protectionnisme 

Les ministres ont dénoncé le protectionnisme alimentaire exercé tant par les pays riches que par les pays pauvres, et ont souligné l’importance d’un système de régulation au niveau mondial du commerce agricole.  

Des organisations internationales, telles le Programme alimentaire mondial, ont appelé les pays à éviter de limiter les exportations, et ont critiqué les interdictions d’importation imposées par des pays touchés par l’augmentation des prix. Selon ces organisations, ceci entrave les efforts visant à ce que la nourriture aille à ceux qui en ont le plus besoin. 

Alors que les pays les plus riches sont enclins à protéger leurs marchés – la Russie, le plus grand importateur de poulets américains, cherche par exemple à atteindre son autosuffisance en volaille et en viande de porc dans deux ans maximum – de nombreux pays pauvres ont réagi aux augmentations des prix de l’alimentation en renforçant les interdictions d’exportations des produits de base, tels le riz et le blé.  

Volatilité des prix 

Les agriculteurs ont également besoin d’être protégés des distorsions commerciales et doivent être autorisés à produire de la nourriture nutritive, ont déclaré les ministres. Ces derniers se sont engagés à surveiller les facteurs à l’origine de la volatilité des prix sur les marchés des produits de base, et notamment le rôle de la spéculation.  

« Il faudrait surveiller et analyser plus avant les facteurs pouvant affecter la volatilité des prix des marchés des matières premières, notamment la spéculation », peut-on lire dans la déclaration des ministres de l’Agriculture du G8.  

« Nous soulignons l’importance d’un système commercial international dans le domaine des produits agricoles basé sur des règles, et nous souhaitons soutenir le rôle des marchés fonctionnant bien afin d’améliorer la sécurité alimentaire », poursuit la déclaration. Les ministres ont également indiqué que la production d’énergie renouvelable à partir de biomasse devrait être augmentée, appelant à des politiques mettant en avant le développement et la commercialisation de biocarburants de seconde génération. 

Stocks mondiaux de céréales 

Les ministres ont également vanté les mérites de stocks tampons de céréales en tant que facilité alimentaire d’urgence, en vue d’amoindrir le choc de la hausse des prix et de juguler la spéculation commerciale sur les produits de base. Ils ont en outre déclaré qu’ils demanderaient aux organisations internationales d’examiner la faisabilité et les formalités administratives d’un système commun de stockage des produits de base. Mais ils n’ont pas pu préciser les stocks de produits de base qui pourraient être concernés. 

« Nous appelons les institutions internationales pertinentes à examiner la question de savoir si un système de stockage pourrait être efficace dans la gestion des urgences humanitaires ou comme moyen de limiter la volatilité des prix », ajoute la déclaration. 

« A la lumière de ce résultat, l’on examinera la question de savoir si des étapes ultérieures pourront être envisagées, et si un processus de consultation pourrait être créé », indique la déclaration.  

Appropriation des terres 

Le texte final ne fait pas référence à la question délicate de l’appropriation des terres. De plus en plus, les gouvernements investissent dans des projets agricoles hors de leurs frontières. Les pays de la région aride du Golfe arabe ont été les pionniers en la matière. Ils cherchaient à atteindre une plus grande sécurité alimentaire, et à faire des économies sur les achats majeurs de céréales. Le phénomène a toutefois suscité de vives critiques, il ignorait les intérêts des populations locales. 

Les chefs de deux agences des Nations unies, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA), ont indiqué que les transactions transfrontalières sur les terres pourraient être bénéfiques pour les deux parties et aideraient au renforcement de la sécurité alimentaire mondiale.  

« Je ne qualifierais pas cela d’appropriation des terres, il y a un potentiel de situations gagnant-gagnant », a déclaré Kanayo Nwanze, président du FIDA. 

Il a existé un risque de priver les agriculteurs pauvres de l’accès aux terres dans leur propre pays lorsque les investisseurs étrangers s’y sont engagés. Mais si les accords prennent en compte les intérêts des deux parties, ils pourraient contribuer à l’augmentation de la production agricole et des exportations, ainsi qu’à créer des emplois, ont déclaré les représentants. 

(EurActiv.com avec Reuters. Ce texte a été traduit de l’anglais par EurActiv.com)

POSITIONS:

La commissaire européenne chargée de l’Agriculture, Mariann Fischer Boel a déclaré au sujet du protectionnisme : « Cela pourrait être contre-productif et renforcer les difficultés que nous rencontrons en matière de sécurité alimentaire, car cela décourage les agriculteurs à produire ». 

Selon le secrétaire d’Etat à l’Agriculture américain, Tom Vilsack, sans accroissement de la productivité agricole et du rendement alimentaire, l’insécurité alimentaire mondiale mènera à des troubles sociaux.

Il a aussi mis en garde les ministres contre l’idée de créer des réserves mondiales de céréales, affirmant qu’elles pourraient ne pas être l’outil idéal pour assurer la stabilité des prix alimentaires. M. Vilsack a indiqué que l’expérience américaine avait montré qu’il valait mieux se concentrer sur des avancées techniques en matière d’irrigation, de variétés de graines, d’outillage et de méthodes d’exploitation. 

Greenpeace a déclaré que « les gouvernements du G8 doivent augmenter drastiquement leurs investissements dans les systèmes d’exploitation écologique des petits exploitants, tout en mettant fin aux subventions en direction de l’agriculture industrielle et non durable ». 

Le CIDSE, une alliance internationale d’agences de développement catholiques, a aussi demandé aux pays du G8 de promouvoir des politiques qui amélioreront la résistance et la capacité de production à long terme des communautés rurales des pays en développement. Le CIDSE croit en un renouvellement massif des investissements dans l’agriculture, tant au niveau national qu’international. Il faut également, selon le CIDSE, aider les agriculteurs modestes et les communautés rurales des pays en développement à faire face au grand nombre de contraintes auxquelles ils sont soumis, notamment l’accès au crédit, aux ressources naturelles, et l’information sur le marché. 

« Les pays du G8 ne peuvent ignorer le rôle qu’ils ont joué dans la défense de politiques telles que la libéralisation du commerce mondial, des ajustements structurels et le recours à des pratiques comme le dumping, mettant ainsi en danger des millions de petits exploitants et contribuant à l’actuelle situation d’insécurité alimentaire dans les pays en développement. Ils ont maintenant la responsabilité de corriger tout cela », a analysé le secrétaire général du CIDSE, Bernd Nilles

L’agence internationale d’aide Oxfam appelle les pays du G8 à « s’engager vers une assistance à long terme et prévisible aux petits producteurs alimentaires dans les pays en développement ». Ces pays « doivent s’assurer que les agriculteurs pauvres sont entendus dans les discussions sur la crise alimentaire et sur la réforme des politiques des pays riches concernant le commerce, l’énergie, l’agriculture et la finance, qui ont participé à la création de cette crise », a estimé l’agence.

CALENDRIER:

  • 8 - 10 juillet 2009: la déclaration conjointe des ministres de l’agriculture sera soumise aux chefs d’Etat et de gouvernement des pays du G8, à l’occasion du sommet du G8.