L'UE et l'Ukraine stagnent en raison d'une « justice politiquement motivée »

  

Les dirigeants européens et ukrainiens qui se sont rencontrés hier à Kiev (19 décembre) ne sont pas parvenus à signer un accord d'association, notamment en raison de la condamnation de l'ancienne première ministre, Ioulia Timochenko, que Bruxelles estime « politiquement motivée ».

Les négociations qui durent depuis cinq ans sur cet accord d'association ont été clôturées, mais les leaders européens ont affirmé qu'il ne serait pas signé tant que des améliorations ne seraient pas apportées à la qualité de la démocratie et de l'Etat de droit en Ukraine.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a parlé d'une « ambiance difficile » entre l'Union européenne et l'Ukraine.

« Nous nous inquiétons surtout quant aux risques liés à l'application d'une justice motivée par des raisons politiques en Ukraine. L'affaire Timochenko en est un exemple frappant », a déclaré M. Van Rompuy, faisant référence au procès lors duquel l'ancienne première ministre a été condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir.

Une vidéo montrant Mme Timochenko en prison a déclenché un tollé en Ukraine quelques jours avant le début du sommet UE-Ukraine à Kiev. On peut y voir l'ancienne première ministre dans un lit agitant les bras en signe de colère contre un homme présent dans l'aile médicale de la prison.

Cette vidéo a été diffusée à la télévision dans le but de montrer que Mme Timochenko était bien traitée. Ce reportage insiste d'ailleurs sur la présence d'un réfrigérateur et de l'air conditionné dans sa cellule.

Une réforme globale du système judiciaire conformément aux normes internationales est « absolument cruciale » pour l'Ukraine, a ajouté M. Van Rompuy. « La liberté de la presse et la liberté de réunion sont également essentielles dans une démocratie. Ces manquements doivent être abordés », a-t-il affirmé.

M. Van Rompuy a également avancé que l'accord d'association, assorti d'un accord de libre-échange approfondi et complet, ne serait pas signé avant les élections législatives ukrainiennes qui auront lieu en octobre 2012.

L'UE observera les élections d'octobre

Les élections législatives seront un test et l'Union les observera de près pour s'assurer du respect des règles pour tous les candidats et du respect de leurs droits.

Le 8 décembre, le parlement ukrainien a approuvé une nouvelle loi électorale qui rétablit un système électoral mixte avec un seuil de représentation établi à 5 % des voix. L'actuel parlement a été élu via un scrutin proportionnel avec un seuil à 3 %. Conformément au nouveau système électoral, 225 des 450 parlementaires de la Verkhovna Rada seront élus sur des listes de partis et 225 parlementaires seront élus via le principe des circonscriptions uninominales.

Cette nouvelle loi stipule qu'aucune union de partis politiques ne peut participer aux élections.

La Commission de Venise du Conseil de l'Europe, dont l'objectif est de donner des conseils constitutionnels aux nouvelles démocraties d'Europe centrale et orientale, a exprimé ses craintes quant à la modification du système électoral imposée unilatéralement par la majorité malgré la résistance des partis de l'opposition.

Négociations gazières avec la Russie en parallèle

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a remercié M. Van Rompuy et le président de la Commission, José Manuel Barroso, pour ces « discussions franches », ajoutant que pour son pays, l'accord d'association était un « instrument clé » de l'intégration à l'UE.

« L'Ukraine part du principe que chaque pays européen peut être candidat à l'UE à condition qu'il respecte les critères entérinés dans le traité fondateur de l'Union européenne », a-t-il déclaré.

Faisant référence aux négociations gazières entre son pays et la Russie, considérées par beaucoup comme un test géopolitique pour l'Ukraine sur ses relations avec son ancien « grand frère » soviétique, il a expliqué : « Si vous voulez savoir où en sont les négociations entre l'Ukraine et la Russie, je vais vous le dire : [elles sont] mal parties ».

M. Ianoukovitch a fait remarquer que ces négociations duraient depuis près de deux ans. Il a qualifié les réclamations de l'Ukraine vis-à-vis de la Russie d'« assez compréhensibles » étant donnés les prix négociés par Mme Timochenko en 2009 pour le gaz naturel.

« Et aujourd'hui, même si la fameuse « ristourne de Kharkov » de cent dollars par mille mètres cubes s'applique, l'Ukraine paye toujours un prix exorbitant en comparaison avec les autres pays, avec les pays de l'UE. Ce fardeau est extrêmement lourd pour nous », a-t-il affirmé.

« Les négociations continuent. Il est difficile de dire comment elles se termineront. Nous n'avons toujours pas de réponse à cette question », a déclaré M. Ianoukovitch.

Selon les experts, la Russie et l'Ukraine pourraient s'accorder sur un prix réduit pour le gaz en échange de la prise de contrôle par Gazprom du réseau de gazoducs du pays.

Réactions: 

Les services du procureur général ukrainien ont envoyé à la presse aujourd'hui (20 décembre) un document de quatre pages intitulé : « Information on investigations against Yulia Tymoshenko ».

Ces informations semblent s'ajouter à celles récemment révélées par Renat Kouzmine, le premier adjoint du procureur général, lors d'une rare apparition devant la presse à Bruxelles.

Des journalistes ukrainiens ont expliqué à EurActiv que c'était la première fois que le bureau du procureur envoyait des informations à la presse sur ses activités.

Liens externes: 
Publicité