Contexte :

Jean-Claude Trichet devrait annoncer, le 3 juillet 2008, le relèvement des taux directeurs de la BCE à 4,25 %. Une initiative justifiée par l’emballement des marchés financiers et les risques d’une inflation de plus en plus importante dans la zone euro.

Le dernier relèvement du taux directeur date du 13 juin 2007, soit juste avant la propagation de la crise des subprimes aux Etats-Unis.

Le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, a sévèrement critiqué cette initiative en appelant la BCE à prendre en compte l’envolée du prix du baril du pétrole et des matières premières dans l’UE. C’est la première passe d’armes entre Jean-Claude Trichet et Nicolas Sarkozy au tout début de la Présidence française de l'UE.

Enjeux :

Les conséquences de la crise des prêts hypothécaires immobiliers américains, dits subprimes, se font encore sentir dans l’économie européenne.

Après avoir octroyé, début 2008, de nombreux prêts à court terme aux instituts bancaires européens pour éviter leur faillite, la BCE a décidé de réagir plus fortement en relevant ses taux.

Rien d’exceptionnel à cela. C’est la mission qui lui a été confiée, c’est-à-dire maintenir des prix stables en évitant des dérives inflationnistes.

Dans le contexte de crise alimentaire et d’envolée du prix du baril du pétrole, les Etats membres sont cependant réticents à ce type de mesures.

L’idée française d’une régulation des agences de notation au niveau européen

Selon la France, d’autres solutions pourraient permettre d’éviter le relèvement des taux.

Elle n’est, par exemple, pas hostile à l’idée de développer de nouveaux outils de régulation des marchés financiers.

Une initiative en ce sens a été proposée par la ministre de l’économie, Christine Lagarde, le 16 juin 2008, lors du dernier G8.

La ministre a appelé de ses vœux une régulation européenne des agences de notation.

En effet, ces agences indépendantes, chargées de l'évaluation de la qualité de la dette d'une entreprise et leur permettant de lever des capitaux, sont en partie responsables de la crise des subprimes.

Le commissaire européen au marché intérieur, Charlie McCreevy, a annoncé qu’un texte législatif visant à soumettre les agences de notation à un système d'enregistrement au niveau européen serait publié fin juillet 2008.

Positions :

La France a de nouveau critiqué la décision de la BCE de relever ses taux.

Le président français, Nicolas Sarkozy, reproche à Jean-Claude Trichet de ne pas tenir compte des effets des réformes structurelles françaises et de la baisse générale du pouvoir d’achat dans l’UE.

Même l’Allemagne, première à défendre la politique menée par la BCE, a exprimé quelques critiques, appelant la Banque centrale européenne a plus de « flexibilité » dans ses évaluations de la situation financière de l’UE.

Dans un communiqué, trois députés membres des commissions des Finances et des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, Didier Migaud, Gilles Carrez et Pierre Méhaignerie, s’inquiètent des conséquences qu’aurait un relèvement des taux directeurs de la BCE sur la croissance.

« Le ralentissement de la conjoncture économique européenne et la flambée des prix du pétrole relancent le débat sur la politique monétaire de la BCE », précisent-ils.

Sur ce sujet, les avis des économistes divergent.

Henry Sterdyniak,  professeur à l’Université Paris Dauphine et chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estime que la décision de la BCE n’a rien d’exceptionnelle.

« Elle se cantonne à sa mission traditionnelle, c’est-à-dire la lutte contre les dérives inflationnistes. En aucun cas, comme le souhaite le chef de l’Etat français, elle ne prend en compte l’impact des réformes structurelles ou la baisse du pouvoir d’achat ».

De son côté, l'économiste Marc Touati, directeur général de la société d'investissement Global Equities, estime sur son site "stop Trichet" que l'inflation n'est pas liée à une supériorité de la demande sur l'offre, mais à des facteurs exogènes notamment liés à la hausse des prix des matières premières. Selon lui, augmenter les taux ne servira donc à rien. Une pétition en ligne, lancée le 13 juin dernier "pour dire non à la hausse des taux directeurs de la BCE", a recueilli 8641 signatures.