La Syrie au programme du sommet UE-Russie

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La position du président russe, Vladimir Poutine, sur la Syrie sera exposée aujourd'hui (4 juin) lors du premier sommet avec l'UE depuis son retour au Kremlin le mois dernier.

 

Les diplomates européens ont été invités dans une somptueuse demeure aux abords de la ville natale de M. Poutine, Saint-Pétersbourg. Ils auront l'opportunité de renouer le contact avec le dirigeant russe, au pouvoir pendant 12 ans avant de devenir premier ministre, puis à nouveau président aujourd'hui et donc chargé de la politique étrangère.

 

Toutefois, la crise syrienne pourrait bien prendre le dessus sur les questions commerciales, entre autres, alors que Moscou tente de tempérer les actions de l'Occident à l'encontre du président Bachar al-Assad.

 

La Russie et l'Europe ont toujours l'espoir que le plan de paix de Kofi Annan, soutenu par l'ONU et dont le but est de mettre fin à 15 mois de bain de sang attribués à M. Assad, pourra donner des résultats.

 

Les pays de l'UE souhaiteraient néanmoins que la Russie fasse pression sur le dirigeant syrien pour qu'il abandonne les armes et mette un terme à la répression comme prévu dans le plan de paix. Ils souhaiteraient également qu'il démissionne et laisse s'opérer une transition politique.

 

« Nous devons nous assurer que la Russie pèse de tout son poids pour convaincre le régime de mettre en oeuvre [le plan] », a déclaré un fonctionnaire européen sous le couvert de l'anonymat.

 

« La Russie ne s'est pas montrée très coopérative pour trouver une issue à la crise politique. »

 

Les autorités russes affirment ne pas protéger M. Assad, qui a permis à Moscou d'accroître son influence au Moyen-Orient, mais elles maintiennent que la démission du leader ne doit pas être définie comme une condition au dialogue politique.

 

M. Poutine a campé sur ses positions lors d'une visite à Berlin et à Paris vendredi dernier. Il a insisté sur les actes de violence commis par les rebelles, critiqué les sanctions et affirmé que la communauté internationale ne devait pas imposer ses décisions à la Syrie.

 

La haute responsable de l'UE pour la politique étrangère, Catherine Ashton, a rencontré le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ce dimanche et a déclaré dans un communiqué :  « Le rôle de la Russie est crucial pour le succès du plan de M. Annan. »

 

L'UE souhaiterait travailler en étroite collaboration avec la Russie pour mettre un terme aux violences et soutenir le plan, a-t-elle ajouté. Elle a affirmé s'être entretenue avec M. Annan au téléphone dimanche et qu'ils étaient d'accord sur le fait que la crise avait atteint un « point critique ».

 

M. Lavrov a adopté un ton constructif lors de son appel téléphonique avec M. Annan. Il a expliqué que Moscou serait prêt à envisager divers scénarios pour coordonner les efforts internationaux sur la question syrienne, a déclaré son ministère.

 

Par contre, lorsqu'il lui a été demandé s'il pensait que le sommet UE-Russie permettrait d'apaiser les différends sur la Syrie, M. Lavrov a répondu à la presse :  « Je ne suis pas de cet avis. »

 

Même vision ?

 

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et Mme Ashton tenteront de jauger l'attitude de M. Poutine vis-à-vis de l'UE, alors qu'il entame un nouveau mandat de six ans comme président.

 

« Il s'agit de voir si nous avons la même vision, de décider quelle direction prendra notre partenariat stratégique », a expliqué un fonctionnaire européen à propos du sommet qui se tiendra dans le Palais Constantin, une demeure de l'époque impériale située sur la mer Baltique.

 

La Russie et l'UE entretiennent des relations étroites : l'Europe dépend des exportations d'énergie russes et la Russie achète des produits de l'UE, des voitures allemandes à l'huile d'olive grecque, en passant par des meubles IKEA pour sa classe moyenne émergente.

 

Elles sont toutefois rarement du même avis en matière d'approvisionnement énergétique, d'accès au marché et de droits de l'Homme, ce qui rend difficile la conclusion d'un nouveau pacte pour régir leurs relations, malgré quatre ans de discussions.

 

Jeudi, le représentant de la Russie auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, a réitéré ses critiques à l'encontre des réglementations européennes visant à libéraliser le marché du gaz en empêchant les fournisseurs, dont le géant russe Gazprom, de contrôler les gazoducs de transit.

 

M. Chizhov a ajouté que la Russie souhaitait progresser plus rapidement vers un régime sans visa, un objectif que poursuit depuis longtemps M. Poutine.

 

La question de l'accès au marché est à double tranchant.

 

La Russie devrait rejoindre l'Organisation mondiale du commerce cette année, ce qui l'obligera à se plier aux règles internationales. Toutefois, l'UE souhaiterait que le Kremlin supprime une série d'obstacles qui se dressent en travers du chemin des entreprises et de l'investissement en luttant contre la corruption et en consolidant l'Etat de droit.

 

Certains fonctionnaires européens craignent que le retour de M. Poutine au poste de président n'implique une main-mise accrue de l'Etat sur l'économie, ainsi qu'un ralentissement des réformes.

 

Les manifestations de l'opposition battent leur plein depuis son retour au pouvoir, mais M. Poutine a averti l'UE qu'elle n'avait pas intérêt à interférer dans les affaires intérieures de la Russie.

 

Il a précisé que l'intégration des anciennes républiques soviétiques au sein d'une Union eurasienne serait sa priorité et il a d'ailleurs choisi le Bélarus comme premier voyage officiel, témoignant ainsi son soutien au dirigeant autoritaire du pays actuellement sous le coup de sanctions de l'Union européenne. Il partira pour l'Ouzbékistan peu après le sommet.

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