La Russie menace de lancer une attaque préventive contre le bouclier antimissile de l’OTAN

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Le chef d’état-major général russe a menacé hier (3 mai) de lancer une attaque préventive contre les installations antimissiles de l’OTAN situées en Europe de l’Est si les États-Unis procédaient à la construction d’un bouclier antimissile controversé.

Le chef d’état-major général des forces armées russes, Nikolaï Makarov, aurait déclaré qu'une frappe préventive serait envisagée si la situation empirait.

Conformément à un accord signé en décembre dernier, les États-Unis prévoient de placer un système de défense antimissile balistique au sol, dans le village de Deveselu dans le sud de la Roumanie. Cette installation militaire est située à environ 70 km de la centrale nucléaire bulgare de Kozloduy.

Lors d'une conférence à Moscou, les autorités russes ont montré par modélisation informatique les raisons pour lesquelles elles pensent que la sécurité du pays est menacée par ce bouclier.

Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a toutefois tenté de dédramatiser la situation en affirmant que l'Alliance espérait conclure un accord avec la Russie sur ce sujet.

Le conflit a entravé les relations entre la Russie et les États-Unis et devrait rester une question délicate sous la présidence de Vladimir Poutine qui, la semaine prochaine, sera investi pour six ans.

Washington a affirmé que le système de défense, qui devrait être construit en quatre étapes jusqu'en 2020, est destiné à contrer une menace potentielle de l'Iran. Selon Moscou, ce bouclier nuirait au pouvoir de dissuasion nucléaire de la Russie dans la mesure où l'Occident pourrait alors abattre d'éventuels missiles russes.

M. Rasmussen a émis ces commentaires après avoir rencontré à Londres le premier ministre britannique, David Cameron, jeudi dernier (3 mai). À propos de l'éventuelle conclusion d'un accord avec Moscou, il a déclaré : « J'espère que cela sera possible ».

Le secrétaire général a toutefois fait savoir qu'un tel accord ne serait pas signé avant le prochain sommet de l'OTAN à Chicago les 20 et 21 mai prochains.

« Nous poursuivrons notre dialogue avec la Russie [...] après le sommet de Chicago », a-t-il déclaré à la presse.

La première phase de construction du bouclier devrait être annoncée lors du sommet.

En 2010, la Russie et l'OTAN se sont mises d'accord pour coopérer en matière de défense antimissile, mais elles n'ont pas conclu d'accord. Le Kremlin veut une garantie contraignante que ce système ne sera pas utilisé contre la Russie. Les États-Unis ne sont pas d'accord pour imposer des limites officielles à la défense antimissile.

Le système en question devrait inclure le déploiement de missiles d'interception en Pologne et en Roumanie, un système de radar en Turquie et des navires de guerre de défense antimissile.

Images informatiques

Lors de la conférence à Moscou, le chef d’état-major général des forces armées russes, le général Nikolaï Makarov, a déclaré aux participants que ce système serait en mesure d'intercepter des missiles balistiques intercontinentaux et stratégiques russes d'ici 2017-18.

L'audience, dont  des représentants américains et de l'OTAN, a pu voir des images informatiques indiquant la portée des radars et des missiles d'interception qui seront déployés par le bouclier.

Des images représentant la portée des intercepteurs et des rayons lumineux représentant les missiles russes dirigés vers des villes américaines ont alors illuminé l'écran.

Le général Valery Gerasimov, adjoint du général Makarov, a expliqué que ces images informatiques tentaient de montrer comment, dans quelques années, les intercepteurs pourraient viser des missiles russes.

Il a répété les mesures que la Russie prendrait si elle se sentait réellement menacée par le bouclier. Il a même évoqué une « mesure extrême » qui consisterait à prendre pour cible les installations qui font partie de ce système en Europe.

Les représentants américains et de l'OTAN n'ont pas apprécié cette présentation et ont fait savoir que le système antimissile ne menacerait pas la sécurité de la Russie.

« Je dois avouer que je ne suis pas convaincu », a déclaré le vice secrétaire général Alexander Vershbow, ancien ambassadeur américain en Russie.

Les intercepteurs de l'OTAN ne seraient simplement pas géographiquement bien placés pour contrer les missiles russes, selon lui.

Madelyn Creedon, assistante du secrétaire américain à la défense pour les affaires stratégiques mondiales, a affirmé que le bouclier ne pourrait pas intercepter des missiles russes dirigés vers les États-Unis.

« La force de dissuasion stratégique russe est et restera en place », a-t-elle commenté.

Selon Ellen Tauscher, envoyée spéciale américaine pour la stabilité stratégique et la défense antimissile, il est peu probable qu'un accord soit conclu cette année, en raison de la campagne présidentielle et du changement d'administration potentiel.

« Cet accord sera signé au niveau présidentiel, donc probablement au cours de l'année prochaine, si tout va bien », a-t-elle déclaré à la presse. « Mais en attendant, nous avons beaucoup d'efforts à faire pour dissiper la méfiance. »

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