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Une semaine après l’annonce d’une perte de près de 5 milliards d’euros engendrée par une fraude sans précédent d’un de ses traders, la Société Générale est en pleine tourmente. Ainsi fragilisée, la banque semble être une cible privilégiée pour un rachat dans un contexte général de consolidation du marché bancaire européen et mondial. Les rumeurs persistantes d’OPA ont fait bondir le titre de la Société Générale de 10,42% le 29 janvier et d’encore 4,27% le lendemain.

Ce fleuron de l’industrie bancaire française ainsi convoité, les vieux réflexes politiques de patriotisme économique n’ont pas tardé à refaire surface.

Le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, a ainsi déclaré : « Si jamais il doit y avoir un adossement financier supplémentaire de la Société Générale, il faut autant que possible que cela puisse se faire dans le cadre de l’intérêt de l’industrie bancaire française ». Encore plus précis, le premier ministre, François Fillon, a assuré que le gouvernement « entend que la Société générale reste une grande banque française » et  « ne la laissera pas être l’objet de raids hostiles de la part d’autres établissements bancaires ». Le conseiller du président de la République, Henri Guaino, a également affirmé que « l’Etat ne restera pas les bras croisés » et  « ne laissera pas [la Société générale] à la merci de n’importe quel prédateur ».

La Commission européenne tente cependant de son côté de prévenir toute tentation protectionniste. « Les règles sont les mêmes que dans tous les autres cas d’OPA, dans le cadre de la libre circulation des capitaux. Les acquéreurs potentiels doivent être traités de manière non discriminatoire », a ainsi averti le porte-parole du commissaire au marché intérieur, Charlie McCreevy.

Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, est exactement sur la même ligne. « Nous vivons dans la logique du marché intérieur. […] Si quelqu’un vient d’amical, ayant un beau projet économique à proposer, pourquoi le refuser? Seulement parce qu’il n’est pas français? Ce n’est plus de notre temps », a-t-il ainsi déclaré au micro d’Europe 1.

Les analystes évoquent les noms de l’Italien Unicredit, des Espagnols Santander et BBVA ou encore du Britannique HSBC comme acquéreurs potentiels. Mais l’hostilité du gouvernement français à toute reprise étrangère remet plutôt le vieux projet de la fusion BNP-Paribas / Société Générale, avorté en 1999, sous le feu des projecteurs.

Interrogée sur l’intérêt qu’aurait BNP-Paribas à un rachat de la Société Générale, une porte-parole a répondu : « On réfléchit simplement parce que toute l’Europe réfléchit ». Selon les Echos, la banque se serait entourée de conseils pour travailler à un tel projet.

Pour autant, à peine confirmé à son poste, le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, a affirmé, le 30 janvier, que sa banque avait les moyens de défendre son indépendance « puisque les capitaux sont là » et qu’elle est toujours bénéficiaire. L’Elysée a confirmé ce point de vue par la voix de son porte-parole, David Martinon, qui a précisé que la question d’un éventuel rachat « n’est pas une question d’actualité », puisque la Société Générale « n’est pas contrainte de s’adosser ». « La banque est solide. Il n’y a aucun risque d’une offre », a renchéri le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet.