De plus en plus de citoyens européens « sous-employés »

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Près de neuf millions de citoyens de l’UE étaient considérés comme « sous-employés » en 2001, selon de nouveaux chiffres d’Eurostat. Ces chiffres viennent s’ajouter aux 25 millions de chômeurs au sein de l’Union, véritable bombe sociale à retardement.

Quelque 42 millions de travailleurs européens étaient employés à temps partiel en 2011, contre 41,3 millions l'année précédente, révèle une étude de l'Office statistique européenne, Eurostat.

En outre, 8,6 millions d'entre eux (soit plus de 20 %) se disaient disposés à travailler plus. Cette situation de « sous-emploi » inquiète de plus en plus la Commission européenne.

« De nombreux travailleurs indépendants, à mi-temps ou sous contrat à durée déterminée ne sont toujours pas correctement couverts par la sécurité sociale », a déclaré la Commission européenne le 18 avril dernier dans le cadre de sa stratégie pour une « reprise créatrice d'emplois ».

Cette catégorie de travailleurs est « souvent peu récompensée par rapport aux travailleurs à plein temps ou sous contrat à durée indéterminée », a ajouté l'exécutif européen dans un document de travail, en référence au niveau de rémunération et au droit à des congés.

Dans certains pays, plus de la moitié de la totalité des travailleurs à temps partiel se considèrent comme sous-employés. En Grèce, 58 % d'entre eux se disent prêts à travailler davantage. Ce chiffre atteint 57 % en Lettonie, 49 % en Espagne et 42 % à Chypre.

Activité à temps partiel

Cette situation de sous-emploi n'est toutefois pas nécessairement liée à l'activité à temps partiel. Dans un communiqué publié le 19 avril dernier, Eurostat a souligné que les pourcentages les plus élevés de travailleurs qui se considèrent comme sous-employés ont été relevés dans des pays où les activités à temps partiel sont relativement peu développées.

« Les plus faibles proportions ont été observées aux Pays-Bas et en Belgique (3 % chacun), où le travail à temps partiel est plus répandu », rapporte le document.

En outre, certaines catégories de travailleurs se tournent délibérément vers des emplois à temps partiel. C'est notamment le cas des étudiants, des jeunes mères et des personnes plus âgées en fin de carrière.

« La population se tourne de plus en plus vers de nouvelles façons de travailler qui combinent flexibilité et sécurité et leur offrent l'opportunité d'allonger ou de réduire leur temps de travail en fonction de leurs engagements personnels », a déclaré Denis Pennel, le directeur général d' Eurociett, une organisation représentant des agences d'emploi privées comme Adecco ou Randstad.

« Aux Pays-Bas, par exemple, près de 50 % des actifs sur le marché du travail choisissent d'exercer leur activité à temps partiel », a-t-il ajouté.

Des contrats à durée indéterminée non voulus

Le nombre de travailleurs exerçant à mi-temps une activité qui finit par prendre plus de temps que prévu est plus difficile à évaluer. Ce n'est pas un hasard si la plupart des personnes sous-employées sont des femmes, qui peuvent également être victimes de discrimination au travail. La situation est comparable pour les salariés contraints d'accepter des contrats déterminés. Ils ont tendance à toucher des salaires et des avantages en dessous de la moyenne.

« La crise a renforcé les inquiétudes quant à la segmentation du marché du travail qui découle du développement de l'emploi [involontaire] à durée déterminée dans certains États membres. Au lieu de servir de tremplin, ce type de contrats condamnent les travailleurs à des années d'emploi précaire », affirme l'exécutif européen dans son document de travail.

La réglementation peut toutefois jouer un rôle important. Les Pays-Bas,où les salariés préfèrent les contrats flexibles, sont l'un des quelques pays de l'UE où la loi limite à trois le nombre de contrats à durée déterminée consécutifs pour une personne. Passé ce délai, les contrats en question deviennent automatiquement à durée indéterminée.

Mais nombreux sont les États membres peu disposés à aller dans ce sens. En 2011, la Commission a proposé une solution à ce problème : l'introduction d'un « contrat unique à durée indéterminée », afin d'encourager les employeurs à embaucher du personnel permanent. « Cette question a fait l'objet de débats approfondis dans certains États membres, même si aucune mesure dans ce sens n'a été adoptée », a reconnu l'exécutif européen dans un document de travail.

Une bombe à retardement

L'étude d'Eurostat met en lumière un autre phénomène inquiétant qui touche l'Europe : le nombre grandissant de chômeurs qui ne cherchent plus d'emploi.

Ce nombre a dépassé les 8,5 millions de personnes, soit 4,6 % de la totalité de la population active de l'UE. En Italie, ce chiffre a atteint 3 millions de personnes, soit plus de 12 % des actifs italiens.

La majorité des chômeurs qui ne trouvent pas de travail ont un faible niveau d'éducation (46 % du total selon les chiffres de 2010), mais 41 % ont un niveau d'éducation moyen. Près de 13 % des chômeurs qui ont un haut niveau d'éducation ont également cessé de chercher du travail, selon ces statistiques.

Le taux de chômage dans l'UE a atteint 10,2 % en février dernier, contre 9,5 % l'année précédente, selon des chiffres publiés par Eurostat au mois d'avril. Ces chiffres signifient que 24,5 millions d'Européens sont actuellement sans emploi.

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