Ioulia Timochenko sera inculpée pour meurtre dans deux semaines

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Le procureur ukrainien poursuivra l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko pour meurtre dans deux semaines, a affirmé à EurActiv le procureur général adjoint, Renat Kouzmine, en charge de l'affaire. 

En visite à Bruxelles hier, M. Kouzmine a accordé un entretien à EurActiv. Il a affirmé que dans deux semaines, le ministère public inculperait Ioulia Timochenko pour le meurtre en 1996 de Yefhen Shcherban, un membre du parlement et l'un des hommes les plus riches d'Ukraine.

M. Shcherban et son épouse ont été tués à l'aéroport de Donetsk en 1996 par des personnes déguisées en officiers de police. Selon les procureurs, les meurtriers du couple auraient admis avoir reçu un million de dollars (742 394 euros) d'un compte en banque lié à M. Lazarenko et à Mme Timochenko dans les années 1990, a déclaré M. Kouzmine.

M. Lazarenko a été premier ministre de 1996 à 1997 et le mentor de Mme Timochenko, ainsi que le président des Systèmes énergétiques unis d'Ukraine, une entreprise privée important du gaz russe en Ukraine. M. Lazarenko a été condamné pour blanchiment d'argent et purge actuellement une peine de prison aux Etats-Unis.

Mme Timochenko a affirmé que cette inculpation pour meurtre était absurde et politiquement motivée.

« Aujourd'hui, le ministère public enquête sur cette affaire criminelle est vérifie les faits qui prouvent la participation de Mme Timochenko et de M. Lazarenko à l'organisation et au financement de ce meurtre. Et son travail donne déjà des résultats », a déclaré M. Kouzmine.

EurActiv lui a demandé si cette nouvelle ne risquait pas d'assombrir l'Euro de football 2012 que l'Ukraine co-organise avec la Pologne et qui débutera le 8 juin prochain. M. Kouzmine a répondu que les poursuites n'impliqueraient pas forcément un procès, dans la mesure où Mme Timochenko suit un traitement et qu'une personne malade ne peut être poursuivie conformément au droit ukrainien.

M. Kouzmine a laissé entendre que Mme Timochenko profitait de la procédure juridique en exigeant d'être soignée. Il a déclaré que 150 femmes emprisonnées dans le centre de détention de Kachinavska à Kharkiv, celui où Mme Timochenko purge sa peine, souffraient de la même maladie et que l'état de santé de certaines d'entre elles était bien plus préoccupant.

« Mme Timochenko bénéficie aujourd'hui du meilleur traitement. Elle est traitée par les meilleurs médecins d'Europe. Une clinique a été équipée spécialement pour elle. Elle est traitée par des médecins allemands, des médecins ukrainiens et ses propres médecins. En tout, elle a été examinée 266 fois [depuis le début de sa détention]. Aucun prisonnier en Europe ne bénéficie d'un traitement médical tel que celui apporté à Mme Timochenko », a insisté le procureur adjoint.

Il a en outre sous-entendu que Mme Timochenko avait simulé avoir été battue à l'hôpital et qu'elle avait tenté d'expliquer en long et en large pourquoi des tâches bleues apparaissaient puis disparaissaient de son corps sans raison. Il a également précisé que Mme Timochenko refusait de donner des échantillons de sang.

« Avec une analyse sanguine, nous pourrions déterminer de quelle maladie elle souffre, mais elle n'est pas malade. C'est pour ça qu'elle ne veut pas donner d'échantillons de sang », a-t-il ajouté.

M. Kouzmine a martelé que l'affaire Timochenko avait pris des proportions gigantesques injustifiées.

« Il s'agit de pressions délibérées, de désinformation délibérée et de discrédit délibéré des autorités ukrainiennes », a-t-il déclaré.

Quand EurActiv lui a demandé s'il devait faire son rapport au président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, sur l'affaire Timochenko, il a répondu que c'était le devoir de son supérieur, le procureur général.

« Conformément à notre constitution, le président a ce type de pouvoirs. Le président nomme les ministres, le premier ministre, les juges et il n'y a rien d'illégal là-dedans. Et si le président nomme le procureur général et le ministre de l'intérieur, il a le droit de demander à des organismes spécialisés d'effectuer certains contrôles pour s'assurer que les lois du pays sont respectées », a expliqué M. Kouzmine.

Pour lire cet entretien dans son intégralité en anglais, veuillez cliquer ici.

Réactions: 

Viktor Tkachuk, le directeur général de la Fondation ukrainienne pour la démocratie People First, a déclaré : « Il est très probable que l'affaire Timochenko, l'isolation politique du leadership ukrainien et le risque élevé de manque de transparence dans les résultats des futures élections législatives en Ukraine en octobre prochain soient des conséquences de l'attitude passive du peuple ukrainien. »

« Si les gens veulent que ça change, ils doivent agir. Etre actifs. Sinon, rien ne sert de crier à l'injustice », a-t-il ajouté.

Prochaines étapes: 

 

  • 8 juin - 1er juillet : l'Ukraine et la Pologne co-organiseront le championnat de football de l'Euro 2012.
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