Contexte:

Souvent critiquée pour son manque d’efficacité, la stratégie de Lisbonne a été, une nouvelle fois, relancée lors du Conseil européen des 13 et 14 mars derniers.

Lancé en 2000, cet agenda de Lisbonne devait permettre à l’UE de devenir l’économie de la connaissance la plus dynamique du monde d’ici 2010.

Après cinq années de résultats décevants, les responsables européens ont révisé cette stratégie en mars 2005, pour stimuler davantage la croissance et l’emploi et responsabiliser les Etats membres avec des plans d’action nationaux.

Alors que les derniers rapports d’étape indiquent une nette amélioration des résultats (EurActiv.com 12/12/07), ils mettent également en garde contre la complaisance face aux pressions croissantes de la concurrence, à la flambée de l’euro et des prix de l’énergie et au ralentissement économique mondial provoqué par ce que l’on appelle maintenant une récession aux Etats-Unis, conséquence de la crise des subprimes.

En France, le rapport définitif de la mission « l’Europe dans la mondialisation », présidée par Laurent Cohen-Tanugi, doit être remis dans les prochains jours au gouvernement. Ce document devrait établir un  bilan de la stratégie de Lisbonne, ainsi que des propositions pour l’après 2010, une fois la « phase initiale » terminée.

Enjeux :

En réponse aux inquiétudes croissantes des citoyens face au changement climatique, au vieillissement de la population ou à l’exclusion sociale, les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont décidé d’élargir l’agenda de Lisbonne au-delà des thématiques de croissance et d’emploi au cours de ces trois dernières années, et de mettre l’environnement et les citoyens au premier plan.

Si les objectifs liés à la compétitivité économique, à la connaissance et à l’innovation demeurent présents dans cette révision de l’agenda de Lisbonne, l’accent mis sur les préoccupations sociales et environnementales marque un changement radical par rapport à la dernière révision de la stratégie. En 2005, les piliers sociaux et environnementaux ont été largement laissés de côté pour s’occuper de l’économie européenne stagnante.

Après deux années de solide croissance économique et de création d’emplois, les responsables européens ont déclaré qu’il était temps de se concentrer davantage sur les autres défis auxquels l’Union est confrontée.

Pour autant, les « anciennes » priorités ne sont pas abandonnées. Les chefs d’Etat européens ont approuvé le projet de « Small Business Act » (SBA), ainsi que les efforts fournis pour mettre en œuvre le principe de fléxicurité dans la réforme du marché du travail. Egalement au programme, une « cinquième liberté »  qui serait celle de la connaissance est essentielle, aux yeux des dirigeants européens, pour réaliser les objectifs en matière de recherche et d’innovation.

D’après une déclaration de la Présidence slovène de l’UE à l’issue de la réunion, les nouveaux objectifs prennent davantage en considération les préoccupations des citoyens ainsi que les questions sociales, afin d’apporter une réponse au changement climatique et de proposer une vision plus moderne de l’innovation et de la création.

Les Etats membres devront principalement résoudre le manque de compétences de l’UE, notamment avec la mise en place de plans d’action nationaux dont l’objectif est de lutter contre l’abandon scolaire précoce et d’améliorer l’apprentissage de la lecture. Il s’agira également de mettre en place une politique européenne commune dans le domaine de l’immigration.

L’ouverture d’une phase de réflexion pour l’après-2010

Le Conseil européen a été l’occasion, pour les chefs d’Etat et de gouvernement, de demander à la Commission de lancer un débat au plus vite, afin de déterminer les orientations à suivre après 2010, c’est-à-dire après la phase initiale de la stratégie de Lisbonne.

Cette requête fait écho à la demande que la mission dirigée par Laurent Cohen Tanugi avait formulée dans son rapport d’étape remis, en janvier dernier, à Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances, et à Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité.

Dans le rapport final, qui sera remis prochainement au gouvernement, la mission  « l’Europe dans la mondialisation » propose, selon les termes utilisés par M. Cohen Tanugi dans un entretien accordé aux Echos, le 13 mars dernier, que pour cette période post-2010, l’UE articule « un volet interne, (…) « Lisbonne plus », recentré sur les réformes structurelles. Et un volet externe, reposant sur un ensemble de politiques communes intégrées ».

S’agissant du long terme, le Conseil européen a également appelé la Commission à présenter une évaluation exhaustive des exigences auxquelles l’UE sera confrontée jusqu’en 2020. L’objectif est de mieux anticiper les besoins futurs, notamment liés à l’évolution technologique, au vieillissement de la population, ou encore au réchauffement climatique.

Positions:

Le Premier ministre slovène, Janez Janša, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UE, se félicite que l’UE aille dans la bonne voie concernant les réformes prévues. Selon lui, si les résultats économiques sont encourageants (ces dernières années, 6,5 millions de nouveaux emplois ont été créés, le taux de chômage a chuté à moins de 7%), il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. L’économie mondiale est de plus en plus instable et il est donc important de maintenir un cap régulier. 

Pour le président de l’Union Européenne des Artisans et des PME (UEAPME), Georg Toifl, les réformes du marché du travail doivent être prioritaires. Il considère qu’« avec la date limite de 2010 qui se profile, l’Europe n’atteindra pas les objectifs de Lisbonne à moins qu’elle n’améliore rapidement la fluidité et la réactivité de ses marchés du travail […] Les petites entreprises doivent être capables de proposer à leur personnel un niveau satisfaisant de sécurité : une condition sine qua non pour rester un employeur attractif ». De plus, selon le président de l’UEAPME, ces entreprises « doivent être protégées de la concurrence déloyale résultant du travail clandestin, particulièrement présent dans les secteurs des services à forte main d’œuvre. Les deux questions doivent être abordées par le SBA et devenir un sujet de dialogue social à la fois au niveau européen et national. »

La Confédération européenne des syndicats (CES), considère qu’il est grand temps de mettre à nouveau l’accent sur les politiques sociales. L’organisation estime que « la dimension sociale n’a pas progressé ces 10 dernières années ». Cependant, le secrétaire général, John Monks, doute que les Etats membres fassent le nécessaire. « L’Europe sociale est en retrait et il ne serait pas surprenant que les appels au protectionnisme soient de plus en plus stridents. Le soutien au marché unique dépend de l’aide de l’Europe sociale. Telle est la situation actuelle, même si elle ne fonctionne pas pour l’UE actuellement. », a précisé le secrétaire général de la CES.

La Plateforme sociale s’est déclarée, quant à elle, « outrée » par les conclusions du Conseil européen. Pour l’organisation, ces dernières montrent « un manque d’engagement social et humain envers le destin des citoyens européens », et seraient « déconnectées » des problèmes urgents auxquels la société européenne est actuellement confrontée, comme les inégalités croissantes, la détérioration des conditions de travail, ou encore la dévalorisation des systèmes de protection sociale et des services publics.