Bruxelles veut des salaires minimums dans tous les Etats membres

  

La Commission européenne proposera demain (18 avril) l’introduction d’un salaire minimum dans les pays où il n’en existe pas, comme en Allemagne, et l'augmentation des salaires considérés comme trop bas, selon une ébauche de document consultée par EurActiv.

En Europe, avoir un emploi ne résout pas le problème de la pauvreté. En effet, plus de 8 % des travailleurs européens vivent avec des salaires qui les maintiennent en dessous du seuil de pauvreté, selon des chiffres de l'UE.

« Le risque de pauvreté est élevé pour les travailleurs. Ce problème est particulièrement présent dans les pays où les revenus sont inégalement répartis et où le salaire minimum est bas, parmi les salariés temporaires et au sein des foyers monoparentaux, peut-on lire dans la communication de la Commission « vers une relance de l'emploi et de la croissance » que l'exécutif européen publiera mercredi.

C'est dans ce contexte aggravé par la crise économique actuelle que le commissaire européen aux affaires sociales, László Andor, propose d'introduire des salaires minimums dans tous les pays d'Europe et de les augmenter le cas échéant.

« L'introduction d'un salaire minimum empêche la course à la diminution des coûts du travail. Il s'agit d'un élément essentiel pour assurer la qualité de l'emploi », peut-on lire dans le texte que le collège des commissaires devrait adopter demain.

Cette proposition devrait alimenter le débat de la campagne présidentielle en France et réjouir le président, Nicolas Sarkozy, qui souhaite mettre un terme à ce qu'il appelle le « dumping social » au sein du marché unique européen.

« Le vrai problème, c'est l'Allemagne »

La plupart des pays de l'UE ont déjà introduit un salaire minimum, mais son montant varie considérablement. En Roumanie par exemple, il représente à peine un quart du salaire moyen. En Irlande, il équivaut à plus de la moitié d'un salaire normal, selon des chiffres fournis par l'Observatoire européen des relations industrielles.

En outre, un nombre non négligeable de pays n'ont pas défini de salaire minimum. C'est notamment le cas de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Autriche et des pays scandinaves. Même s'il est possible d'obtenir une forme de salaire minimum en Italie et en Autriche par le biais de conventions collectives, ce n'est pas le cas en Allemagne, où près d'un tiers des travailleurs n’a pas le droit au salaire minimum.

« Le vrai problème, c'est l'Allemagne », a reconnu un fonctionnaire de l'UE sous le couvert de l'anonymat.

La Commission peut exhorter les États membres à revoir leurs politiques sociales et pour l'emploi, mais la décision finale revient aux gouvernements nationaux.

La communication de la Commission encourage toutefois les pays avec des comptes publics positifs à entreprendre des augmentations de salaire « ciblées », ce qui « permettrait de maintenir la demande globale », peut-on lire dans ce document qui fait clairement référence à Berlin.

« Bien sûr, nous ne disons pas cela pour la Grèce », a expliqué le fonctionnaire européen. Athènes bénéficie en effet de programmes sociaux très généreux : les salaires minimums équivalent à environ la moitié du salaire brut moyen, et sont même proches des 100 % dans le secteur du commerce de détail. Dans ce cas de figure, les salaires minimums devraient même être abaissés. C'est d'ailleurs ce qui se produit.

« L'évolution des salaires devrait prendre en compte la position concurrentielle des États membres », indique la communication. Dans tous les cas, la priorité de la Commission reste d'« établir des salaires qui assurent la compétitivité et la sécurité de revenu. »

Incitations fiscales et subventions à l'embauche

La Commission devrait également réitérer ses propositions visant à réorienter l'impôt sur le travail vers d'autres domaines, en compensant cette réduction par des « impôts sur l'environnement, la consommation ou la propriété ». Cette initiative devrait réduire les coûts du travail et favoriser l'embauche.

De plus, dans de nombreux États membres, « il est possible de réduire les contributions patronales à la sécurité sociale, qui représentent une bonne part du coin fiscal », peut-on encore lire dans cette communication.

Malgré un taux de chômage supérieur à 10 % au sein de la zone euro et qui dépasse les 20 % en Grèce et en Espagne, Bruxelles souhaite également mettre en place des « subventions à l'embauche ».

« Avec des incitations adéquates et des subventions à l'embauche, les employeurs devraient être encouragés à recruter davantage et pourraient créer des emplois qu'ils n'auraient pas eu l'opportunité de créer autrement », indique le document du commissaire socialiste.

Les populations plus vulnérables, comme les jeunes ou les chômeurs de longue durée, devraient être les premières visées par ces subventions à l'embauche, précise la communication.

La promotion de l'entrepreneuriat et la régularisation du travail informel ou non déclaré font également partie des priorités de la Commission pour faire baisser le taux de chômage au sein de l'UE.

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