Bruxelles exhorte les Etats membres à s’engager pour l’intégration des Roms

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La Commission européenne a reproché aux pays de l’UE de ne pas avoir respecté leur promesse de mettre en œuvre des stratégies nationales visant à intégrer les populations roms dans la société.

« Je suis ravie de constater que les États membres ont respecté leurs engagements en présentant des stratégies d'intégration de la population rom dans la société. La présentation des stratégies est une étape importante », a déclaré Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne.

« Les États membres doivent à présent accélérer le pas et renforcer leurs efforts en faveur de mesures concrètes, d’objectifs explicites, de financements spécifiques et de mise en place d’un système solide de contrôle et d'évaluation. Il nous faut plus que des stratégies théoriques. Nous avons besoin de résultats concrets dans le cadre des politiques nationales pour améliorer les conditions de vie des 10 à 12 millions de Roms qui vivent en Europe », a-t-elle ajouté.

Selon la Commission, la majorité des États membres n'auraient pas encore alloué suffisamment de fonds à l'intégration des Roms dans la société.

Seuls 12 pays ont proposé dans leur proposition stratégique des budgets clairs tirés des fonds nationaux ou européens et des plans spécifiques pour l'inclusion des Roms. Il s'agit de la Bulgarie, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Suède, la Slovaquie et la Slovénie.

Les Roms forment la plus grande minorité en Europe et sont souvent confrontés au racisme, à la discrimination et à l'exclusion sociale. De nombreux enfants roms vivent encore dans la rue au lieu d'être scolarisés et leurs parents sont souvent victimes de discrimination dans le monde du travail. Les femmes roms sont quant à elles fréquemment exploitées et victimes de violence.

Selon un rapport publié hier (23 mai) par l'Agence européenne des droits fondamentaux (FRA) sur la situation des Roms dans 11 États membres, un Rom sur trois est au chômage, 20 % d'entre eux n'ont pas d'assurance maladie et 90 % de cette communauté vit sous le seuil de pauvreté.

Ioannis Dimitrakopoulos de la FRA a expliqué que les Roms vivant dans des pays comme l'Espagne, la France et l'Italie avaient un point commun avec les communautés roms en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie : ils rencontrent de plus en plus de difficultés. 

« C'est précisément ce qui nous choque le plus », a-t-il commenté. « Nous pensions constater des différences importantes, mais les réponses des différentes communautés roms se sont révélées comparables. »

Nombreux sont les Roms qui sont confrontés aux préjugés, à la discrimination et à l'exclusion sociale au quotidien. Ils sont marginalisés et vivent dans des conditions socio-économiques extrêmement difficiles.

« L'intégration des Roms en Europe est un impératif économique, social et moral commun, même si les défis auxquels sont confrontées les communautés roms varient selon les États membres », a déclaré László Andor, le commissaire européen à l'emploi, aux affaires sociales et à l'inclusion.

Les États membres ont développé des stratégies nationales pour l'intégration économique et sociale des Roms en réponse au cadre européen pour les stratégies nationales d'intégration des Roms présenté par la Commission le 5 avril 2011.

« L'évaluation de la Commission européenne révèle que de nombreuses stratégies sont tellement bancales qu'elles ne peuvent même pas être considérées comme un premier pas en avant. Elles reflètent une absence totale de volonté politique. Un tel niveau de mépris n'est pas acceptable, ça ne peut pas durer », a contesté Shannon Pfohman de la European Roma Policy Coalition.

Un manque à gagner

La Commission a souligné que les gouvernements y perdaient en termes de revenus et de productivité en passant à côté de talents potentiels.

« En ces temps de crise, une meilleure intégration économique et sociale de tous les citoyens de l'UE est donc impérative – mais si l'on veut obtenir des résultats, une action concertée est nécessaire à tous les niveaux pour répondre aux multiples causes de l'exclusion. Les recherches effectuées par la Banque mondiale semblent indiquer que la pleine intégration des Roms pourrait générer une plus-value d’un demi-milliard d’euros par an pour les économies de certains pays, et cela grâce à des gains de productivité, une réduction des allocations sociales et une augmentation des recettes fiscales », peut-on lire dans le communiqué de l'exécutif européen.

Le commissaire Andor a ajouté que les États membres devraient mettre en place une stratégie d'intégration des Roms avant de recevoir les crédits du Fonds destiné à la financer.

Réactions: 

L'eurodéputée Lívia Járóka (Parti populaire européen) estime que les plans nationaux des États membres étaient conformes aux exigences de l'UE en termes de validation professionnelle et de complexité, mais que définir des objectifs sur papier et les appliquer sur le terrain étaient deux choses bien distinctes.

« Seuls les projets impliquant des actions claires, concrètes et dont les retombées seront profondes, visibles et indiscutables devraient être approuvés », a martelé Mme Járóka.

L'eurodéputée hongroise a également attiré l'attention sur la nécessité d'assurer une évaluation participative avec les communautés roms et de les aider à développer leurs capacités et expertises, afin d'obtenir une vision réaliste et objective du succès ou de l'échec des divers instruments et mesures en question.

« Il est très important pour cela que les ONG roms soient indépendantes. La vaste majorité des acteurs de la société civile est rémunérée par son pays d'origine ou par des fonds de l'UE alloués par les autorités nationales. Ces groupes se trouvent alors en position d'infériorité et tempèrent leurs propos face aux autorités, ce qui en fait des observateurs en position de faiblesse », a déclaré Mme Járóka, seul membre rom du Parlement européen.

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