Alain Lamassoure juge que l'Europe devrait définir une doctrine sur la Russie

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La construction d'une relation durable avec la Russie devrait être une priorité de l'Union européenne, selon l'eurodéputé UMP Alain Lamassoure.

Ancien ministre et député européen depuis de longues années, Alain Lamassoure prend position sur le sujet de la relation entre l'Europe et la Russie, qu'il juge décevante.

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« Je suis très déçu de voir l’erreur d’analyse que fait Vladimir Poutine : il a 20 ans de retard. Il ferait mieux de penser aux intérêts de la Russie sur les 20 ans qui viennent. Il essaie, avec un succès électoral incontestable, de mobiliser une sorte de nationalisme russe dans un esprit de guerre froide antioccidental. Ce nationalisme résonne dans des zones d’influences politiques et stratégiques russes, alors que dans le monde du début du 21e siècle les problèmes ne se posent plus en ces termes. »

Des relations bilatérales inefficaces

L'ancien ministre des Affaires européennes regrette aussi que chacun « négocie avec la Russie ses problèmes de gaz, ses problèmes économiques, éventuellement tel ou tel problème politique, dont l’Ukraine, la Géorgie.

Pour l'eurodéputé, cette situation provient d'une responsabilité partagée entre l'Europe et la Russie.

« Du côté occidental, selon les humeurs de Moscou, on considère la Russie comme un pays dont on doit se méfier, ou comme un partenaire potentiel. Il serait bien que nous ayons une doctrine qui nous permette de parler véritablement à l’interlocuteur russe. »

Pourtant selon lui, trois capitales, Paris, Berlin et Londres définissent la politique russe par défaut, et en se positionnant derrière les États-Unis.

« Vis-à-vis de Moscou, on considère implicitement dans ces trois capitales que c’est Washington qui a le leadership. Sauf que Washington n’a plus de politique russe. Et, à partir du moment où il n’y a plus de missiles russes qui menacent le sol américain, la situation en Russie ne dépend pas d’une stratégie américaine.

Par contre, la situation en Russie est évidemment très importante pour nous, Européens.

Le Conseil de l'Europe appelé à réagir sur les valeurs

La question des valeurs démocratiques, régulièrement bafouées en Russie qu'il s'agisse des droits des minorités ethniques, religieuses ou sexuelles ou des journalistes, Alain Lamassoure reconnaît l'incompétence du Parlement européen, mais appelle le Conseil de l'Europe à réagir.

« Sur les valeurs, il y a une organisation qui a un rôle à jouer et que je trouve très silencieuse à l’égard de Moscou : le Conseil de l’Europe.

Il y a eu une dizaine d’années, la Turquie avait été suspendue, car elle ne respectait pas certaines des valeurs fondatrices du Conseil de l’Europe. S’il y a manifestement une violation nette des valeurs qui fondent le Conseil de l’Europe et notamment la Convention européenne des droits fondamentaux, c’est cet organe qui est au premier rang pour agir.

Le député européen élu depuis 1999 au Parlement européen dans la région sud-ouest n'écarte pas de se représenter en mai 2014.

« Je prendrai une décision dans l’hypothèse où je suis réélu, et en fonction dont les choses se présenteront dans le nouveau Parlement européen, y compris au sein de la représentation française. Je continuerai de toute manière à suivre la réforme du financement du budget européen, donc je garderai probablement un rôle au sein de la Commission des budgets, mais je m’intéresserai aussi à d’autres problèmes» ajoute le député.

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