Le Parlement européen a approuvé le 22 octobre une législation garantissant aux travailleurs intérimaires des droits égaux en termes d’heures de travail, de salaires et de vacances par rapport aux autres travailleurs. Il a ainsi mis fin à une bataille législative de six ans. Entreprises comme syndicats ont salué l’accord, qui est, selon eux, un bon compromis entre besoins sociaux et besoins économiques.
Documents officiels
Parlement européen
directive du 22 octobre 2008 - travail intérimaire
Le texte final, résultat d’un compromis difficile entre le Parlement et les gouvernements nationaux, a pour objectif de mettre les intérimaires sur un pied d’égalité avec leurs collègues ‘réguliers’ en termes de salaires, congés maternité et vacances, dès le premier jour d’embauche.
A la suite d’un lobbying efficace du Royaume-Uni et d’autres gouvernements, des dérogations nationales autorisant les employeurs à traiter les intérimaires différemment tant qu’ils n’ont pas travaillé plus de 12 semaines ont été prévues, à condition qu’il y ait accord entre les partenaires sociaux. Toutefois, la directive amendée précise que de telles pratiques doivent être occasionnelles.
La nouvelle législation, qui a été saluée par tous les partenaires sociaux et les députés européens de tous bords, accordera également aux trois millions d’intérimaires en Europe le même accès à l’embauche et aux formations professionnelles, ainsi qu’aux services d’accueil des enfants.
Les députés européens sont également parvenus à insérer une clause obligeant les employeurs à informer leurs intérimaires des opportunités d’embauche sur le long terme qu’ils proposent, mais ont du renoncer à des dispositions garantissant les mêmes droits en matière de santé, de sécurité et d’hygiène au travail.
Cependant, les parlementaires ont accepté ce compromis afin de trouver un accord sur la directive, qu’ils avaient rejetée en première lecture en novembre 2002.
La directive harmonisera la législation à l’échelon européen sur les travailleurs intérimaires, qui varie considérablement d’un Etat membre à l’autre. En Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne, c’est surtout la législation générale qui s’applique pour le secteur intérimaire, tandis qu’en Irlande et au Royaume-Uni, la protection en vigueur est très flexible. Les gouvernements européens doivent désormais transposer la directive dans leur législation nationale au cours des trois prochaines années.
Positions:
« C’est une victoire pour le Parlement européen et pour les partenaires sociaux. C’est un signal fort qui montre que l’Europe sociale peut progresser, » a déclaré le député européen socialiste français Harlem Désir, à l’issue du vote en plénière. Il estime qu’il s’agit également d’une victoire pour son parti, les Etats membres ayant retenu 85% du texte proposé par le rapporteur socialiste Ike van den Burg.
La députée britannique libérale Liz Lynne considère elle cet accord comme « le pire » pour le Royaume-Uni. Elle souhaite que son gouvernement applique la directive « de telle sorte qu’elle reconnaisse les préoccupations des employeurs et des agences de recrutement et qu’elle n’ajoute pas de bureaucratie et de coûts inutiles. »
Le député vert Jean Lambert a salué l’accord comme « un pas en avant pour une Europe sociale », ajoutant qu’il attendait maintenant une « transposition rapide ».
En revanche, le député européen britannique Roger Helmer a qualifié le texte de « mauvaise législation », qui, selon lui, rendrait le marché du travail “moins compétitif et moins flexible” et nuirait à l’économie.
Derek Roland Clark, un député européen du groupe IND/DEM, a tenu des propos dans le même registre, indiquant que la législation « n’aiderait pas dans cette période de chômage en hausse » car accorder la même rémunération à des intérimaires inexpérimentés qu’à du personnel qualifié n’encouragerait pas le dévouement des travailleurs.
Selon John Monks de la Confédération européenne des Syndicats (CES), le vote montre que « l’Europe sociale est sortie de l’impasse et que le progrès social au niveau européen est nécessaire et possible. »
EuroCommerce, qui représente le commerce de détail, de gros et international en Europe, a également salué le vote, le considérant comme « bien adapté aux besoins du secteur commercial » et comme « un bon exemple de flexicurité en action ».
Prochaines étapes:
- Fin 2011: Les Etats membres doivent avoir transposé la directive.
CONTEXTE:
En 2002, la Commission européenne a présenté une proposition afin de garantir les mêmes droits aux trois millions de travailleurs intérimaires dans l’UE. Ces mesures devaient s’appliquer après six semaines d’embauche.
Le Parlement européen a rejeté le texte à une large majorité en première lecture, en novembre 2002, et a demandé à la Commission et aux Etats membres de garantir les mêmes droits pour les intérimaires dès leur premier jour d’embauche.
Les négociations sur ce texte sont restées bloquées au Conseil pendant six ans, essentiellement à cause de l’opposition du Royaume-Uni; le gouvernement et les entreprises redoutant que cette législation ne nuise à leur marché du travail très déréglementé, avec 1,4 million d’intérimaires.
En mai 2008, le gouvernement britannique a finalement trouvé un accord avec les partenaires sociaux pour soutenir la directive, le Royaume-Uni bénéficiant d’un opt-out sur l’application des droits (après 12 semaines d’embauche et non 6, lire EurActiv 21/05/08). Cet accord a permis l’adoption de la directive par les ministres du travail en juin (EurActiv 10/06/08).
La commission Emploi du Parlement a adopté le texte le 7 octobre (EurActiv 08/10/08) et a transmis le texte en plénière sans amendements.




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