Relations UE-Ukraine : un test géopolitique

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L’Union européenne et l’Ukraine mènent depuis longtemps des négociations sur un accord d’association assorti d’un accord de libre-échange d’une envergure sans précédent. Au-delà du partenariat économique, c’est l’avenir politique de l’Ukraine qui est en jeu. Le pays est pris entre ses liens historiques avec Moscou, des perspectives de prospérité incertaines, et une « européeanisation » entraînée par Bruxelles.

Onglets horizontaux

Vue d'ensemble

 

L'Union européenne et l'Ukraine participeront à un sommet le 19 décembre où elles devraient signer un accord d'association attendu depuis longtemps après une vingtaine de cycles de négociation.  Cet évènement est considéré comme crucial s'agissant de déterminer les orientations géostratégiques du pays, dans la mesure où il subit de plus en plus de pressions pour rejoindre une alliance menée par les Russes.

L'ambiance était quelque peu tendue en amont du sommet, notamment en raison de la question des prisonniers politiques et des hésitations de l'UE à accorder à l'Ukraine des perspectives explicites d'adhésion à l'UE. Ces difficultés ont émergé lors d'une réunion de trois heures le 12 décembre entre le commissaire européen à l'élargissement et à la politique de voisinage, Štefan Füle, et le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch.

Pour l'Union européenne, l'Ukraine est plus grand pays de son « Partenariat oriental » avec les anciennes républiques soviétiques et le premier bénéficiaire des subventions de l'UE avec quelque 470 millions d'euros alloués pour la période 2011-2013. L'Ukraine est donc également le pays qui a le plus avancé dans la constitution d'une base juridique solide pour ses relations avec l'UE.

L'Union a également d'importants intérêts économiques dans le pays. Elle reçoit des volumes considérables de gaz naturel qui transitent via l'Ukraine et dont la valeur commerciale est estimée à 40 milliards d'euros, et dispose de nombreuses opportunités d'investissement dans le pays étant donné son grand potentiel agricole.

L'Ukraine est devenue une sorte d'étude de cas sur la capacité de l'UE à influencer et à démocratiser les pays voisins sur le continent. M. Ianoukovitch a été sous le feu des critiques des dirigeants de l'UE en raison de la détérioration de l'Etat de droit dans son pays et notamment du procès et de la condamnation de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko pour abus de pouvoir.

Il existe également une dimension géopolitique, dans la mesure où de nombreux Etats membres, dont la Pologne, pensent que l'Ukraine est un test sur la capacité de l'UE à attirer d'anciens Etats soviétiques et à amenuiser l'influence de Moscou.

Il est tout aussi crucial pour les autorités de Kiev d'entretenir de bonnes relations avec l'UE, étant donné qu'elle est source d'opportunités commerciales et d'investissements, qu'elle représente des possibilités de voyage et d'emploi pour les citoyens ukrainiens et qu'elle apporte une aide financière pour moderniser les infrastructures énergétiques vieillissantes, inefficaces et parfois dangereuses du pays. Les jeunes Ukrainiens sont largement en faveur d'un rapprochement entre l'UE et leur pays.

Le gouvernement ukrainien a clairement misé sur ce rapprochement pour échapper à l'instabilité économique et accroître ses performances. Bien que l'économie ukrainienne soit revenue à la croissance depuis la crise économique de 2008, elle reste vulnérable en raison de sa dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers, une réalité mise en exergue par la récente rupture des négociations avec le Fonds monétaire international.

L'accord d'association est assorti d'un accord de libre-échange approfondi et complet (ALE approfondi et complet), le premier du genre, et entraînera non seulement une libéralisation accrue des relations économiques avec l'UE, qui représentent déjà un tiers du commerce international du pays, mais requerra aussi que l'Ukraine adopte des lois semblables à celles de l'UE. Il s'agit là d'un engagement significatif de la part de Kiev, dans la mesure où cet accord portera sur des domaines variés, tels que la propriété intellectuelle, la concurrence, les aides d'Etat et les obstacles techniques au commerce et à la santé.

Le renforcement de leurs relations risque également d'entacher les relations entre l'Ukraine et la Russie, dans la mesure où les Ukrainiens refusent de rejoindre une union douanière menée par Moscou, et rejettent le projet ambitieux de Vladimir Poutine pour une Union eurasienne rassemblant de nombreuses anciennes républiques soviétiques.

C'est la raison pour laquelle la signature d'un accord d'association pourrait amorcer un changement décisif dans l'orientation géopolitique du pays après des siècles d'association avec Moscou, mais aussi de soumission. M. Ianoukovitch a fait pression pour l'introduction dans le texte de l'accord d'une clause spécifique traitant des perspectives d'adhésion à l'UE de l'Ukraine.

Malgré les risques et les engagements qu'il a pris, il n'est toujours pas certain que les efforts de M. Ianoukovitch seront récompensés le 19 décembre. Alors que les leaders européens peinent à se sortir de la crise de la dette dans la zone euro et que plusieurs Etats membres témoignent d'une certaine lassitude face à l'élargissement, il se pourrait que l'UE rechigne à accorder des garanties, même symboliques, à l'Ukraine quant à son adhésion future. L'Allemagne ferait partie des pays les plus sceptiques sur ce dossier étant donnée la situation économique et politique actuelle.

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