Devant une trentaine de sénateurs, trois économistes invités au Palais du Luxembourg par la commission des finances et la commission des affaires économiques ont mis en garde, mercredi 2 avril, contre l’impact de la crise financière américaine en Europe.
En Europe, le pire est encore à venir. C’est en substance le message que les trois économistes Mathilde Lemoine, Michel Aglietta et Marc Touati ont délivré à une trentaine de sénateurs, le mercredi 2 avril.
« Dans la zone euro, l’impact se voit surtout sur l’économie interbancaire », explique Mathilde Lemoine, directrice des études économiques et de la stratégie marchés de HSBC France. Pour l’instant. Car d’ici 2009, les experts s’attendent à un impact « assez fort » de la crise financière en Europe, prévoyant notamment une forte baisse de la demande et un resserrement important du crédit.
Tendance américaine décalée
Aujourd’hui, le Vieux Continent est encore à l’abri. Mais pour combien de temps? Les experts de HSBC estiment que la conjoncture européenne suit en moyenne avec un retard de 2,2 trimestres la tendance américaine. Quant à la France, elle a 3,8 trimestres de retard sur les Etats-Unis.
En baissant son taux principal directeur de 3 à 2,25% le 18 mars 2008, et en donnant, dans un délai exceptionnellement court, un feu vert à l’acquisition de la banque d’investissement Bear Stearns par JPMorgan Chase, la Banque centrale américaine (Fed) a joué un rôle totalement inédit. Elle a en effet fourni à JPMorgan les 30 milliards de dollards nécessaires au financement de l’opération. Une implication qui est encore loin d’être celle de la Banque centrale européenne. La BCE a néanmoins injecté, mardi 1er avril, 35 milliards d’euros supplémentaires dans le système bancaire européen, dans le cadre de ses interventions régulières sur le marché.
En temps normal, les taux d’intérêt à long terme sur les marchés sont supérieurs aux taux courts. Or, la crise actuelle actionne un mécanisme qui provoque l’inversion de ce rapport. Et l’inversion de la courbe des taux (c’est le nom de ce phénomène) est souvent, pour les économistes un signe inquiétant pour la croissance. « Les banques européennes vont avoir plus de mal à se financer », confirme Marc Touati, directeur général délégué de la société d’investissement Global Equities. « Ce qui équivaut à un grand risque en Europe. »
«Les Français ne sont pas crédibles lorsqu’ils critiquent la BCE»
Une solution à la crise, pour Marc Touati : baisser les taux d’intérêt en Europe. Cette baisse contribuerait à rétablir une courbe des taux classique. « La croissance doit être soutenue par la BCE », argue-t-il.
Reste désormais à un des Etats membres de l’Union, ayant suffisamment de poids, de faire pression sur la BCE pour qu’elle baisse ses taux. Depuis son arrivée à l’Elysée, le président français Nicolas Sarkozy n’a cessé de plaider pour une baisse des taux de la Banque centrale, s’attirant parfois de vertes critiques des autres dirigeants de l’Union. « Les Français ne sont pas crédibles lorsqu’ils critiquent la BCE », lance M. Touati, en faisant allusion au dérapage budgétaire de la France. « C’est donc l’Allemagne qui doit jouer ce rôle. »
Les trois économistes présents évaluent la croissance française entre 1,4 et 1,6% pour 2008 et 2009. Pourtant, dans l’Hexagone, « nos experts n’anticipent pas encore des problèmes graves » comme la faillite d’établissements bancaires, explique Mathilde Lemoine. « Mais ça peut arriver », prévient-elle. « Et dans ce cas, on peut se demander jusqu’où la Banque de France serait autorisée à agir », encourageant les députés à évaluer ce type de scénario dès maintenant.
Autre donnée du problème: la parité euro-dollar. Les économistes de HSBC estiment qu’une hausse de l’euro de 10% entraîne une baisse du taux de croissance française de 0,4% et européenne de 0,28%. «La spécificité de la France, poursuit Mme Lemoine, c’est que lorsque l’euro augmente, le prix des produits importés ne baisse pas. » Contrairement à l’Allemagne, où la plupart des industriels peuvent renégocier leur contrat en permanence, la majorité des industriels français revoient en effet leurs contrats tous les ans, ou tous les deux ans.
«La France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne avec une triple casquette bien peu réjouissante, avertit Marc Touati. Le pays a une croissance molle, un déficit public important et une dette publique importante. » Tellement importante qu’elle dépassera de presque dix points son niveau autorisé par le pacte de stabilité.





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