La France est le premier « grand pays » à connaître un important mouvement de grève contre les réformes économiques prévues par Nicolas Sarkozy. Huit des dix principaux syndicats du pays y participent et le mouvement est soutenu par près de 70% des Français, selon un sondage CSA.
Des membres de la CGT ont indiqué à l'hebdomadaire The Economist qu’avec la récession, les chances de trouver une unité parmi les groupes de manifestants augmentent : « Vous avez vu ce qui s’est passé en Grèce. Une bombe sociale pourrait exploser ici aussi », a déclaré un activiste.
Expert en géopolitique au cabinet Stratfor, Marko Papic souligne par ailleurs que “plusieurs élections vont avoir lieu en Europe [en 2009] : en Slovaquie, en Lituanie, en Bulgarie, en Ukraine et en Allemagne. Ces pays devront faire campagne dans un contexte de crise économique et les conflits sociaux qu’ils pourront connaître seront encore plus remarqués. »
La France première d’une longue série
Economiste à la Confédération européenne des syndicats (CES), Ronald Janssen a déclaré à EurActiv.com que les conflits sociaux en Europe allaient « s’intensifier » et pourraient entraîner une « explosion ». Les conséquences de la crise économique deviennent de plus en plus sérieuses : « Non seulement les pertes d’emploi continuent, le chômage augmente, mais les employeurs vont s’attaquer à de nombreux avantages sociaux et leurs salariés n’auront pas d’autre choix que d’accepter la suppression de ces avantages ou des baisses de salaire s’ils veulent garder leur emploi. »
Démission en Europe
L’exemple de l’Islande est révélateur des tensions en Europe à la suite de la crise économique. Le premier ministre islandais Geir Haarde a été obligé de démissionner, lundi 26 janvier. La chute de son gouvernement a en effet été précipitée par des semaines de manifestations à Reykjavík et des portraits à l’effigie du Premier ministre ont même été brulés devant le Parlement.
« L’Islande montre comment la situation peut empirer dans le reste de l’Europe », selon Marko Papic. Après les émeutes en Grèce l’année dernière (EurActiv.com 11/12/08), la situation ne s’est pas arrangée début 2009 en Europe. Des conflits sociaux et des manifestations anti-gouvernementales ont éclaté en Bulgarie, Lettonie et Lituanie.
Des menaces que le président du FMI, Dominique Strauss-Kahn, avaient anticipées fin 2008. « Des conflits sociaux pourraient avoir lieu dans de nombreux pays, y compris parmi les économies les plus avancées » en conséquence de la crise, avait-il déclaré à l’époque.
L’effondrement du modèle social européen
« Une explosion des conflits sociaux » et un effondrement de facto du modèle social européen tel que nous le connaissons serait le pire des scénarios, prévoit Ronald Janssen.
« Les gens prennent conscience d’un grand scandale : les gouvernements tentent actuellement de sauver les banques en injectant des fonds et de sauver les entreprises en donnant des garanties de crédit, ce qui se traduira par une aggravation des déficits publics ».
Et donnera lieu à plus de pression de la part de la Commission européenne, de l’OCDE et des économistes en général, souligne-t-il, ajoutant que « cette situation n’étant pas tenable pour les finances publiques, il faudra couper au niveau de la protection sociale et s’attaquer aux principes de l’Europe sociale ».




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