Mikhaïl Gorbatchev demande de nouvelles élections en Russie

  

Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président soviétique et père de la perestroïka, a qualifié les élections législatives organisées en Russie le 4 décembre de « partiales » et demande qu'elles aient à nouveau lieu. Dans le même temps, des sites Internet russes rapportent que des véhicules militaires sont entrés dans Moscou pour réprimer les manifestations.

Cet homme d'Etat de 80 ans a insisté sur le fait que les résultats annoncés ne reflétaient pas la volonté du peuple et que les dirigeants de son pays devraient reconnaître les fraudes et les « bourrages d'urnes ».

Il a ajouté qu'ignorer l'opinion publique discréditait les autorités et déstabilisait le pays.

Les remarques de M. Gorbatchev ont apporté de l'eau au moulin des critiques occidentales quant à la partialité des médias et au harcèlement des observateurs indépendants lors des élections législatives de dimanche dernier.

Les électeurs russes ont porté un vilain coup au parti au pouvoir de Vladimir Poutine, Russie unie, en réduisant sa majorité à la chambre lors d'une élection qui a révélé le malaise de la population quant au fait qu'il se représente à la présidence en 2012.

Russie unie a récolté 49,4 % des voix et disposera de 238 sièges à la Douma qui en compte 450. Le parti occupait 315 sièges avant les élections. Les autres partis qui ont remporté des sièges ainsi que les personnalités politiques marginalisées qui ont défilé dans les rues affirment que même ces résultats ont été gonflés par la fraude.

Ce scrutin représente toutefois le recul électoral le plus important pour M. Poutine depuis son arrivée au pouvoir en 1999, lorsqu'il s'est attelé à la stabilisation du pays dans le chaos qui régnait suite à la chute de l'URSS.

Hier, M. Poutine a apposé sa signature sur les documents officialisant son statut de candidat à l'élection présidentielle de mars 2012 (voir « Contexte »).

L'actuel président russe, Dmitri Medvedev, a accepté de remplacer M. Poutine et donc de devenir premier ministre dans le prochain gouvernement. Il occupait déjà ce poste sous le dernier mandat de M. Poutine à la présidence il y a quatre ans.

Répression des manifestants

Dans le même temps, les autorités ont intensifié leurs efforts pour mettre fin aux manifestations. Plus de 1000 personnes ont été mises en détention suite à une démonstration de force de la police russe, a rapporté Reuters. Selon le site Internet Argumenti I Fakti, les autorités sont en train d'envoyer des forces militaires à Moscou pour réprimer les manifestations.

De nombreux Russes, lassés d'une corruption généralisée, considèrent Russie unie comme un parti de charlatans et de voleurs et mettent en avant l'énorme écart entre les riches et les pauvres dans la population. Certains craignent que le retour de M. Poutine à la tête du pays n'entraîne une stagnation politique et économique.

Les opposants du Kremlin tentent de surfer sur la vague de ce mouvement, après que 5000 personnes ont participé lundi soir à Moscou à la plus grande manifestation de l'opposition en cinq ans. Les manifestants réclamaient des élections justes et scandaient des slogans comme « Une Russie sans Poutine ! ».

La police et le porte-parole de M. Poutine ont déclaré que les manifestations non autorisées seraient endiguées. Le ministre de l'intérieur a affirmé que 50 000 policiers et 2000 troupes du ministère étaient présents à Moscou après les élections.

Ce mouvement qui cherche à faire pression sur Vladimir Poutine en organisant des manifestations aura l'occasion de tester sa robustesse lors d'un rassemblement près du Kremlin samedi qui devrait déplacer les foules.

Selon les commentateurs occidentaux, les manifestations en Russie font écho à celle du printemps arabe qui a secoué l'Afrique du Nord cette année et s'est propagée à la Syrie. Un éminent leader de l'opposition, Mikhaïl Kassianov, a lui aussi fait cette comparaison. Il avait d'ailleurs déclaré en février dernier que les élections législatives de décembre seraient la dernière chance de changer la situation de manière pacifique en Russie.

Il s'était exprimé au Parlement européen et avait alors affirmé que la seule alternative serait une révolution, « pas avec des chameaux comme en Egypte, mais avec des fusils et des bâtons ».

Les manifestants russes utilisent beaucoup les médias sociaux, à la fois pour exprimer leur mécontentement et pour s'organiser. Les observateurs de la situation politique en Russie craignent que les autorités ne soient tentées de bloquer l'accès de la population à Internet.

Réactions: 

Le ministre tchèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a critiqué les élections législatives en Russie et a qualifié la répression policière des manifestations à Moscou d'excessive, a rapporté la presse tchèque.

Il a déclaré à propos des critiques exprimées par les observateurs étrangers quant aux élections de dimanche : « C'est déplorable, dans la mesure où nous espérions que l'époque où la force était utilisée pour influencer les élections était révolue. »

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