A quelque semaines de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi sur la réforme du marché du travail et alors que l’UE tente de son côté de dégager un schéma cohérent sur cette question, le secrétaire national de la CFDT, Marcel Grignard critique la démarche européenne et livre à EurActiv.fr la position du syndicat sur les services publics, ou encore le paquet climat.
L’Europe “peine à dégager un schéma politique cohérent sur la question de la réforme du marché du travail”. Selon le secrétaire national de la CFDT en charge des affaires européennes, Marcel Grignard, la démarche engagée par les 27 afin de moderniser leurs marchés du travail est mal partie. En cause, les réalités et les pratiques diverses des Etats membres dans ce domaine qui se soldent par un comportement « de gré à gré vis-à-vis de l’UE, alors que la construction de lignes directrices communes devrait traduire les réponses des Etats à la réforme du marché du travail ».
En France, la négociation sur ce sujet est au cœur de l’actualité. Après six mois de travail, syndicats de salariés et représentants patronaux sont parvenus à un compromis. Le projet de loi doit être présenté à l’Assemblée nationale le 15 avril prochain. Or, selon le porte parole de la CFDT, « ce que l’on négocie en France prend mieux en compte un certain nombre d’éléments forts qui devraient être au cœur de la stratégie européenne ». « Si l’on fait le lien au plan national, avec l’accord sur la réforme du marché du travail, on trouve peut-être deux ou trois pistes qui sont la bonne articulation entre l’économique et le social », estime Marcel Grignard.
Accorder une place accrue au dialogue social, développer la formation continue afin de veiller à un meilleur accompagnement des salariés sont quelques une des idées mises en avant par le représentant de la CFDT. Selon lui, la vision prônée par la Commission européenne montre, notamment sur la flexisécurité, un manque de « vision partagée de l’état des lieux du marché du travail et des enjeux économiques sociaux et environnementaux ».
Conserver l’esprit de la stratégie de Lisbonne
Alors que le rapport de Laurent Cohen-Tanugi sur la stratégie de Lisbonne post-2010 devrait être rendu à Xavier Bertrand et Christine Lagarde au milieu du mois d’avril, Marcel Grignard estime déjà que la France pourrait s’inspirer des mesures préconisées dans son rapport d’étape. « Nous avons vraiment intérêt, me semble-t-il, à conserver l’esprit de la stratégie de Lisbonne concernant les lignes directrices, mais aussi l’objectif d’atteindre une stratégie cohérente entre les Etats membres », estime Marcel Grignard. Avant d’ajouter que la méthode ouverte de concertation, « la seule voie applicable », doit être accompagnée de volonté politique nationale, « afin que les objectifs communs soient non seulement des objectifs partagés mais mis vraiment en œuvre dans chacun des pays ».
Revenant également sur la polémique autour de la mise en place d’un cadre juridique clair pour les services publics en Europe, plus précisément appelés au niveau européen services d’intérêt général (SIG), Marcel Grignard estime que la Présidence française de l’UE qui démarre le 1er juillet n’est « pas la mieux à même de faire avancer ce sujet ».
Objet de nombreuses polémiques, la mise en place de ce cadre juridique oppose la société civile, et notamment la société civile française à la Commission européenne depuis plus de trois ans. Se mettre d’accord entre Européens sur le sens à donner à la notion de service public est, selon Marcel Grignard, le préalable nécessaire. La vision des services publics étant encore aujourd’hui « très nationale », estime le représentant de la CGT. « Or, la France n’apparait pas toujours comme le pays de l’Europe qui a la vision la plus dynamique des services publics. »
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