Les ministres des Finances français et allemand, Christine Lagarde et Peer Steinbrück, ont écrit, lundi 31 août, à leurs homologues européens pour leur demander d’augmenter leur contribution au FMI, selon des informations obtenues par l’AFP. 

L’objectif est de convaincre les Vingt-Sept, qui se réuniront à Bruxelles lors d’un déjeuner de travail informel mercredi 2 septembre, d’apporter 125 milliards d’euros au capital du FMI. Cette annonce se situe dans la continuité des engagements pris à Londres par le G20 en avril. (EurActiv.fr, 06/04/2009) Mais, à l’époque, l’UE avaient promis de porter cet effort à 75 milliards d’euros, soit environ 100 milliards de dollars. 

Les ministres français et allemand demandent donc aux Etats membres d’augmenter leur participation à la recapitalisation du FMI de près de deux tiers par rapport aux engagements du mois d’avril. Avec cette lettre, ils rejoignent la position de leur homologue britannique, Alistair Darling. Dans une tribune publiée dimanche 30 août dans le quotidien The Guardian, le chancelier de l’Echiquier avait demandé à l’UE d’accroître les ressources du FMI à hauteur de 175 milliards de dollars (soit environ 122 milliards d’euros) afin de soutenir l’économie mondiale. 

«L’Europe devrait montrer l’exemple et faire davantage d’efforts pour que l’objectif soit atteint», écrit le ministre britannique.

Londres s’est engagé à verser 26 milliards de dollars, soit 11 milliards de plus que prévu en avril. Paris et Berlin proposent quant à eux d’augmenter leurs contributions de deux tiers, à respectivement 18,45 milliards et 25,03 milliards d’euros. «Nous appelons nos partenaires de l’UE à nous rejoindre», précisent Christine Lagarde et Peer Steinbrück.

«Pas de position européenne» au FMI

Ce geste «serait une contribution significative pour atteindre l’objectif d’augmenter les nouveaux accords d’emprunt de 500 milliards de dollars», écrivent les ministres. En effet, il est prévu que les ressources du FMI seront portées de 250 à 750 milliards de dollars grâce à l’expansion et à la modernisation des Nouveaux accords d’emprunt (NAE).

De plus, maintenir une participation significative permettrait d’assurer que les intérêts de l’UE soient représentés de manière adéquate», arguent les deux ministres.

Une argumentation contestable, selon Jérôme Sgard, économiste et directeur de recherches à Sciences-Po. «A part pour défendre les dossiers qui les concernent très directement, les pays européens sont plutôt discrets dans la gestion au jour le jour du FMI.» Pour lui, «la relance de cette augmentation de capital au nom d’une meilleure défense des intérêts européens paraît très rhétorique». «Il n’y a pas à proprement parler de position européenne vis-à-vis du Fonds», estime-t-il.

Par ailleurs, toute augmentation des capitaux du FMI suppose que tous les pays membres suivent le même mouvement, selon la règle des quotas. Y compris les Etats-Unis. «Toutes les augmentations de capital sont très difficiles à obtenir au Congrès américain», explique Jérôme Sgard. D’autant plus qu’avec la réforme de l’assurance maladie ou les sujets environnementaux, «le président américain Barack Obama a d’autres dossiers plus urgents sur le feu», juge le chercheur. Une urgence qui ne jouera pas en faveur des Européens.

Par ailleurs, poursuit l’économiste, «l’urgence [de l’augmentation de capital du FMI] a beaucoup diminué, si l’on compare la situation actuelle à celle d’avril, au G20 de Londres, quand avait été annoncée la méga-augmentation de capital du FMI». Il conclut: «D’ailleurs, depuis, on n’en avait plus beaucoup entendu parlé.»