La question agricole s'invite dans la campagne pour les européennes

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La venue du ministre allemand de l’agriculture à Paris devait illustrer l’Europe qui fonctionne. Mais les syndicats agricoles français surfent sur la grogne anti-européenne à 4 mois des élections.

Hans-Peter Friedrich, nouveau ministre allemand de l’Agriculture, a longuement rencontré son homologue français, Stéphane Le Foll,  mardi 7 janvier à Paris. Une visite destinée à préparer le sommet franco-allemand du 19 février,  mais aussi à fixer les priorités de la coopération entre les deux pays moteurs de l’Europe, dont l’agriculture accapare toujours l’essentiel du budget.

Les deux ministres ont insisté sur le ton « excellent » de leur discussion et sur les points de consensus, insistant sur les côtés positifs de l’UE : écologie et solution aux crises

 « J’ai proposé la mise en place d’un groupe de travail sur les performances écologiques de l’agriculture, afin de préparer le colloque de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur le sujet » a précisé Stéphane Le Foll, le ministre français de l'Agriculture.

Les deux ministres veulent aussi que la Commission européenne avance sur la question de l’étiquetage en matière agroalimentaire. Durant la crise de la viande de cheval, un rapport avait été préparé par la Commission pour durcir les contrôles dans le négoce de la viande. Or pour l’instant, aucune suite n’a été apportée, malgré les demandes répétées des députés européens

La question des OGM a aussi été abordée. La population de la France et de l’Allemagne partagent a priori un rejet commun des organismes génétiquement modifiés. Les deux ministres ont simplement déclaré que le sujet était sur la table, alors que les négociations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis progressent, qui pourraient faire vaciller les interdictions de production en Europe.

Le ministre allemand a toutefois indiqué qu’il ne fallait pas considérer l’agriculture comme faisant partie du passé. « Nous avons vécu longtemps avec une agriculture naturelle, il faut désormais passer à l’heure de l’agriculture moderne » a-t-il assuré.

Le salaire minimum en question

Les questions sociales, qui sont motrices de la contestation paysanne en France notamment au travers du mouvement des Bonnets rouges en Bretagne, demeurent un sujet de divergence entre les deux pays.

Les agriculteurs français ne cessent d’accuser l’Allemagne de pratiquer le dumping social en matière agricole,  en ayant recours à des travailleurs low-cost venus d’autres pays d'Europe.

Or le sujet n’est pas une priorité pour l’ancien ministre de l’Intérieur allemand. Hans-Peter Friedrich a plutôt à cœur de soutenir l’agriculture d’Allemagne de l’Est, qui est plus à la peine.  Il se décrit d’ailleurs comme un « ministre de l’économie pour les zones rurales de l’Allemagne ».

« Nous voulons éviter le dumping social, mais il y a aussi des situations où il ne faut pas mettre l’emploi en péril », a-t-il prévenu.

À l’est de l’Allemagne, les exploitations sont à la fois plus petites et moins modernes qu’à l’ouest. Or c’est aussi là que les salaires sont le plus faibles, ce qui alimente les critiques du côté français.

Dans la filière de l’abattage par exemple, les écarts de rentabilité ont entraîné, depuis quelques années, une forte redistribution des cartes. L’Allemagne abat aujourd’hui 50 millions de porcs par an, contre moins de 30 millions pour la France. Ce que Xavier Beulin, le président de la FNSEA, principal syndicat agricole français, résume ainsi : l’Allemagne a gagné 15 millions de têtes alors que la France en a perdu  5 millions.

États généraux surprise de l’agriculture en France

Le coût du travail est le principal accusé dans ce changement de paradigme, selon le syndicat français, qui a annoncé mardi des États généraux surprise pour début mars, avant le Salon de l’Agriculture,  le jour même où débutait l’examen de la loi d’avenir sur l’agriculture à l’Assemblée nationale.

La grande coalition gouvernementale en Allemagne a eu beau annoncer la mise en place prochaine du salaire minimum en Allemagne, les syndicats agricoles français doutent de la détermination de la filière à appliquer les réformes rapidement. « L’IGBAU (la confédération syndicale construction/agriculture) mène un combat pour retarder l’application du salaire minimum, surtout dans les nouveaux Länder où l’agriculture a le plus progressé ces dernières années », estime Xavier Beulin.

Travailleurs détachés et élections européennes

Les syndicats agricoles  FNSEA et COOP de France ainsi que la filière agroalimentaire veulent obtenir de nouvelles  mesures en matière de fiscalité du travail, et n’hésitent pas à faire pression sur le gouvernement en évoquant la délicate question des élections européennes.

« Si le coût du travail n’évolue pas, il ne faudra pas s’étonner si l’industrie agroalimentaire utilise de plus en plus de travailleurs détachés », a ainsi prévenu Philippe Mangin, le président de COOP de France.

 « Les territoires vivent un peu dans l’ombre, mais quand la pression monte, il faut tendre l’oreille » assure de son côté Xavier Beulin, en faisant référence aux manifestations contre l’écotaxe de l’automne. La taxe sur les poids lourds est pour l’heure suspendue en France, après la fronde de certains mouvements contre le projet, dont les Bonnets rouges en Bretagne. 

Les syndicats agricoles rejettent néanmoins toute responsabilité dans la montée des extrêmes.  « Nous n’avons aucune responsabilité s’il y a des récupérations politiques des mouvements », a assuré Xavier Beulin,  expliquant qu’au contraire l’organisation des États généraux permettrait d’engager les discussions. L’extrême droite avait clairement tenté de récupérer le mouvement de protestation des Bonnets rouges.

Le ministre de l’Agriculture a en tout cas peu apprécié le timing de ces États généraux, qui semblent remettre en question les accords conclus pour mettre en place la PAC 2014-2020. Et tombent sur le calendrier électoral comme un cheveu sur la soupe, risquant d’attiser les mécontentements autour du thème du dumping social européen.

Prochaines étapes: 
  • janvier 2014 : discussions de la loi d'avenir de l'Agriculture à l'Assemblée Nationale
  • mars 2014 : Etats généraux de l'agriculture en France
  • 25 mai 2014 : élections européennes
Liens externes: 

Commission européenne

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Commentaires

Portrait de giraud jean-guy

S'il est normal que la période pré-électorale européenne soit l'occasion d'un débat sur la PAC, les agriculteurs français et leurs responsables syndicaux doivent comprendre que les méthodes violentes traditionnellement en usage en France ne font que desservir leur cause au niveau européen. Ces méthodes sont sévèrement jugées par les Institutions européennes et par les autres États membres; elles mettent le Gouvernement français dans une position difficile pour les négociations à Bruxelles. Le sort de l'agriculture française est désormais étroitement imbriquée dans le grand marché européen et doit en respecter les règles. JGGi