Vladimir Poutine promeut son Union eurasienne au sommet UE-Russie

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Le président russe, Vladimir Poutine, a affirmé que son pays ne pourrait pas progresser dans la négociation d'un nouveau traité avec l'UE, à moins que Bruxelles officialise ses relations avec l'Espace économique commun, son union douanière avec le Bélarus et le Kazakhstan.

 

Il est nécessaire que les représentants de l'UE et de l'Espace économique commun se parlent directement, car pour un large éventail de questions, la Russie a cédé ses compétences nationales à cet organe supranational, a déclaré M. Poutine lors de la dernière conférence de presse du sommet UE-Russie hier (4 juin) à Saint-Pétersbourg.

 

En décembre 2010, la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan ont signé un document établissant l'Espace économique commun. Un mois plus tôt, M. Poutine avait accordé un entretien très remarqué au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, lors duquel il avait proposé de créer un Espace économique commun de Vladivostok à Lisbonne.

 

Par la suite, il a émis l'idée d'une Union eurasienne qui rassemblerait la Russie et les pays avec lesquels elle entretient des relations étroites, une initiative considérée par beaucoup comme une tentative de raviver la gloire de l'ex-Union soviétique.  L'Espace économique commun est souvent considéré comme faisant partie de ce concept d'union.

 

Selon M. Poutine, ses homologues de l'Union européenne (le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président du Conseil, Herman Van Rompuy) lui ont expliqué que l'UE n'avait pas reçu de mandat pour négocier avec l'Espace économique commun.

 

« Je pense que ce mandat pourrait et devrait lui être confié », a affirmé le président russe.

 

 « Nous sommes convaincus que la création d'une union douanière, l'Espace économique commun, et à l'avenir, éventuellement, d'une union économique eurasienne sont totalement compatibles avec l'objectif de renforcer la coopération entre la Russie et l'Union européenne », a déclaré M. Poutine dans son discours.

 

L'union douanière qui rassemble la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan a déjà retardé l'adhésion de Moscou à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les avantages que tire la Russie de cette stratégie restent flous.

 

Bruxelles et Moscou négocient un nouvel accord fondamental régissant leurs relations depuis 2008, mais peu de progrès ont été réalisés depuis un an et demi. Ces ralentissements sont surtout dus aux incertitudes qui planent autour de l'adhésion de la Russie à l'OMC, confirmée en décembre dernier. Techniquement, l'adhésion de la Russie devrait être effective dès cet été.

 

M. Poutine a déclaré aux dirigeants européens qu'ils devraient prendre en compte la décision du Bélarus et du Kazakhstan de s'engager à respecter les règles de l'union douanière, compatibles avec celles de l'OMC, et donc soutenir la candidature de ces deux pays à l'OMC.

 

« L'idée d'une union économique eurasienne, fondée sur les règles de l'OMC, pourrait contribuer au commerce, à la prospérité et à la coopération », a-t-il affirmé.

 

Juste avant le sommet UE-Russie, M. Poutine s'est rendu au Bélarus pour discuter avec le président du pays, Alexander Loukachenko, considéré comme le dernier dictateur d'Europe. Lors de cette visite, M. Poutine a expliqué que le Bélarus était son « plus proche parent » et que leurs relations dépassaient leurs origines culturelles et ethniques pour aboutir aujourd'hui à une réelle collaboration dans le domaine de l'économie.

 

Sur le site Internet du Kremlin, M. Loukachenko a été cité comme affirmant que l'union douanière et l'Espace économique commun attiraient d'autres pays, et en particulier l'Ukraine.

 

« Pour l'instant, ils [les dirigeants ukrainiens] hésitent encore, mais [...] il y a des signaux dans cette direction », a-t-il déclaré.

Réactions: 

 

Dans un commentaire publié sur le site Internet Czech Position, Jana Kobzová du Conseil européen des relations étrangères et Tomáš Valášek du Centre for European Reform ont avancé que dans la mesure où l'UE et l'OTAN n'avaient pas vraiment l'intention de s'élargir, la Russie était plus que jamais déterminée à créer une Union eurasienne.

 

« M. Poutine pense que toute grande puissance devrait bien s'« entourer » et que l'Occident prendrait la Russie plus au sérieux si elle menait un groupe de pays voisins », ont expliqué les deux auteurs.

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