Après le BCE, la Réserve fédérale américaine a injecté 50 milliards de dollars sur le marché monétaire. Dans un entretien accordé à EurActiv.fr, l'économiste Jacques Le Cacheux (OFCE), évoque les risques importants des répercussions de la crise financière en Europe.

Revue de presse
La Banque centrale européenne a injecté 30 milliards de liquidité lundi 15 septembre et 70 milliards mardi 16. Mais jusqu’à quand va-t-elle pouvoir le faire ?
Jacques Le Cacheux: Cette crise pose beaucoup de questions sur l’avenir. Les bourses réagissent de manière extrêmement vive. Un vent de panique est en train de souffler. Le problème est que, à très court terme, c’est le marché des dérivés qui est menacé. Or il s’agit des marchés sur lesquels toutes les grandes banques du monde et les assureurs sont très engagés. Et sur lesquels la fragilité de certains instruments est extrêmement forte, car il y a très peu de réglementations et de couverture de risque. Dans le monde entier, tous les grands établissements risquent donc de se retrouver confrontés à un effondrement du marché.
Christine Lagarde a indiqué le 15 septembre que les répercussions de la crise devraient être limitées pour les banques françaises. Qu’en pensez-vous ?
C’est la méthode Coué. C’est à la fois vrai à très court terme si on ne regarde que le cas précis de Lehmann Brothers et AIG [finalement renflouée par la Fed, qui lui a octroyé un prêt de 85 milliards de dollars]. Mais d’ici quelques jours, les menaces peuvent être considérables. Si effectivement les marchés dérivés commencent à dévisser, la société générale et la BNP pour ne nommer qu’elles seront très exposées.
Mais si l’on prend le cas Lehmann Brothers, la faillite ne s’est pas produite en deux jours. La banque était dans une situation délicate depuis plusieurs mois…
Cela fait effectivement plusieurs mois que cette banque va mal et elle n’est pas la seule. Mais tout d’un coup, les autorités américaines ont décidé de ne pas sauver Lehmann Brothers. L’argument est de dire qu’il n’y a aucune raison que les contribuables paient pour toutes les erreurs de gestion de toutes les banques. Ce qui n’est pas faux. Dans le même temps, si on ne les sauve pas, le risque, dont on voit d’ailleurs peut-être les premières manifestations graves, est d’envoyer des signaux aux marchés indiquant que l’on ne va plus sauver personne. Un peu comme les signaux idiots envoyés lors de la crise de 1929. Mais jusqu’à maintenant, le discours était plutôt «Dieu merci tout le monde sait désormais qu’il ne faut plus faire cette erreur».
Selon vous, les Etats-Unis auraient donc du sauver Lehmann Brothers ?
Oui. Evidemment c’est facile à dire après coup. Mais les autorités américaines ont pris un très grand risque en décidant de ne pas le faire. Le signal envoyé est très dangereux. Et apparemment je ne suis pas le seul à le voir de cette façon.
Le 13 septembre à Nice, les Européens ont tenté de trouver une solution coordonnée à la crise. Les résultats vous semblent-ils à la hauteur des enjeux?
C’est absolument dramatique. Je pense que les Européens ne sont pas suffisamment conscients des périls à venir. Chacun pense que le pire est derrière nous ou que la situation va s’arranger.
Et puis comme toujours, l’Europe manifeste son incapacité à se mettre d’accord. Le chacun pour soi et chacun doit faire le ménage chez soi est la logique qui domine en Europe depuis un bon moment et c’est catastrophique. Une recette garantie pour ne jamais rien faire en commun.
Notamment en ce qui concerne la supervision par exemple…
Oui.
Trouvez-vous que la politique menée par la BCE est la bonne méthode ou aurait-elle dû baisser ses taux?
Je continue à penser qu’elle aurait dû baisser ses taux. De toutes les façons, et on en voit aujourd’hui les premières manifestations, tout le monde savait que les poussées d’inflation auxquelles nous avons assisté en Europe étaient importées et que dès lors que les prix des matières premières, entre autres, se stabiliseraient ou reflueraient la poussée inflationniste se calmerait. Et cela n’a rien à voir avec la politique monétaire de la BCE si ce n’est indirectement avec la force de l’euro.
En outre, on a infligé un coût du crédit très élevé à l’économie européenne dans une période ou cela aurait été bien d’avoir un demi ou un point de moins sur les taux d’intérêt. Ces décisions ont inutilement contribué à aggraver une récession dont, bien sûr, la BCE n’est pas responsable, mais je pense qu’il n’y avait pas beaucoup de bénéfices à attendre à l’augmentation des taux d’intérêts.
Aujourd’hui personne ne sait jusqu’où cela va aller. Ce qu’il faut c’est que les banques centrales et les ministres des Finances soient très vigilants et prêts à intervenir même de façon massive parce que si jamais les bourses continuent à plonger, comme c’est le cas depuis 48h, les conséquences peuvent être désastreuses pour l’économie réelle, pas seulement pour les banques.
LA BANQUE CENTRALE AMERICAINE SAUVE L'ASSUREUR AIG
La Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé, mardi 16 septembre, qu'elle allait débloquer une aide de 85 milliards de dollars (soit près de 60 milliards d'euros) pour sauver l'assureur AIG de la faillite. En début de semaine, la même Fed s’était montrée inflexible lors de la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers. La rumeur de ce sauvetage puis son annonce officielle a fait remonter les cours américains et les bourses européennes ont fermé sur des pertes modérées. En Asie, les cours ont rebondi dans la nuit.






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