L'UE est comme un crocodile, selon l'ambassadeur russe auprès de l'UE

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L'ambassadeur russe auprès de l'UE a fustigé l'incapacité de l'Union à faire marche arrière dans certains domaines, mais il a également plaidé pour que l'Union et la Russie récoltent les fruits de la complémentarité de leurs économies. Il a tenu ces propos hier (29 mai), lors d'une réunion de préparation en amont du sommet UE-Russie des 3 et 4 juin prochains.

 

Vladimir Chizhov a tenu des propos ironiques en commentant la gestion de l'Union du « troisième paquet sur l'énergie » (voir « Contexte ») et l'inclusion de l'aviation dans le système d'échange de quotas d'émission (ETS), une initiative à laquelle s'opposent de nombreux pays, dont les Etats-Unis.

Il s'est exprimé devant la presse à Bruxelles en amont du sommet UE-Russie qui se tiendra les 3 et 4 juin prochains à Saint-Pétersbourg.

« Le troisième paquet sur l'énergie n'a déjà pas eu la vie facile », a déclaré M. Chizhov, bien connu de la communauté journalistique pour son humour plutôt caustique.

Il a expliqué que le projet initial avait subi quelques changements, ce qui avait permis aux Etats membres de prendre d'autres mesures. La Lituanie, par exemple, a choisi son aspect le plus strict via la nationalisation forcée des actifs, a-t-il précisé.

Le diplomate russe a fustigé la législation énergétique de l'UE, affirmant qu'elle était néfaste pour les marchés et les consommateurs.

« Il existe un paradoxe dans le marché énergétique de l'UE. Nous constatons que les grandes entreprises impliquées dans des projets d'infrastructures ne sont disposées à investir que dans les projets qui seront exempts des clauses du troisième paquet sur l'énergie. » Et il ne s'agit pas uniquement d'entreprises russes, a-t-il ajouté.

« Il est donc clair que cet ensemble de règles va à l'encontre des intérêts des entreprises et consommateurs », a-t-il affirmé.

Il a cité en exemple le cas d'un gazoduc qui fonctionnait normalement jusqu'à ce que ces nouvelles dispositions entrent en vigueur. A présent, le propriétaire de ce gazoduc doit réserver la moitié de sa capacité à d'autres utilisateurs potentiels.

« Cela signifie donc que le volume de pétrole ou de gaz acheminé via ce gazoduc sera immédiatement divisé par deux. Comment ce type de mesures peut-il aider les consommateurs finals ? »

Aviation et ETS

Concernant la récente inclusion de l'aviation dans l'ETS, l'UE a été encore plus loin, selon le diplomate. « En fait, elle est parvenue à se positionner contre le reste du monde », a expliqué M. Chizhov.

D'après lui, la solution ne devrait pas être trouvée de manière unilatérale, mais plutôt résulter d'un consensus international élaboré au sein de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).

« Je comprends qu'il est difficile pour l'UE de revenir sur ses propres décisions. Certaines personnes comparent l'UE à un crocodile. Non pas pour ses dents, mais bien pour son incapacité à faire marche arrière », a-t-il avancé, le sourire aux lèvres.

Sommet en période d'instabilité

M. Chizhov a expliqué que le nouveau président russe, Vladimir Poutine, et ses invités européens, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission, José Manuel Barroso, se réuniraient autour d'un « programme plus ou moins traditionnel » dans un palace situé à l'extérieur de Saint-Pétersbourg. Il a affirmé que le dirigeant russe s'attendait à une discussion animée sur la crise de la zone euro et que les Russes étaient conscients du grand intérêt que l'UE porte à l'intégration eurasienne en pleine progression.

« Je suis sûr que mon président s'attachera à expliquer l'essence, les motivations et le vecteur de développement de ce processus d'intégration », a-t-il avancé.

En octobre dernier, M. Poutine, en sa capacité de premier ministre de l'époque, avait déclaré son intention de créer une Union eurasienne composée de la Russie et d'autres Etats post-soviétiques. Cette nouvelle avait déclenché une multitude de réactions, passant de l'enthousiasme au rejet pur et simple, que ce soit en Russie ou dans les pays concernés.

« Nous traversons une période instable dans un monde multipolaire », a-t-il ajouté en référence à la perte de compétitivité de l'UE face aux économies émergentes. Selon lui, la « complémentarité relative » des économies européenne et russe contribuerait « non seulement à survivre à ces défis, mais à les surmonter et à prospérer dans un futur proche ».

Vladimir Poutine à Berlin et Paris

Avant le sommet UE-Russie, M. Poutine se rendra le 1er juin à Berlin et Paris, a annoncé M. Chizhov.

Lorsqu'EurActiv lui a demandé pourquoi ces deux visites auraient lieu le même jour, M. Chizhov a répondu que ces réunions ne remplaceraient aucunement le sommet qui se tiendra deux jours plus tard et qu'elles ne serviraient pas de contrepoids.

« Je devrais être politiquement correcte. Tous les Etats membres de l'UE sont égaux, mais si certains sont plus égaux que d'autres, alors la France et l'Allemagne font sans doute partie de cette catégorie », a-t-il insisté.

M. Chizhov a réfuté les affirmations selon lesquelles sont pays aurait été suspecté de monter les Etats membres les uns contre les autres ou les Etats membres contre l'UE et vice-versa.

« Ce n'a jamais été le cas. Nous pensons que les relations avec l'UE en tant qu'institution et les relations avec les Etats membres peuvent et doivent être synonymes de renforcement mutuel. »

South Stream

Lors du sommet UE-Russie, le seul commissaire qui accompagnera M. Barroso sera Günther Oettinger, en charge de l'énergie. Le nouveau ministre russe de l'énergie, Alexander Novak, sera également de la partie.

« Nous avons hâte de voir le projet South Stream progresser et nous sommes convaincus qu'il mérite le même traitement au sein de l'UE que Nord Stream et certains autres gazoducs, tels que le favori de l'UE, Nabucco, dont l'avenir ne parait pas très réjouissant. »

M. Chizhov n'est pas entré dans les détails, mais il est de notoriété publique que Nabucco a souffert de nombreuses attaques, notamment de Victor Orbán, le premier ministre de la Hongrie, un pays de transit clé, et de la part du géant pétrolier britannique BP.

Le Kremlin a récemment annoncé que South Stream serait construit à sa capacité maximale, à savoir 63 milliards de mètres cubes par an dès la fin de cette année. Le diplomate a ajouté que la Russie souhaitait que le gazoduc South Stream soit inclus dans un projet RTE-E et qu'il soit considéré comme un projet d'intérêt européen pouvant bénéficier d'aides de l'Union. 

Le gazoduc Nord Stream, qui achemine du gaz russe en Allemagne en passant sous la mer Baltique, jouit de ce traitement. La Commission européenne affirme que South Stream ne pourra pas bénéficier de ce statut tant que les plans du projet ne lui auront pas été soumis pour examen.

Quant à l'Ukraine, M. Chizhov a expliqué qu'il ne s'agissait pas de l'un des points au programme du sommet UE-Russie et que cette question ne concernait pas les relations de son pays avec l'Union. Il a cependant ajouté que le nom de ce pays serait sans doute prononcé lors des débats. 

Prochaines étapes: 
  • 1er juin : le président russe, Vladimir Poutine, se rendra à Berlin et à Paris.
  • 3-4 juin : sommet UE-Russie à Saint-Pétersbourg.       
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