L’UE dégèle les avoirs libyens

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L’UE a dégelé hier (1er septembre) des milliards de dollars afin d’aider les nouveaux dirigeants libyens à reconstruire la nation, dévastée par 42 ans de dictature et six mois de guerre civile. Mouammar Kadhafi a appelé ses partisans à poursuivre la lutte.

 

« Nous sommes prêts pour une longue bataille. Nous nous battrons, d'un lieu à un autre, d'une ville à l’autre, d'une vallée à l’autre, d'une montagne à l’autre », a déclaré Mouammar Kadhafi lors d'un message diffusé par la télévision satellite, jour de l’anniversaire du coup d'Etat qui l'a mené au pouvoir en 1969.

« Si la Libye brûle, qui pourra la gouverner ? Qu'elle brûle », a-t-il déclaré, toujours introuvable.

Lors d'autres déclarations diffusées plus tard, il a affirmé qu'il interdirait les exportations de pétrole, dans un type de menaces qui ravive les craintes d'une insurrection semblable à celle qu'avait connue l'Irak. « Vous ne pourrez pas extraire de pétrole pour votre propre population. Nous ne vous laisserons pas faire », a-t-il ajouté. « Préparez-vous à une guerre de gangs et à une guérilla urbaine ».

Les indications quant à l’endroit où se cache le fugitif, maintenant âgé de 69 ans, sont contradictoires, mais un commandant des forces du nouveau conseil de transition a affirmé qu'il s'était réfugié dans une ville du désert au sud de la capitale, l'un des derniers bastions à encore résister.

Tentant d'éviter que davantage de sang ne soit répandu, les forces de l'opposition ont laissé une semaine supplémentaire à la ville côtière de Syrte, qui a vu naître Kadhafi, pour se rendre.

Sur invitation de la France et de la Grande-Bretagne, les premières à avoir soutenu la révolte libyenne qui a suivi les autres révoltes du printemps arabe, le Conseil national de transition a rencontré les puissances occidentales à Paris hier (1er septembre). Celles-ci y ont déclaré que Kadhafi était toujours une menace, mais ont dégelé 15 milliards de dollars (10,5 milliards d'euros) des avoirs étrangers du dictateur au profit du CNT pour commencer la reconstruction.

« Nous nous sommes tous engagés à débloquer l'argent de la Libye d'hier pour financer le développement de la Libye aujourd'hui » a déclaré Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse.

« Le monde a parié sur les Libyens, et les Libyens ont prouvé leur courage et ont réalisé leur rêve », a déclaré Mahmoud Jibril, premier ministre du gouvernement intérimaire tandis que les forces aériennes de l'OTAN continuent de soutenir les combattants du CNT sur le front.

Siège de la Libye à l’ONU pour le CNT ?

Une succession de conflits tribaux, ethniques et régionaux, ainsi que des divisions au cours de la rébellion, jettent le doute quant à la capacité des nouveaux dirigeants à instaurer une démocratie stable, qui est le but affiché de cette nation de six millions d'habitants potentiellement riche en pétrole.

Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, a déclaré que les sanctions des Nations Unies seraient levées de manière responsable et que le siège de la Libye à l’ONU devait revenir au Conseil National de Transition.

Elle a affirmé à Paris : « Le travail ne s'achève pas avec la fin d'un régime d'oppression. Gagner une guerre n'offre aucune garantie de gagner la paix qui doit s'ensuivre ».

« Nous observerons et nous nous assurerons que les dirigeants libyens tiennent leurs engagements de mener une transition inclusive, agissent dans le cadre de l'Etat de droit et  protègent les populations vulnérables », a-t-elle poursuivi, s'engageant à maintenir le soutien militaire et appelant Kadhafi et son entourage à se rendre.

Hillary Clinton a également invité les nouveaux dirigeants à travailler avec ceux qui ont un jour soutenu Kadhafi ; le premier ministre du gouvernement évincé, al-Baghdadi Ali al-Mahmoudi, a également dit qu'il en ferait autant, selon les dires de la chaîne de télévision al-Arabiya.

D'autres puissances, notamment la Chine et la Russie, ont été moins promptes à accueillir les adversaires de Kadhafi, mais ils se sont rendus à la conférence de Paris alors que la concurrence internationale s'intensifie pour obtenir des contrats dans la reconstruction libyenne et l'exploitation de ses grandes réserves de pétrole et de gaz.

La Russie a reconnu hier le CNT en tant que gouvernement de la Libye.

L'UE lève ses sanctions sur six ports libyens

Dans le même temps, l'Union européenne a décidé de mettre fin à ses sanctions sur six ports libyens, plusieurs entreprises pétrolières et banques, a déclaré hier la chef de la politique étrangère européenne.

Le gel d'avoir libyens par l'UE sur 28 entités économiques libyennes prendra fin avec effet immédiat.

« Notre but est de fournir des ressources au gouvernement intérimaire et au peuple libyen, et de les aider à faire à nouveau fonctionner leur économie », a déclaré Catherine Ashton.

Les 27 Etats membres ont conclu un accord préliminaire le 31 août pour assouplir leurs restrictions.

« La décision d'aujourd'hui concerne en particulier les ports libyens, ainsi que le secteur des banques et de l'énergie », a-t-elle déclaré, avant d'ajouter : « L'UE a agi rapidement, à la lumière des événements sur le terrain ».

La décision est survenue juste avant une conférence internationale des « amis de la Libye », qui s'est tenue plus dans la journée de jeudi en France, afin de coordonner le soutien de la reconstruction politique et économique de cet Etat nord-africain, après le renversement de Mouammar Kadhafi.

EurActiv avec Reuters – Article EurActiv traduit de l'anglais

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