Alors que les pays du G20 se réunissaient à Washington pour «refonder le capitalisme financier», de nombreux décideurs de pays en voie de développement s'étaient donné rendez-vous à Strasbourg dans le cadre des Journées européennes du développement, du 15 au 17 novembre.

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«Il y a un problème: on a pris l’habitude de prendre des décisions à notre place et de nous imposer un modèle de développement.» A peine 24 heures après le sommet de Washington, le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, ne mâche pas ses mots. Le modèle qu’il évoque, l’Afrique l’a accepté, l’Asie l’a rejeté. «Résultat, assène-t-il, en Asie, on voit un développement époustouflant. L’Afrique, elle, s’est effondrée.» Longs applaudissements de la salle.
«L’Afrique, c’est dix fois l’Europe»
Invités à participer à un débat sur une «réforme de Bretton Woods pour le développement» organisé à l’occasion des Journées européennes du développement, plusieurs porte-paroles africains ont laissé éclater leur colère.
«L’Afrique, c’est dix fois l’Europe», a déclaré M. Ping, en dénonçant l’absence de pays africains à la table des chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Washington. «Certes, il y avait l’Afrique du Sud. Mais l’Afrique du Sud représentait les pays émergents, comme l’Inde et la Chine, et non les pays en voie de développement», a-t-il estimé. Il a exigé de la communauté internationale que l’Afrique soit désormais associée aux décisions qui engageraient son destin.
De Washington, par vidéo interposée, le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso, a jugé qu’il serait «inconcevable» qu’en ces temps de crise financière, l’Europe oublie «les plus pauvres parmi les plus pauvres». «La réforme du système financier n’est pas une fin en soi», a-t-il dit, appelant à la résolution de «défis globaux» par des «acteurs locaux». De son côté, la ministre fédérale allemande de la coopération économique et du développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, a estimé que sans réaction des pays du Nord, la crise financière pouvait rapidement se muer en crise humanitaire. «Si on peut trouver des milliards pour les banques, on doit bien pouvoir en trouver pour les pays pauvres», s’est-elle exclamée.
«Insupportable» ingestion des institutions internationales
L’essayiste Aminata Traoré a pour sa part fustigé un « sommet du G20 [qui] ne débouchera sur strictement rien», n’y voyant qu’«une réunion de plus». «Quand on parle d’un changement de gouvernance, il ne s’agit pas seulement de la présence de l’Afrique dans les réunions», a-t-elle estimé. Aussi a-t-elle invité à repenser les relations entre les pays du Nord et ceux du Sud. Avant de décrire les marchés africains où, a-t-elle estimé, ne se vendent que des produits de mauvaise qualité pendant que les enfants fouillent les poubelles. «Voilà comment nous, nous sommes entrés dans la globalisation», a-t-elle lancé.
Alors que le président de la république du Bénin, Thomas Yayi Boni, avait appelé, quelques instants plus tôt, à une implication des pays africains plus importantes dans des institutions comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international, Aminata Traoré a jugé «insupportable» l’«ingérence de ces institutions dans chaque aspect de nos existences».
Elle a notamment évoqué la distribution, afin de lutter contre l’épidémie de paludisme, de moustiquaires dans de nombreux pays africains par la Banque mondiale. Cette même Banque mondiale qui, quelques années plus tôt, avait cessé de soutenir les investissements des pays africains pour développer leur système sanitaire. «Je pourrais dire “Vive la crise!“, si elle invite les puissances à davantage d’écoute et d’humilité», a-t-elle conclu.






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