En dépit de la mauvaise croissance de la zone euro confirmée par l’OCDE et Eurostat, la Banque centrale européenne n’a pas baissé son taux directeur (4,25%), toujours plus de deux fois supérieur à celui des Etats-Unis (2%).De son côté, la banque d’Angleterre a également opté pour le statu quo, en maintenant son taux à 5%.
Un choix que la BCE justifie par un taux d'inflation encore élevé, 3,8%, c'est-à-dire loin des objectifs de 2% en 2010.
Cette décision intervient quatre jours après que le premier ministre français, François Fillon, a confirmé les chiffres de l’OCDE, qui tablent sur une croissance de 1% en France en 2008, contre les 1,7% prévus au printemps. L’Hexagone est même à la traîne au sein de la zone euro, dont la croissance, pourtant faible, devrait s'établir à 1,3%, selon les statistiques dévoilées par Eurostat, mercredi 3 septembre.
A la veille de la publication de ces chiffres, René Ricol, expert financier, avait remis au chef de l’Etat français un rapport contenant 30 propositions pour résoudre la crise financière. Celles-ci doivent être présentées par la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, lors du Conseil des ministres de l’Economie et des Finances européens, les 12 et 13 septembre prochains.
Le texte propose d’utiliser au mieux les outils existants afin de permettre aux Européens de coordonner leur action pour répondre à la crise.
Le dernier Ecofin du 8 juillet a déjà proposé des solutions. Parmi celles-ci : un accord sur le principe d’un enregistrement des agences de notation, accusées de ne pas avoir anticipé la crise. Le commissaire européen au marché intérieur, Charlie McCreevy, a déjà indiqué qu’il présenterait un projet de texte sur le sujet en octobre.
C’est donc la prévention qui est au cœur du rapport de René Ricol. Surveillance plus que régulation, il s’agit de détecter et de prévenir les risques. René Ricol entend notamment « donner accès à une information suffisante aux régulateurs et aux superviseurs sur les transactions des acteurs du marché réalisées en dehors des marchés organisés. »
Fusionner les structures de supervision
Pour plus d’efficacité, l’expert propose aussi de rapprocher, voire de fusionner, les structures de supervision des banques (CEBS) et des assurances (CEIOPS).
Cette proposition correspond à la priorité de la Présidence française d’organiser une supervision plus intégrée et donc plus efficace des quelques dizaines de banques et de compagnies d’assurances transfrontalières.
Autre mesure phare en matière de prévention : la publication semestrielle de rapports sur la stabilité financière et, tous les trois ans, de plans d’action à moyen terme.
L’expert financier souhaite également qu’une liste de principes clefs, régulièrement actualisés, soient à la disposition des dirigeants en cas de crise.
Pour régler rapidement les crises, René Ricol propose que l’Ecofin organise des «conférences de consensus accéléré», dont les conclusions seraient à appliquer sans délai par les différentes parties.
L’expert financier évoque également la création d’un "Interpol" financier pour enquêter sur les abus de marché et la fraude financière.
Selon René Ricol, la crise financière actuelle a été marquée par une perte à la fois de l’éthique et du sens du risque de la communauté financière. Le rapport propose donc, entre autres, de moraliser les rémunérations des financiers et d’encadrer la gouvernance d'entreprise.
L'UE, acteur global
L’objectif du rapport est d’offrir à l’UE les armes pour réagir en acteur global face aux risques financiers. René Ricol souhaite pour cela concrétiser les ambitions du processus Lamfalussy, initié en 2001, une démarche utilisée par l'UE pour concevoir les règlementations du secteur de la finance.
L’expert constate enfin que la construction de l’Europe économique et financière est en panne car chaque pays souhaite, « légitimement » précise-t-il, «conserver une marge de manœuvre et promouvoir sa propre place financière». Pourtant, une homogénéisation des normes est indispensable, « au minimum, les groupes financiers paneuropéens devraient appliquer les mêmes règles », estime René Ricol. Il faut, en effet, « lutter contre la dérive actuelle, qui conduit à ne pas avoir un jeu unique de règles ou de normes, mais jusqu’à vingt-sept systèmes différents. »




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