Comme convenu, c’est aux alentours de 15h que Français, Allemands et Italiens ont rendu publiques leurs solutions pour se sortir de la crise financière. Ces décisions sont conformes à l’esprit des conclusions du Sommet extraordinaire de l’eurogroupe, qui s’est tenu à Paris dimanche 12 octobre. (EurActiv.fr 13/10/2008)

Après un conseil des ministres exceptionnel, le président français a commencé par saluer « le pas décisif » franchi la veille par les Européens. « Le temps du chacun pour soi est révolu ». Allusion à peine voilée à l’Allemagne, qui a refusé la mise en place d’un fond de garantie européen lors de la réunion du G4, samedi 4 octobre. (EurActiv.fr 06/10/08)

« En offrant la garantie de l’Etat, nous pouvons espérer mettre un terme à la crise de confiance et ainsi à ne pas avoir à faire supporter aux Français le coût exorbitant qu’aurait une défaillance de tout le système bancaire », a indiqué le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse.

Première mesure évoquée, l’Etat garantira les prêts interbancaires à hauteur de 320 milliards d’euros et dans la limite de cinq ans. Cette proposition concerne les actions émises avant le 31 décembre 2009. Et cette garantie sera payante. A titre de comparaison, un point de PIB français représente 20 milliards d’euros.
Une société de refinancement sera chargée de lever des fonds sur les marchés avec la garantie de l’État, a indiqué la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, avant d’ajouter que “la Banque de France sera chargée du contrôle de cette procédure”.

La garantie de ces prêts “est vraiment un élément nouveau qui peut changer beaucoup la donne”, explique la directrice du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), Agnès Bénassy-Queré. La hausse spectaculaire des bourses mondiales, lundi 13 octobre, semble d’ailleurs vérifier ces dires. Et peut-être donner raison à Nicolas Sarkozy. “Le pari raisonnable que nous faisons est qu’en apportant cette garantie, nous n’aurons pas à la faire jouer”, a en effet précisé le chef de l’Etat

La recapitalisation des banques en difficulté à hauteur de 40 milliards d’euros est la deuxième mesure importante. “L’Etat ne laissera aucune banque faire faillite”, a ajouté le chef de l’Etat. Des propos contradictoires, la totalité des bilans des banques représentant plus de 40 milliards d’euros. En pratique, une société publique, dont l’État sera le seul actionnaire, pourra mettre en oeuvre ces recapitalisations.

Il n’y aura aucun coût pour le contribuable français, a précisé le chef de l’Etat. Aucun coût, mais pas aucun risque. Car si l’Etat recapitalise des banques, le contribuable redevient actionnaire par le biais de ses impôts. Même si en France, ce n’est pas une nouveauté.

Le président français a également mentionné la réforme des règles comptables. La Commission européenne devrait faire des propositions à ce sujet lors du Conseil européen des 15 et 16 octobre. Christine Lagarde a indiqué que la France et l’Allemagne s’étaient mises d’accord pour opérer une “clarification des normes comptables”.

« J’ai été effrayée par la réunion du G4, qui fixait à fin octobre la date de remise des propositions de réforme sur ce sujet », explique Agnès Bénassy-Queré. « C’était beaucoup trop loin ». « Les économistes français ont toujours été plutôt opposés aux règles adoptées par l’UE le Mark-to-market (principe consistant à réévaluer les positions ouvertes en fonction des prix du marché) et les comptes trimestrielles. Il semble que l’on s’oriente vers un retour à une valeur de bilan calculée selon un modèle et non pas en fonction du marché ».

Un projet de loi de finance rectificatif doit être présenté par le premier ministre, mardi 14 octobre, afin d’être adopté d’ici la fin de la semaine, a annoncé le président de la République.

Mais Nicolas Sarkozy compte bien ne pas s’arrêter là et remettre le système à plat après que l’incendie est éteint. « Les mêmes discussions ont eu lieu après la crise asiatique, mais depuis 10 ans rien n’a changé », rappelle Agnès Bénassy-Queré. « En période de crise tout le monde est très motivé. Mais après…? Y aura-t-il un élan pour un superviseur européen unique par exemple ? Il pourra se passer quelque chose si les Etats-Unis sont durablement affaiblis. »