Quelle est la finalité de l’assurance crédit destinée aux producteurs de fruits et légumes ?

Traditionnellement, les assurances crédit impliquent que l’Etat couvre les risques de défaut de paiement de l’importateur ou bien compense les conditions de crédit ou de facilités de crédit. Par exemple, les exportateurs de porc aux Etats-Unis demandent souvent à leurs clients coréens de les payer de manière différée et c’est l’Etat qui couvre la différence. Dans ce cas-là, il s’agit d’une subvention à l’exportation déguisée, qui soutient donc les cours. Mais je ne présage pas que ce soit ce que veut faire M. Le Maire car la France est encadrée au niveau européen.

Cette mesure ne contredit-elle pas la réglementation communautaire ?

Les pouvoirs nationaux sont extrêmement limités dans ce domaine-là puisque nous ne pouvons pas faire de distorsion de concurrence avec un autre pays européen. Dans les années 90, la France avait essayé d’instaurer un système similaire avec la filière porcine et s’était fait taper sur les doigts par la Commission européenne. En matière de subvention à l’exportation l’échelon européen est compétent. La marge de manœuvre de M. Le Maire est restreinte et je ne m’attends pas à une mesure de grande envergure.

Quelles sont les causes du manque de compétitivité du secteur des fruits et légumes français ?

Les producteurs de fruits et légumes disent qu’ils ont un très gros handicap salarial. Ces coûts diffèrent grandement de nos voisins européens puisque d’un côté, l’Allemagne et l’Espagne sont environ à 4 euros de l’heure et de l’autre, la France est à 7,50 euros. Mais n’oublions pas que les Pays-Bas sont à 11 euros. En outre, en France, l’Etat couvre une énorme partie des charges sociales. Celles-ci sont extrêmement subventionnées : les deux tiers des retraites des agriculteurs sont payées par le contribuable. Le coût salarial peut certes nuire à la compétitivité des producteurs français, mais il y a aussi un problème d’organisation de la filière.

Qu’entendez-vous par « problème d’organisation » ?

Beaucoup de subventions européennes visent à organiser les producteurs en groupement et à les inciter à contracter avec des transformateurs ou des fabricants de conserve par exemple pour s’entendre sur les prix. En France, beaucoup de producteurs préfèrent jouer les francs-tireurs en ne rejoignant aucun groupement. Au final,  la filière est atomisée avec pas mal de petits agents éparpillés.