Contexte :

L’économie mondiale traverse actuellement une période turbulente. Quatre mois après le déclenchement de la crise financière du marché du crédit (subprime) aux Etats-Unis, ses conséquences négatives sur le secteur bancaire se précisent même si l’impact à moyen terme de cette crise financière sur l’économie mondiale reste encore très incertain.

Parallèlement, le cours du pétrole et le taux de change euro/dollar n’en finissent plus d’atteindre des nouveaux records. Le cours du baril de pétrole brut s'approche du seuil de 100 dollars et s’échangeait le 8 novembre à plus de 98 dollars. De son côté, l’euro a dépassé le niveau record de 1,47 dollar.

Enjeux :

La Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé, le 8 novembre, le maintien de son principal taux directeur inchangé à 4% pour le cinquième mois consécutif. La Banque d’Angleterre a fait de même hier, alors que la Réserve fédérale américaine (FED) a, pour sa part, une nouvelle fois baissé son taux directeur de 0,25% le 31 octobre.

Ce maintien du statu quo est la conséquence des signaux contradictoires auxquels la BCE est confrontée : inflation en hausse et risques sur la croissance.

Des risques inflationnistes à la hausse

La tendance à la hausse de l’inflation a été amplifiée par le niveau très élevé du prix du pétrole et des prix agroalimentaires. Le niveau général des prix a augmenté de 2,6% sur un an en octobre. Le gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet, a indiqué que l’inflation se maintiendrait « nettement au-dessus de la côte des 2% », qui est l’objectif d’inflation maximum recherché par la politique monétaire européenne « pendant plusieurs mois », mais « devrait se tasser progressivement en 2008 ».

Jean-Claude Trichet a aussi déclaré que « la forte augmentation de l'inflation est une raison d'inquiétude particulière » et que la BCE serait vigilante pour la contrer, conformément au mandat qui lui a été confié.

Des risques accrus sur la croissance

Des incertitudes fortes sur le niveau de croissance à moyen terme ont cependant dissuadé la BCE d’augmenter ses taux. Jean-Claude Trichet a certes déclaré que « les fondamentaux économiques restent sains » et que le scénario de base autour du potentiel de croissance n’était pas remis en cause. Il a cependant aussi fait état de « risques accrus » sur le niveau de la croissance européenne.

Les conséquences de la crise financière des « subprimes », déclenchée aux Etats-Unis durant l’été 2007, et la forte volatilité des marchés qui en résulte, engendrent en effet un certain nombre d’incertitudes, aggravées par la poursuite de la plongée du dollar face à l'euro.

Même si l’euro fort permet d’atténuer les conséquences de la flambée du pétrole, il handicape les exportations industrielles européennes (Lire EurActiv 5/10/07). Les récents mouvements sur les changes ont ainsi été qualifiés de « brutaux », « désordonnés » et « malvenus » par Jean-Claude Trichet (Lire EurActiv 10/10/07 et 23/10/07).

Positions :

La veille de l’annonce de la BCE, le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a demandé aux banquiers centraux européens de prendre en compte « l'euro fort » et « le renchérissement du coût du pétrole » pour déterminer leur politique monétaire. Il a cependant refusé se prononcer sur la nécessité pour la BCE de baisser ses taux directeurs lors de sa réunion de jeudi.

Si ces derniers mois Nicolas Sarkozy a vivement critiqué à plusieurs reprises la politique de la BCE, lui demandant d'intervenir afin de faire baisser le cours de l’euro (Lire EurActiv 18/09/07), Jean-Pierre Jouyet a depuis fortement tempéré la position française. Le secrétaire d’Etat aux affaires européennes a estimé, dans un entretien aux Echos, le 2 novembre, que la France était rentrée « dans un dialogue apaisé avec la BCE » et que « les querelles sur les taux d'intérêt étaient dépassées ». Il a même ajouté que la parité des monnaies n'était pas « un problème européen » et qu’il voyait des atouts dans la force actuelle de la monnaie européenne.

En Allemagne, le président de la Bundesbank, Axel Weber, a implicitement milité fin octobre pour une hausse des taux de la BCE. Faisant état de risques accrus sur la stabilité des prix, il a déclaré : « A ce stade, nous ne pouvons pas exclure l'option que cela va nécessiter une nouvelle action ».