EurActiv.fr: Etes-vous optimiste quant à la conclusion d’un accord international sur le climat dans le cadre de l’ONU, d’ici 2009?

Stavros Dimas: Oui. Je pense que le bon sens va finir par l’emporter. Or le bon sens signifie aujourd’hui écouter ce que les scientifiques nous disent à ce sujet et notamment tenir compte des conclusions rendues l’année dernière par le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Le changement climatique a un impact sur l’environnement, mais également sur l’économie mondiale, que nous avons jusqu’à présent sous-estimé.

C’est donc pour ces raisons scientifiques, mais également économiques, que nous devons rapidement faire évoluer nos positions. Nous n’avons pas de temps à perdre. J’espère que nous réussirons à nous entendre afin de faire avancer de manière positive les négociations sur le climat dans le cadre de l’ONU et ainsi parvenir à cet accord nécessaire au niveau international, lors de la conférence de Copenhague en 2009.

La France, qui sera à la tête de l’UE à partir du 1er juillet prochain, a fait d’un accord sur l’énergie et le climat l’une de ses priorités. Considérez-vous cet objectif réaliste?

Oui, et plus encore après avoir entendu le discours de Nicolas Sarkozy lors de la réunion du MEM (Major Economies Meeting). Il a confirmé l’importance de parvenir à un accord sur les objectifs fixés au niveau européen (lire le dossier d’EurActiv.fr) d’ici la fin de l’année. Les Etats membres, lors du dernier Conseil européen de juin, ont également été dans ce sens. Cela me semble très positif.

Les désaccords entre les 27 portent aujourd’hui sur certains points précis de la législation. Il est logique que chacun mette en avant ses circonstances particulières. Cela dit, nous avions pris en compte les caractéristiques de chaque pays avant de faire des propositions.

La mise aux enchères des allocations de quotas de CO2, prévue par le paquet climat, fait réagir de nombreux industriels. Certains menacent même de geler leurs investissements en Europe si cette législation est adoptée. Qu’en pensez-vous? Considérez-vous la taxe carbone, proposée par la France, comme une idée à développer?

Je ne pense pas que cela se produira, pour deux raisons. Tout d’abord parce que nous parviendrons à un accord international sur le climat d’ici 2009. La question de la perte de compétitivité des entreprises européennes par rapport à leurs concurrentes sera donc réglée. Si un compromis est trouvé, toutes les entreprises seront en effet logées à la même enseigne.

Si malheureusement nous ne parvenions pas à un accord international, alors nous devrons prendre des mesures pour préserver la compétitivité de nos entreprises fortement consommatrices en énergie. Nous pourrions, par exemple, soumettre les industries qui exportent en Europe à certaines restrictions. Elles pourraient avoir à payer le même montant d’émissions de CO2 que les producteurs européens pour le même type de produits, par exemple.

Mais je pense sincèrement que cela ne sera pas nécessaire et que nous parviendrons à un accord au niveau international, qui résoudra le problème de la compétitivité. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire autrement.

En pleine crise alimentaire mondiale, les biocarburants suscitent de plus en plus de critiques. La Commission a fixé comme objectif 10% de biocarburants d’ici 2020 dans son paquet climat, mais semble commencer à émettre de sérieuses réserves. Pensez-vous que la seconde génération constitue l’une des solutions?

La seconde génération sera très utile, si elle est commercialement viable. Mais quoi qu’il en soit, nous devrons vérifier que la seconde génération rentre dans nos critères de durabilité. J’espère que le groupe ad hoc qui a été créé entre le Conseil et la Commission européenne nous permettra de mettre en place ces critères. L’année dernière, le Conseil européen avait d’ailleurs souligné que les biocarburants devraient être produits dans une perspective durable. Nous devons faire attention aux impacts sociaux et environnementaux que peut avoir la production des carburants.