La guerre des clans couve chez les eurosceptiques

-A +A

La création d'une nouvelle coalition d'extrême droite au Parlement pourrait mettre en péril le groupe actuel Europe libertés démocratie (ELD).

La constitution d'un nouveau groupe eurosceptique au Parlement européen est à l'étude. Mais cette nouvelle union, qui pourrait se rassembler autour du Front National et du parti d'extrême-droite PVV aux Pays-Bays, risque de se faire au détriment d’un autre groupe parlementaire d'extrême droite : Europe libertés démocratie.

Pour l'instant, l’ELD compte 32 députés venant de 11 États membres. Les eurodéputés de la Ligue du Nord pourraient quitter ce groupe, ce qui lui ferait perdre un certain nombre de sièges, en fonction des résultats électoraux.

Certains eurodéputés sont certains de perdre leur siège au Parlement, comme le Belge Frank Vanhecke, indépendant. Par conséquent, l'ELD perdra non seulement des sièges, mais également une représentation cruciale parmi les États membres. Or un groupe politique au Parlement européen doit être composé d'au moins 25 eurodéputés provenant d'au moins 7 pays.

L'ELD devra chercher d'autres solutions pour s’assurer une nouvelle base solide, indique Yves Bertoncini du groupe de réflexion Notre Europe.  « Ils devront rassembler des eurodéputés de différents États membres et tenteront certainement d'attirer d'autres familles politiques. Ce sera évidemment un défi. »

L'ELD pourrait se limiter à une formation constituée principalement de l'UKIP et d'autres partis comme le Parti des Finlandais (Vrais Finlandais auparavant), le parti polonais Solidarité ainsi qu'en grande partie d'eurodéputés indépendants.

Selon Marley Morris, politologue au sein de l'organisation britannique Counterpoint et spécialisé sur les questions liées au populisme de l’extrême droite, « la difficulté de l'ELD à la suite des élections sera la coopération : les partis membres ont des points de vue divergents sur de nombreux thèmes européens, bien plus que les partis d'extrême droite impliqués dans la nouvelle coalition. Si l'ELD est contraint à faire appel à des eurodéputés extrémistes en vue de constituer un groupe, il se morcellera d’autant plus. »

Avoir un groupe au Parlement européen permet un nombre garanti de sièges dans les commissions parlementaire, ainsi qu'un temps de parole minimal lors des sessions plénières.

Les groupes parlementaires bénéficient aussi d'une allocation mensuelle pour le recrutement de personnel.

« Mais les eurodéputés doivent présenter un programme politique qui fait consensus en vue de constituer un groupe », note Yves Bertoncini. Des études révèlent qu'il est plus difficile de trouver un accord au sein de l'extrême droite qu'au sein d'autres partis.

Le groupe Identité, tradition, souveraineté, créé en janvier 2007, illustre cet exemple. Il regroupait le FN, le FPÖ, le VB, le parti d'Alessandra Mussolini, la petite-fille de l'ancien dictateur fasciste italien et d'autres extrémistes. Ce groupe s'est effondré la même année en raison de conflits internes.

Qui constituera la nouvelle coalition eurosceptique ?

De plus en plus d'observateurs craignent que l'euroscepticisme domine le prochain Parlement européen depuis la visite de Marine Le Pen à Geert Wilders à La Haye.

Les deux représentants politiques d'extrême droite ont annoncé leur intention de constituer un groupe de partis nationaux pour défendre un « programme politique commun ». Plusieurs partis sont déjà presque certains de s'associer à cette initiative : le Front national (FN, France), le Parti pour la liberté (PVV, Pays-Bas) Le Parti pour la liberté (FPÖ, Autriche) le Vlaams Belang (VB, Belgique), les Démocrates suédois et la Ligue du Nord (Italie).

Des représentants de partis se sont réunis le 14 novembre à Vienne pour discuter de leurs projets de coalition. « Le PVV n'y a pas assisté », mais « beaucoup d'autres y assistaient et étaient intéressés par nos projets », explique à EurActiv une source présente à la réunion.

« Nous avons discuté d’un projet de texte sur des problèmes que nous voulons aborder, comme l'immigration et la politique d'asile ou encore les négociations sur l'adhésion de la Turquie à l'UE », ajoute la même source. Selon elle, ce texte constitue une simple esquisse de ce que deviendra certainement le nouveau groupe d'extrême droite à la suite des élections du 22 et 25 mai 2014.

 

Les partis d'extrême droite estiment qu'ils ont de bonnes chances d'obtenir les sièges nécessaires pour constituer leur nouveau groupe, étant donné qu’ils comptent déjà six partis intéressés. Le Front national pourrait à lui seul récolter un nombre important de sièges. D'autres petits partis provenant d’autre pays ont été consultés, ce qui permettrait d'atteindre le seuil des sept pays.

Les spécialistes contestent l'influence des eurosceptiques

Selon les estimations des spécialistes, les eurosceptiques pourraient obtenir entre 90 et 190 sièges, soit un quart de l'ensemble des sièges, à la suite des élections en mai 2014.

>> Lire : La droite populiste menace l’UE

Même si le prochain parlement comprend deux groupes d'extrême droite, ils n'auront pas forcément d’influence sur les affaires européennes.

Selon des données de l'organisation de transparence VoteWatch publiées par Counterpoint, les eurodéputés d'extrême droite ont moins d’emprise sur la législation européenne. Motif : ils se présentent moins souvent lors des votes par appel nominal et se retrouvent plus souvent isolés quand les eurodéputés cherchent une majorité.

Dans une étude récente, Notre Europe estime que « l’augmentation probable de la proportion d'eurodéputés "populistes" augmentera certainement la probabilité d'une grande coalition ». Il en ressort également que le nombre de sièges populistes, de gauche comme de droite, sera moins important que leur « réel pouvoir » sur le fonctionnement du Parlement européen.

Paul Taggart de l'université d'Essex est pour sa part « toujours étonné par la diversité des opinions parmi les eurosceptiques face aux institutions, alors qu’ils sont tous exaspérés par ces mêmes institutions. Les eurosceptiques au niveau européen ne sont vraiment pas la somme de leurs parties ».

Prochaines étapes: 
  • 22-25 mai 2014 : élections européennes dans les 28 États membres

Liens externes: 

Institutions de l'UE

Règlement du Parlement européen : constitution des groupes politiques

Groupes de réflexion et universités

Fondation Konrad-Adenauer : Europa. Nein Danke?

Étude de Counterpoint : 'Conflicted Politicians', on populists in the EP

Notre Europe - Institut Jacques Delors : What political balance of power in the next European Parliament?

Presse

Cas Mudde on WSJ.com: A European shutdown?

ECFR Blogs: Mark Leonard 'Europe's self-hating parliament

Publicité