Obama II et l’Europe

  

Barack Obama, réélu la nuit dernière, jouit d’une immense popularité en Europe. Il devrait renouveler son engagement qui vise à stimuler l’économie mondiale en relançant les relations commerciales transatlantiques, indiquent des analystes américains. Un reportage d’EurActiv en direct de Washington.

 

 

 

Après une campagne de 17 mois qui a coûté 2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros), Barack Obama a décroché un deuxième mandat au détriment de son adversaire républicain Mitt Romney.

 

La plupart des États ayant fait part de leurs résultats, le premier président noir des États‑Unis a facilement obtenu les 270 voix du collège électoral nécessaires à la victoire. M. Obama détenait une légère avance.

 

Avant son discours de remerciement, M. Obama a posté sur son compte Twitter : « This happened because of you. Thank you. » (C'est arrivé grâce à vous. Merci. )

 

Relance des relations commerciales avec l'UE

 

M. Obama sera immédiatement mis à l'épreuve en raison de la « falaise budgétaire ». Cette expression désigne l'arrivée à échéance (1er janvier 2012) des allégements fiscaux et des réductions budgétaires.

 

Il fera encore pression sur l'Europe pour qu’elle résolve la crise de la zone euro étant donné que cette dernière affecte également l'économie américaine. Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, et José Manuel Barroso, le président de la Commission, ont d'ailleurs sauté sur l'occasion pour féliciter M. Obama.

 

« La création de croissance et d'emplois reste une priorité pour les deux, les États-Unis et l'Union européenne et nous continuerons à travailler avec le président Obama pour déverrouiller le potentiel sans pareil du marché transatlantique », ont-ils déclaré dans un communiqué commun.

 

« Nous sommes également prêts à continuer notre intense coopération dans tous les domaines de la politique étrangère et dans la promotion de nos valeurs communes. Nous espérons pouvoir rencontrer le président Obama au plus vite afin de reconfirmer nos priorités et d'insuffler une dynamique nouvelle à notre action commune.»

 

Lors d'une réception à l'ambassade américaine à Bruxelles, William E. Kennard, l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE, a salué l'UE comme « notre partenaire le plus proche sur la planète ».

 

Son collègue, Howard Gutman, l'ambassadeur des États-Unis en Belgique a parlé de l'engagement accru de Washington envers le reste du monde sous le président Obama. Il a souligné que le monde avait commencé « à douter de nos paroles et à suspecter nos actions » sous l'administration Bush.

 

En ce qui concerne le changement climatique, « les États-Unis font partie de la solution, pas du problème », a-t-il indiqué.

 

Tyson Barker de la Bertelsmann Foundation de Washington a déclaré qu'Obama devrait prôner publiquement une intégration économique plus profonde et déterminée ainsi qu'une expansion budgétaire coordonnée avec le vieux continent afin de relancer l'économie américaine.

 

M. Obama s'opposera toujours à la manière dont la chancelière Angela Merkel gère la crise de la zone euro tout en recevant les félicitations de Paris, Rome, Madrid et de la Banque centrale européenne (BCE), a ajouté M. Barker, le directeur des relations transatlantiques à Bertelsmann.

 

Pour contrebalancer sa politique de la crise de la zone euro, M. Obama semble toutefois prêt à renouveler son engagement en faveur d'un commerce transatlantique, a expliqué M. Barker.

 

Souvent négligé, même dans les discussions nationales sur le commerce et les investissements, un accord de libre-échange transatlantique est discrètement négocié entre l'administration et la Commission européenne.

 

Le groupe de travail de haut niveau sur l'emploi et la croissance, créé par les dirigeants européens et américains lors du sommet de novembre 2011 entre l'UE et les États-Unis, devrait publier un rapport définitif sur la faisabilité d'un accord commercial ambitieux d'ici la fin de l'année.

 

Des entreprises des deux côtés de l'Atlantique ont exhorté les décideurs politiques européens et américains à négocier un accord sur le commerce et les investissements qui soit non seulement bénéfique pour leurs économies, mais qui serve aussi de modèle pour le reste du monde.

 

>> Lire : Des entreprises de l’UE et des États-Unis veulent un accord commercial transatlantique réaliste

 

C'est l'économie, M. le Président

 

Les difficultés économiques américaines étaient en effet au coeur de la campagne.

 

M. Obama l'a emporté sur M. Romney dans plusieurs États charnières, dont l'Ohio et la Pennsylvanie, malgré une reprise économique faible et la persistance d'un taux de chômage élevé.

 

L'électorat américain était divisé sur une question qui a émaillé une grande partie de la campagne : qui de Barack Obama ou de son prédécesseur, George W. Bush, est le plus responsable des défis économiques du pays. Des enquêtes ont révélé qu'environ la moitié des électeurs indépendants estimaient que M. Bush devrait être tenu responsable.

 

Alors qu'il y a quatre ans, M. Obama avait été élu par une large coalition d'électeurs, il semblerait cette fois que l'électorat national soit revenu à son schéma de vote traditionnel, selon des sondages menés par Edison Research.  Les partisans d'Obama sont composés de Noirs, d’Hispaniques, de femmes, de personnes de moins de 30 ans, de syndicalistes, d’ homosexuels, de lesbiennes et de juifs.

 

Ceux de Romney comprennent des Blancs, des hommes, des personnes âgées, des électeurs à haut revenu, des chrétiens évangéliques, des personnes provenant des banlieues ou des zones rurales et des partisans du Tea Party. Ces derniers lui ont résisté pendant les primaires, mais lui ont apporté un soutien total le jour de l'élection.

 

Les républicains contre la hausse des impôts

 

Obama commencera son deuxième mandat avec un conflit familier au Congrès : une Chambre des représentants aux mains des républicains et une majorité démocrate au Sénat.

 

Le républicain John Boehner, président de la Chambre des représentants, a déclaré la nuit de l'élection que son parti s'opposerait à une hausse d’impôts.

 

M. Obama a, quant à lui, répété tout au long de la campagne électorale qu'il ferait pression en faveur d'impôts plus élevés pour les riches afin de réduire la dette étouffante et de verser une partie de l'argent dans les programmes qu'il souhaite entreprendre.

 

Au cours des prochains mois, il tentera de conclure un important accord de réduction du déficit budgétaire avec le Congrès. Il abordera ensuite la révision de la loi sur l'immigration, la réforme fiscale et d'autres souhaits bipartites.

 

Afin d'éviter la même impasse qu'il a connue ces deux dernières années, M. Obama devra chercher des compromis.

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