Un accord commercial transatlantique à l’horizon ?

  

 

Alors que la pression sur la zone euro se relâche, l’Europe et les Etats-Unis sont de plus en plus convaincus qu’ils doivent renforcer leur partenariat pour conserver leur place dans l’économie mondiale.

« Les vieux de la vielle doivent s'imposer et faire savoir qu'ils sont toujours là », a déclaré l'ambassadeur de l'UE à Washington, João Vale de Almeida, lors d'un évènement organisé par la chambre de commerce américaine auprès l'UE (AmCham EU).

L'économie transatlantique a souffert de la crise, mais elle reste l'économie la plus importante et la plus riche du monde avec plus de 50 % du PIB mondial en valeur et 41 % en termes de pouvoir d'achat, selon un rapport publié hier (22 mars).

« Aucune autre artère commerciale n'est aussi intégrée que l'économie transatlantique », a affirmé Joseph Quinlan, l'un des auteurs du rapport publié par le Center for Transatlantic Relations de la Johns Hopkins University. « Sa santé est vitale pour la santé de l'économie mondiale. »

Selon ce rapport, l'économie transatlantique génère près de 3,8 mille milliards d'euros de ventes commerciales par an et emploie jusqu'à 15 millions de travailleurs des deux côtés de l'Atlantique.

Les relations entre les deux puissances sont particulièrement solides en matière d'investissement direct à l'étranger (IDE) : en 2011, l'IDE américain en Europe a atteint 200 milliards de dollars (152 milliards d'euros), c'est la deuxième fois seulement qu'il atteint un tel niveau. En comparaison, les entreprises américaines ont investi 40 milliards de dollars (30 milliards d'euros) en Chine entre 2000 et 2011, ce qui place la Chine à la 14e place en termes de destination des IDE américains, derrière la Belgique, la France, l'Allemagne, la Suisse, l'Irlande, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.

« La crise de la zone euro et le ralentissement économique en Europe ont déstabilisé l'économie transatlantique, mais aussi porté un coup à l'économie mondiale », a ajouté M. Quinlan. Il a par ailleurs affirmé que la crise pourrait servir de catalyseur pour le progrès dans les relations transatlantiques.

« Le mariage transatlantique a besoin d'une étincelle », a-t-il expliqué.

Nombreux sont ceux qui souhaitent aujourd'hui renforcer le partenariat entre les deux puissances via un accord de libre-échange approfondi. Les entreprises européennes et américaines sont très optimistes et pensent qu'un tel accord pourrait être conclu d'ici deux ans. Le commissaire européen au commerce, Karel De Gucht, a quant à lui affirmé qu'un accord pourrait être conclu d'ici fin 2013.

« Nous devrions nous préparer à supprimer tous les droits de douane qui entravent le commerce transatlantique », a déclaré M. De Gucht. « Les droits de douane sont importants, mais ils sont bien moins importants que les obstacles réglementaires qui entravent le commerce et les services. »

De leur côté, les patrons d'entreprises misent sur un nouveau groupe de travail de haut niveau sur l'emploi et la croissance mis en place lors du sommet UE-USA de novembre dernier. Ils espèrent que ce groupe de travail permettra de lancer les négociations sur un accord de libre-échange approfondi.

Un accord approfondi

Les entreprises américaines accordent leur préférence à un pacte juridique qui servirait de modèle pour les accords économiques et commerciaux de la « prochaine génération ». Ce nouvel instrument, l'Accord de croissance économique transatlantique (ACET), devrait être aussi large que possible tout en se concentrant sur les éléments qui promettent le plus d'avantages potentiels pour les entreprises, les agriculteurs, les travailleurs et les consommateurs américains et européens.

« Ensemble, nous pourrons établir les normes et les règles de l'économie mondiale », a déclaré Vale de Almeida, faisant allusion aux voitures électriques, aux nanotechnologies et à l'économie numérique. La gestion des transactions financières et commerciales internationales, la sécurité énergétique et le changement climatique pourraient également entrer dans le champ d'un tel accord.

Selon certains, il serait cependant peu judicieux d'opter pour un accord sectoriel.  Les dirigeants européens et américains ont les mêmes objectifs : la croissance, l'emploi et l'innovation, a affirmé l'ambassadeur de l'UE.

« Nous devons passer à la vitesse supérieure en matière d'innovation et d'entrepreneuriat », a expliqué Christian Morales d'Intel, ajoutant que la stratégie Europe 2020 devrait aboutir bien avant sa date butoir.

Malgré ce nouvel élan dans les relations transatlantiques, M. Quinlan pense qu'il n'est pas réaliste de prévoir la conclusion d'un accord approfondi d'ici deux ans, notamment en raison des élections américaines qui retarderont le processus de prise de décision à Washington.

Si des négociations sont lancées, cela montrera que l'Europe et les Etats-Unis sont unis. « Ce sera un signal d'alarme pour le reste du monde », a déclaré M. Quinlan. Il a ajouté que les économies émergentes ne pourraient pas établir de partenariats transatlantiques en « jouant l'un contre l'autre ».

Liens externes: 
Publicité