Alors que la Commission européenne a annoncé, mercredi 29 octobre, un plan de relance pour l’UE face à la crise financière, deux économistes faisaient le point, au Sénat, sur le rôle de l'Europe dans la résolution de cette crise.

Revue de presse
Agence France Presse
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La Commission européenne annonce un plan de soutien à la croissance
Bonne nouvelle! La crise bancaire est en passe d’être terminée. Reste à éviter qu’elle ne dégénère en crise économique. C’est l’économiste Alain Cotta qui l’affirme, mercredi 29 octobre au Sénat, devant une petite vingtaine de sénateurs de la commission des Affaires européennes. Et pour se prémunir contre cette évolution dramatique, le professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine a la solution: «Il nous faut adopter un peu de politique keynésienne». Autrement dit, baisser les taux d’intérêt et accepter l’existence d’un déficit budgétaire. «C’est à ce moment-là que nous allons voir la disparité [des déficits budgétaires] des pays européens éclater, prédit-il. » Une situation qui « concernera directement la BCE.» Car, selon l’économiste, «toute la question est désormais de savoir si cette disparité va créer de l’inflation».
Selon lui, le consensus européen est impossible sur ces sujets. D’autant plus que Français et Allemands ne parviendront que difficilement à trouver un accord. «L’Allemagne n’a pas les yeux tournés vers la France, mais vers la Russie », a-t-il indiqué. Et de préciser : «C’est par l’intermédiaire de la Grande-Bretagne que le libéralisme effréné s’est institué en Europe. Avec la complicité de l’Allemagne».
Menace politique
«Il faut bien que l’on parvienne à s’entendre», a cependant répondu le président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Jean-Paul Fitoussi, qui a souligné la nécessité de mettre en œuvre des programmes de croissance. Parmi les domaines d’investissements prioritaires, l’économiste a cité la réalisation de la stratégie de Lisbonne, les objectifs du paquet énergie-climat et les infrastructures pour mieux connecter les pays européens entre eux. «Et s’il est une chose que désormais, on ne peut plus dire à aucun citoyen européen, c’est que les caisses sont vides!», a lancé M. Fitoussi aux sénateurs. Aussi a-t-il estimé qu’il fallait «mettre les Etats devant leurs responsabilités». «Ils ne peuvent pas voter la stratégie de Lisbonne à l’unanimité et ne pas y accorder les moyens nécessaires», s’est-il indigné. Avant de prévenir: «Si on ne va pas au bout de ce type de raisonnement, la menace politique n’est pas nulle.»
Par ailleurs, il a pointé «un problème de gouvernance européenne». Revenant sur le rôle de l’Eurogroupe, il a souligné la nécessité de lui donner « un vrai poids politique » afin que cette instance « soit davantage qu’un groupe informel.»
Quant à la BCE, le président de l’OFCE a estimé que l’action de l’institution pilotée par Jean-Claude Trichet avait été «insuffisante» dans la crise. «Pour preuve, a dit M. Fitoussi, chaque Etat a créé sa propre banque» destinée à sauver ses établissements bancaires nationaux. «Et la seule arme dont dispose Jean-Claude Trichet, a poursuivi l’économiste, est la hausse des taux d’intérêt. Mais jamais il ne l’utilisera dans ce cas.» La BCE a en effet indiqué il y a quelques jours la baisse prochaine, pour la deuxième fois en l’espace de trois mois, de son principal taux directeur.
La Commission trace des «lignes rouges»
Pendant ce temps, à Bruxelles, la Commission européenne a annoncé qu’elle présenterait, le 26 novembre, un plan d’action afin de soutenir l’économie européenne menacée par la crise. «Nous voulons inviter les Etats membres à utiliser pleinement la flexibilité apportée par le Pacte», a indiqué le commissaire aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, au cours d’une conférence de presse.
Le pacte de stabilité prévoit en effet qu’en cas de «circonstances exceptionnelles», les Etats membres puissent dépasser la limite des 3% du PIB fixée pour le déficit public annuel. Or, Bruxelles a eu l’occasion d’indiquer à plusieurs reprises que ces circonstances exceptionnelles étaient d’ores et déjà atteintes. Cependant, le commissaire Almunia a prévenu: pas question de laisser filer les déficits de manière illimitée. La Commission a des «lignes rouges» en la matière, a-t-il précisé.
Quelques heures plus tard, au Sénat, Jean-Paul Fitoussi estimait que «si un certain nombre de choses ont été possibles en Europe, c’est parce qu’on a suspendu le pacte de stabilité et les règles européennes de concurrence». Et de lancer aux sénateurs: «Il faut que nous apprenions à nous détacher des doctrines qui nous ont enfermés jusque-là. Et nous défaire de la règle de l’unanimité lorsque nous voulons prendre des décisions financières au niveau européen. Je ne connais pas de démocratie qui fonctionne à l’unanimité.»






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