Le racisme se banalise en Europe

  

Selon plusieurs ONG et institutions, les actes et propos racistes sont en augmentation dans l'Union européenne. Parmi les causes, la crise économique mais aussi Internet qui véhicule des propos anonymes.

C'est la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI), une branche du Conseil de l'Europe, qui résume le mieux le problème : il existe « une intensification des discours de haine contre les groupes vulnérables et des violences racistes», selon son dernier compte-rendu d'activité annuel.

D'autres institutions font le même constat. Ainsi, le dernier rapport de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) examine 16 Etats européens, et conclut que le nombre de crimes racistes n'a baissé que dans 6 d'entre eux.

« C'est une tendance générale, depuis plusieurs années, explique Michaël Privot, directeur du Réseau européen contre le racisme (ENAR). Aucun pays ne se distingue». Le spécialiste situe les origines de ce mouvement dans les années 1990, avec une visibilité accrue depuis les années 2000.

Cette généralisation de propos de haine, à quelques mois des élections européennes et sur fond d'euroscepticisme croissant, inquiète les politiques.

« Un populisme préoccupant se développe un peu partout en Europe », confirme Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne.

« Des propos de haine se font de plus en plus entendre, ciblant telle ou telle communauté. Il est dangereux de banaliser toute forme de discours xénophobe ou raciste, et il est de notre responsabilité de les condamner énergiquement à chaque fois. [...] Les insultes qui ont touché mes collègues Cécile Kyenge et Christiane Taubira ne sont pas acceptables. »

Cécile Kyenge est actuellement ministre de l'intégration en Italie, et a aussi été la cible de propos racistes de son côté.

« Ayant commencé mon engagement politique sur le thème du racisme, je trouve qu'on revient en arrière assure Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen. « C'est extrêmement préoccupant. Je salue ceux qui ont le courage de combattre cela, car c'est de plus en plus difficile » assure l'élue EELV.

« Boucs émissaires » et budgets en baisse

Parmi les nombreuses causes de ce phénomène, le facteur économique pèse lourd.

La crise, tout d'abord, n'a pas donné une très bonne image de l'immigration : « L'instabilité financière majeure favorise la recherche de boucs émissaire et les idéologies extrémistes », résume l'ECRI.

Pour l'ENAR, ce sont surtout les travailleurs migrants et les enfants qui sont concernés : ils constituent « une source de ressentiment et d'hostilité. »

La crise a aussi réduit les budgets consacrés à la promotion de l'égalité. C'est le cas, par exemple, au Royaume-Uni, où les moyens accordés aux classes multiethniques vont être réduits, et où les associations pour l'intégration travaillent avec des « bouts de ficelle. »

De même, en Espagne, les coupes dans les services de santé risquent de laisser entre 500 et 700.000 migrants sans soin.

Responsabilité des médias et réseaux sociaux

Les médias sont aussi accusés d'aggraver le phénomène, en véhiculant des stéréotypes.

« Les reportages concernant les groupes ethniques minoritaires sont généralement présentés à travers un prisme négatif et déformants », s'alarme le Réseau européen contre le racisme.

« Je pense qu'il faut sensibiliser les médias et les personnalités académiques, pour combattre ce racisme ordinaire et mettre en avant des exemples positifs » ajoute Isabelle Durant.

Ainsi, en Slovaquie ou en Norvège, mais aussi en France, journaux et télévisions insistent régulièrement sur la nationalité des délinquants. A Malte, les immigrants sont généralement qualifiés d'« illégaux », quelle que soit leur situation juridique.

L'anonymat autorisé par Internet a aussi fait émerger une nouvelle forme de racisme, numérique. La recrudescence des propos racistes dans le quotidien des internautes a tendance à les banaliser.

Ainsi, en Italie, 84% des propos racistes sont écrits sur la toile. Ce phénomène peut prendre une ampleur inquiétante, comme en Grèce, où 800 blogs ouvertement racistes ont été repéré par l'ENAR.

Aux Pays-Bas, plus de 1500 plaintes ont été déposées contre des propos en ligne, entre mars 2011 et mars 2012.

L'ECRI va plus loin, et avance « un parallèle entre l'utilisation accrue de l'internet par des groupes extrémistes et la montée de la violence à caractère raciste ».

Liens externes: 

Réseau européen contre le racisme (ENAR)

Rapport 2012

Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA)

Rapport 2012

Conseil de l'Europe- Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI)

Rapport 2012 de l'ECRI : http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/activities/Annual_Reports/Rapport%20annuel%202012.pdf

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