L'UE et la Russie avancent vers un régime sans visa

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Hier (15 décembre), la Russie et l'Union européenne ont décidé d'avancer vers un régime sans visa et l'idée de financements pour les pays endettés de la zone euro. Elles ne sont toutefois pas parvenues à de réelles percées dans le domaine de l'énergie à long terme.

Les progrès vers un régime sans visa dépendent de la mise en oeuvre d'une série d'« étapes communes » comme l'introduction des passeports biométriques et la lutte contre la migration clandestine.

« Cette décision pourrait présenter de réels avantages pour nos citoyens et en matière de contacts humains », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a participé au sommet. « Mais ça n'arrivera sans doute pas l'an prochain. »

La Russie a promis de verser un minimum de 7,5 milliards d'euros pour aider les pays endettés de la zone euro via le Fonds monétaire international. Dans ses précédentes déclarations, Moscou avait laissé entendre qu'il n'irait pas au-delà de cette somme.

Cette offre a fait suite à un sommet des leaders européens la semaine dernière, lors duquel la quasi-totalité des pays a accepté de conclure un pacte comprenant des règles budgétaires plus strictes et accordant de nouveaux prêts et fonds au FMI avec un total provisoire de 200 milliards d'euros.

« Quelque 41 % des réserves de change russes sont libellées en euro », a déclaré le président Dmitri Medvedev lors du sommet.

« Nous comptons donc apporter notre aide [à la zone euro] et nous sommes prêts à investir », a-t-il affirmé, ajoutant que la Russie était également prête à envisager d'autres formes de soutien.

M. Medvedev s'est rendu à Bruxelles alors que la situation économique de Moscou et de l'UE n'est pas florissante et que le pays qui a vu naître Dostoïevski est en pleine controverse politique.

Deux semaines après des élections législatives qui ont entraîné des accusations de fraude, le premier ministre, Vladimir Poutine, a confirmé hier qu'il comptait nommer M. Medvedev premier ministre après les élections de mars qui devraient à nouveau consacrer M. Poutine au poste de président.

Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen qui représente les gouvernements des Etats membres de l'UE, a critiqué les élections, mais il a salué la gestion des récentes manifestations et la promesse du gouvernement russe d'enquêter sur les accusations de fraude.

« Nous nous inquiétons quant aux irrégularités observées et au manque d'impartialité », a déclaré M. Van Rompuy lors d'une conférence de presse après une série de réunions avec M. Medvedev.

« Nous nous inquiétons également quant à la détention de certains manifestants. En revanche, les récentes grandes manifestations se sont déroulées de manière pacifique et les autorités, selon moi, les ont très bien gérées. »

Interdépendance énergétique

L'UE et la Russie sont de plus en plus interdépendantes dans le domaine de l'énergie et de par leurs relations commerciales, mais elles conservent des vues divergentes sur certains points.

Les activités commerciales annuelles entre les deux parties s'élèvent à environ 307 milliards d'euros, environ la moitié du volume du commerce international extérieur de la Russie. Leurs relations commerciales devraient s'intensifier lorsque la Russie rejoindra l'Organisation mondiale du commerce, un processus qui devrait être finalisé à Genève vendredi.

Un régime sans visa pourrait renforcer les relations économiques, entre autres. Actuellement, les quelque 2,5 millions de Russes qui se rendent dans l'espace Schengen de libre circulation chaque année doivent faire une demande de visa, ce qui décourage sans doute des touristes potentiels qui voudraient se rendre au sud de l'Europe dans des pays comme la Grèce.

La Russie a toutefois critiqué à plusieurs reprises le troisième paquet énergétique de l'UE qui vise à libéraliser le marché gazier européen en empêchant les fournisseurs de contrôler les infrastructures de transport utilisées pour livrer le gaz.

M. Medvedev a également déclaré qu'un projet de gazoduc qui acheminerait du gaz naturel en provenance du Kazakhstan et du Turkménistan en Europe, en contournant la Russie et l'Iran, violerait les intérêts des Etats de la Caspienne et pourrait porter atteinte à l'environnement.

M. Medvedev a cependant salué le lancement le mois dernier du premier segment du gazoduc Nord Stream de 1,224 km qui partira de la Sibérie occidentale pour arriver en Allemagne et devrait dans un premier temps transporter 27,5 milliards de mètres cubes de gaz par an.

Ce volume devrait grimper à 55 milliards de mètres cubes une fois que le deuxième segment du gazoduc sera en place en 2012.

« Dans tous les cas, la Russie reste un exportateur fiable d'hydrocarbures en Europe et cette collaboration fructueuse  à long terme se poursuivra », a-t-il affirmé.

Réactions: 

Guy Verhofstadt, le leader du groupe ADLE au Parlement, a à nouveau déploré que les élections et la vague de manifestations en Russie n'aient pas été abordées lors du sommet : « Suite aux énormes manifestations contre le trucage flagrant des élections à la Douma d'Etat, le sommet UE-Russie d'hier semble tout à fait hors contexte.

 

Cette semaine, le Parlement européen a demandé la tenue de nouvelles élections après l'enregistrement de tous les partis de l'opposition. L'Union européenne ne peut pas faire comme si de rien n'était. Nous ne pouvons pas envisager un partenariat stratégique et le bâtir sur des fondations bancales. Nous avons besoin d'une stratégie UE-Russie, d'une stratégie qui soit constructive mais conditionnelle, engageante mais exigeante. La liberté démocratique du peuple russe ne devrait pas être ignorée dans l'intérêt de la politique de l'Union européenne. »

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