Au lendemain de la baisse spectaculaire des taux de la Fed, Jean-Claude Trichet a refroidi les attentes d’un relâchement semblable du crédit en Europe. Malgré la crise financière et les menaces de récession, le président de la BCE a souligné que son souci principal est et restera l’inflation.

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Parlement européen
Trop tôt pour conclure sur la crise boursière, selon Jean-Claude TrichetBanque centrale européenne
Discours de Jean-Claude Trichet au Parlement européen
Revue de presse
Le Monde
TauxLes Echos
Fabius accuse Trichet d'avoir une attitude « irresponsable »
Contexte :
Le lendemain de la débâcle boursière du lundi 21 janvier (Lire EurActiv 23/01), la Réserve fédérale américaine (Fed) a surpris par la vigueur de sa réaction en décidant une baisse de ¾ de point de son principal taux directeur. La réaction des marchés ne s’est pas faite attendre, l’ensemble des places financières se stabilisant ou remontant dès le jour même.
La réaction de la Banque centrale européenne (BCE) était alors particulièrement attendue. Devant la commission Affaires économiques du Parlement européen, le 23 janvier, son président, Jean-Claude Trichet, a cependant largement douché les attentes d’un relâchement du crédit, dans la lignée de celui décidé par la Fed, que pouvaient avoir certains investisseurs.
Enjeux :
Même s’il a reconnu que la croissance économique de la zone euro pourrait être moins importante que prévue en 2008, Jean-Claude Trichet a laissé entendre que, concentrée sur la lutte contre l’inflation, la BCE n’avait aucune intention de suivre l’exemple de la Fed en baissant ses taux.
« En toutes circonstances, mais plus encore lors des périodes difficiles de correction significative sur les marchés, et de turbulences, la responsabilité de la banque centrale est d’ancrer solidement les anticipations d’inflation, afin d’éviter davantage de volatilité sur les marchés » a-t-il déclaré. A la suite de cette annonce, les marchés sont immédiatement repartis à la baisse. Le CAC 40 a perdu 4,25% mercredi 23, portant sa chute depuis le début de l’année 2008 à 17,4%.
Les divergences de politique monétaire entre les deux rives de l’Atlantique depuis le déclenchement de la crise des subprimes sont flagrantes. Alors que la BCE a laissé inchangé son principal taux directeur à 4%, depuis juin 2007, la FED l’a baissé quatre fois pour le porter à 3,5%, le 22 janvier.
L’une des principales conséquences est le renforcement de l’euro. Au fur et à mesure que la réserve fédérale baisse le loyer de l’argent aux Etats-Unis, le dollar devient en effet de moins en moins attractif, accentuant davantage la pression à la hausse sur l’euro, déjà au plus haut, ce qui handicape les exportations européennes.
Positions :
La réaction vigoureuse de la Fed et l’attentisme de la BCE suscitent des réactions contrastées.
Les journaux anglo-saxons les plus influents en matière économique et financière ont ainsi critiqué la spectaculaire baisse des taux décidée par le patron de la Fed, Ben Bernanke. The Economist parle d’une « urgence étrange », le Financial Times demande à la Fed d’expliquer « pourquoi elle ne pouvait pas attendre une semaine » et le Wall Street Journal dénonce le fait que « faciliter le crédit n’est pas l’élixir magique pour le problème latent de l’insolvabilité des banques ».
Le refus de la BCE de baisser ses taux est tout autant, voire davantage, critiqué. Mi-janvier, un économiste de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), Heiner Flassbeck, avait exhorté « la BCE à agir […] sans attendre que tout le monde se rende compte que l’Europe ralentit ». Le député européen et vice-président de la commission Affaires économiques du Parlement européen, José Manuel Garcia-Margallo (PPE-DE), a comparé la BCE à « l’orchestre du Titanic qui continue de jouer pendant que le bateau coule ».
Le ministre du budget et de la fonction publique, Eric Woerth, a de son côté regretté que la politique de la BCE soit de « camper sur ses positions alors que la crise financière est là » et estime que « ce n’est pas bon pour l’économie ».
Quant au socialiste Laurent Fabius, il a vivement attaqué la BCE, dénonçant son « attitude dogmatique, complètement contre-productive » et finalement « irresponsable ».




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