La zone euro est entrée dans une "nouvelle phase périlleuse" à la fin 2011, prévient le Fonds monétaire international (FMI), qui a mis à jour ses prévisions de croissance mondiale, mardi 24 janvier. La semaine dernière, l'institution de Washington avait estimé qu'il lui faudrait augmenter sa capacité de prêt à 600 milliards de dollars afin de disposer d'une marge d'intervention confortable en cas d'aggravation de la crise. 

Le FMI table désormais sur une croissance mondiale de 3,3% en 2012, contre 4% lors de ses précédentes prévisions. Une baisse qui s'explique en grande partie par l'effet ricochet de la crise de la zone euro, qui devrait se solder par une récession modérée cette année. 

Loin de cacher son pessimisme, l'institution prévient qu'elle pourrait diminuer son estimation de deux points de pourcentage si la crise européenne devait s'intensifier. "Le monde pourrait connaître une nouvelle récession", a déclaré son économiste en chef, Olivier Blanchard, lors d'une conférence de presse.

Epicentre européen 

Le produit intérieur brut (PIB) des pays de la zone euro devrait reculer de 0,5% en moyenne cette année, avant de progresser de nouveau en 2013 (+0,8%). Le FMI prévoit une récession de l'ordre de 2,2% du PIB en Italie et de 1,7% en Espagne. 

Si la France devrait échapper au sort de ses voisins méditerranéens, son taux de croissance de 0,2% en 2012 a été toutefois nettement révisé à la baisse par l'institution qui prévoyait à l'origine 1,4%. La prévision de 1,0% en 2013 laisse cependant présager d'une reprise de l'activité à moyen terme. Le gouvernement français maintient pour sa part sa prévision de 1% en 2012 alors que l'OCDE prévoit 0,3%. 

De son côté, l'Allemagne devrait connaître une croissance de 0,3% en 2012 (révisé de 1,3%) puis 1,5% en 2013. Contrairement à son homologue français, ce qui peut surprendre, le gouvernement allemand a revu à la baisse, mercredi 18 janvier, sa prévision de croissance pour 2012 à 0,7 %, contre 1 % auparavant. Berlin a toutefois précisé qu'il ne craignait pas de récession et espérait même un rebond de l'activité, à 1,6 % en 2013.

"Les dirigeants européens doivent mettre en place rapidement un ensemble de réformes pour restaurer la confiance, et ils doivent mettre en œuvre les mesures décidées aux sommets européens des mois d'octobre et décembre", a déclaré le directeur du département Marché des capitaux et monétaires du FMI, José Viñals. 

Ralentissement des émergents 
 
En ce qui concerne les économies émergentes, le FMI prévoit un ralentissement brutal du rythme de croissance à 5,4% en 2012 contre 6,1% prévu en septembre dernier. La Chine, notamment, devrait enregistrer une croissance de 8,2% cette année (et non plus 9,0%) puis de 8,8% en 2013. 
 
Le Fonds appelle les pays émergents à concentrer leurs efforts sur des politiques de stimulation de leurs économies nationales, pour faire face à un ralentissement de la demande extérieure. 
 
Trop d'austérité tue l'austérité 

D'autre part, il se félicite des progrès réalisés en 2011 en matière de consolidation budgétaire dans les pays développés. A ce titre, la dernière mission de la Troïka en Irlande a été concluante. 

Mais le FMI met toutefois en garde contre une austérité trop sévère. “Le rythme d'assainissement budgétaire dans les économies avancées en 2012 est déjà élevé,” a déclaré le directeur du département des Affaires budgétaires, Carlo Cottarelli. “Une consolidation trop rapide, si la croissance économique ralentit, pourrait exacerber les risques.”

L'institution a maintenu sa prévision de croissance de 1,8% pour les Etats-Unis.