Limiter les bonus des traders et renforcer les fonds propres des banques. Ces deux objectifs sont au menu des chefs d’Etat et de gouvernement des 20 pays les plus riches du monde qui se retrouvent à Pittsburgh à la fin de la semaine. Si les Européens poussent le premier objectif, les Américains plaident pour le second. Pour la France et l’Allemagne, qui tentent de rallier la Grande-Bretagne à leur cause, «il s’agit de réguler plus précisement la genèse des risques et notamment les incitations des traders», explique Jean-Paul Betbèze, chef économiste au Crédit Agricole SA, dans une interview publiée lundi 21 septembre par la Fondation Robert Schuman. Mais pour le moment, pas question pour le président des Etats-Unis d’accepter une limitation des rémunérations des traders. 

De leur côté, les Américains «s’avancent sous le manteau de la simplicité et de la responsabilité» au sujet du renforcement des fonds propres des banques, indique Jean-Paul Betbèze. «En réalité, les Etats-Unis savent qu’ils ont plus aisément accès aux fonds propres que l’Europe et surtout qu’il s’agit là d’un principe pollueur-payeur, celui qui n’empêche précisement pas de polluer !», ajoute l’économiste. 

Autre sujet-clé du G20, la supervision financière. Reste à savoir comment la renforcer. «On ne peut avoir de supervision que si l’on a une meilleure régulation(…) La nouvelle architecture doit donc être micro-économique et établir, partout et de la même manière, les ratios de solidité qu’elle cherche», estime Jean-Paul Betbèze. 

Evoquant le pacte de stabilité et de croissance, remis en cause par l’ampleur des déficits budgétaires de certains Etats membres, notamment la France, l’économiste a indiqué que le pacte devait «reprendre sa place, mais dans un contexte différent, celui d’un retour à une croissance qu’il s’agit de renforcer. Il ne peut fonctionner qu’en organisant des anticipations sur le fait qu’il mobilise les énergies, permet d’économiser des dépenses infructueuses», ajoute-t-il. «Il faut donc passer d’une logique stabilité surveillance à une logique stabilité croissance. Ce qui n’est pas évident.»

«La phase de restructuration qui s’ouvre (…) est sans doute la plus difficile», conclut-il. Tout n’est pas fini: «au contraire, pour la bonne raison que cette crise n’a pas été simplement financière, mais qu’elle a été industrielle et réelle».