Michel Barnier est de retour. Cinq ans après avoir occupé le poste de commissaire en charge de la politique régionale, l’ancien ministre français de l’Agriculture rejoint le deuxième collège de José Manuel Barroso. Après des négociations ardues, la France a finalement obtenu pour lui le portefeuille du Marché intérieur, complété par le stratégique dossier des Services financiers.
Positions
Voice of banking and financial services
Communiqué sur les propos de Nicolas Sarkozy après la nomination de Michel Barnier
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Parlement européen
Réponses au questionnaire soumis par le Parlement européen à Michel Barnier
Ceux qui l’ont côtoyé au ministère de l’Agriculture le décrivent comme un travailleur acharné. Et parmi les ONG, on dépeint un homme plutôt ouvert au dialogue et à la consultation, même si on souligne que les principes de gouvernance agricole n’ont pas été renouvelés pour autant au ministère. L’ancien ministre de l’Agriculture les a ainsi reçus dans son bureau à cinq reprises en deux ans pour faire le point sur les différents chantiers.
Dans l’ensemble, le commissaire français n’a pas d’expérience particulière dans le secteur du marché intérieur ou des services financiers. «Les commissaires européens ne doivent pas être de supers techniciens, mais plutôt avoir une vision globale», estime Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman, un think-tank français proche du PPE. «Un Français à ce poste a une vision plus politique», ajoute-t-il, en précisant qu’un Britannique au Marché intérieur aurait risqué d’être attaché à la City.
Mais le Français ne risque-t-il pas d’être trop lié à Nicolas Sarkozy? «Il a été commissaire, il connaît parfaitement les usages», répond M. Giuliani. De fait, son expérience lui permet de très bien connaître les rouages de la Commission, du Parlement et du Conseil, dans lesquels il a siégé tour à tour.
Trois priorités
Les réponses adressées par Michel Barnier aux questions écrites du Parlement européen donnent une idée de l’étendue du travail qui l’attend. «On ne tombe pas amoureux du marché intérieur», précise le Français, en citant l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors. Avant d’ajouter: «mais pourtant, ces questions sont au cœur de la vie de nous tous, européens».
Evoquant ses «trois priorités», l’ancien ministre français cite, premièrement, la relance du marché unique, deuxièmement la sortie de crise et troisièmement la construction d’une économie «fondée sur la connaissance».
Tout d’abord, Michel Barnier dit vouloir «évaluer le marché unique en profondeur» pour renforcer la position de l’UE dans le monde. Le commissaire compte commander des «études sur le fonctionnement des marchés», pour lancer de nouvelles initiatives.
Sur le plan de la régulation, le commissaire français devra mener à terme les réformes lancées par son prédécesseur, Charlie McCreevy. Michel Barnier plaide en faveur d’une régulation «efficace» des marchés, tout en évitant de créer des entraves excessives.
Enfin, le nouveau commissaire veut adapter la stratégie européenne sur les droits de propriété intellectuelle «aux nouveaux défis», dont la numérisation. Il souligne notamment la nécessité de mener à bien les négociations sur le brevet communautaire et le système unifié de règlement des litiges en matière de brevets.
Révision de la directive MiFID
Par ailleurs, le futur commissaire fait un important catalogue des mesures qu’il compte prendre dans les cinq ans à venir. Parmi elles, une quatrième révision de la directive «fonds propres réglementaires», ainsi que la mise en place de fonds de garantie des dépôts et de résolutions des faillites bancaires.
Il plaide également pour que les directives «abus de marché» et MiFID soient «revisitées», ainsi que pour l’instauration d’une date butoir pour la migration vers les produits SEPA pour les prélèvements automatiques et les virements.
Deux autres rapports sont également attendus: un document sur la gouvernance dans les établissements financiers «contiendra des propositions pour remédier aux faiblesses révélées par la crise». Un second visera la mise en œuvre de la recommandation sur la rémunération dans les services financiers.
Michel Barnier devra également veiller à la bonne transposition de la directive «services» dans les 27 Etats membres, et à la mise en place de nouvelles normes comptables, dont les faiblesses ont été mises en lumière par la crise.
Déclaration de guerre
Dans le questionnaire rendu aux parlementaires, le député européen insiste aussi sur l’égalité de traitement entre les pays européens. «Dans mes déplacements autant que dans mes rencontres, je mettrai un point d’honneur, comme je l’ai toujours fait, à traiter de manière égale tous les Etats membres», indique-t-il. Une précision qui n’est pas superflue quelques semaines après le tollé déclenché au Royaume-Uni par l’attribution des Services financiers à un commissaire français.
La City avait alors montré sa vive inquiétude, après les déclarations de Nicolas Sarkozy, le 28 novembre. Le président français avait estimé qu’il était «très rassurant que ce soient les idées françaises de régulation qui triomphent en Europe». Des propos que les banquiers britanniques avaient perçus comme une déclaration de guerre.
Depuis, Michel Barnier a tenté de calmer le jeu. Il a notamment choisi pour porte-parole une Franco-britannique, Chantal Hugues, ancienne porte-parole du commissaire européen chargé des Affaires sociales, Vladimir Spidla. Par ailleurs, Michel Barnier sera flanqué d’un directeur général britannique, Jonathan Faul. Rappelons qu’au Parlement européen, c’est également une Britannique, Sharon Bowles (ADLE), qui préside la commission des Affaires économiques et monétaires.
BIOGRAPHIE
Né en 1951 en Isère, Michel Barnier a commencé sa carrière à 22 ans, en entrant au cabinet de Robert Pujade, alors ministre de l’Environnement. C’est le début d’une fulgurante ascension politique, durant laquelle il exerce pratiquement tous les mandats: conseiller général, député, sénateur, ministre, commissaire européen.
Elu plus jeune député de France, en 1978, il siège à l’Assemblée nationale jusqu’en 1993. Après avoir été ministre de l’Environnement de 1993 à 1995, il succède à Alain Lamassoure au ministère délégué aux Affaires européennes, jusqu’en 1997. Il est alors élu sénateur de Savoie et préside la commission des Affaires européennes du Palais du Luxembourg. Avant de démissionner pour occuper, à Bruxelles, le poste de commissaire en charge de la politique régionale, de 1999 à 2004. De retour en France, il est nommé ministre des Affaires étrangères, jusqu’à l’échec du référendum sur la constitution européenne, en mai 2005.
Lorsque Nicolas Sarkozy accède à l’Elysée, en 2007, il est nommé ministre de l’Agriculture en pleine fronde des pêcheurs français contre les quotas européens sur la sole et le cabillaud. Pendant deux ans, ils se fait le défenseur d’une agriculture dotée d’outils de régulation, face à une Commission européenne accusée d’accélérer la libéralisation du secteur. C’est l’un des principaux artisans du bilan de santé de la PAC, adopté au deuxième semestre 2008, pendant la présidence française de l’UE.
Tête de liste UMP de la région Ile-de-France aux élections européennes, il est élu eurodéputé et dirige la délégation des députés européens français de son parti au sein du PPE. Il a toujours fait figure de favori pour devenir le commissaire français au sein de la Commission Barroso II.






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