La commissaire européenne à la justice, Viviane Reding, a lancé un débat de trois mois qui pourrait résulter en des mesures législatives plus décisives. Il y a un an, elle avait demandé aux entreprises d'agir pour accroître le nombre de femmes dans les conseils d'administration à 30 % d'ici 2015 et à 40 % d'ici 2020.

Même si nombreux étaient ceux qui souhaitaient que Mme Reding propose des mesures législatives ce mois-ci, la commissaire a préféré reporter sa décision jusqu'à la fin de la consultation publique.

Dans un rapport publié hier (5 mars), la Commission révèle que peu de progrès ont été accomplis en faveur de l'accroissement du nombre de femmes au sein des conseils d'administration depuis que Mme Reding a demandé l'application de mesures crédibles d'auto-réglementation.

Seuls 13,7 % des membres de conseil d'administration sont des femmes dans les grandes entreprises européennes, en comparaison à 11,8 % en 2010. A ce rythme, il faudrait plus de 40 ans pour atteindre un équilibre homme/femme satisfaisant (au moins 40 % de chaque sexe).

« Le manque de femmes aux postes hauts placés dans le monde de l'entreprise entrave la compétitivité de l'Europe et sa croissance économique », a déclaré la commissaire. Elle a ajouté que l'auto-réglementation n'avait pas donné de résultats satisfaisants.

La Belgique, l'Espagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas ont commencé à s'atteler au problème adoptant des lois qui introduisent des quotas dans les conseils d'administration. D'autres pays, comme l'Autriche, le Danemark, la Finlande, la Grèce et la Slovénie, ont adopté des règles sur l'équilibre entre les sexes pour les conseils d'administration des entreprises publiques.

Mais c'est insuffisant, a martelé Mme Reding. « Personnellement, je ne suis pas une grande fan des quotas. Mais j'aime le résultat qu'ils permettent d'obtenir. »

« Je pense qu'il est grand temps que l'Europe lève les barrières qui empêchent encore les femmes talentueuses d'occuper les plus hauts postes des entreprises cotées en Europe. Je vais travailler en étroite collaboration avec le Parlement européen et tous les Etats membres pour apporter un changement », a-t-elle ajouté.

Le Programme législatif et de travail de la Commission pour 2012 comprend une initiative qui a pour objectif d'aborder ce problème. Avant de proposer des mesures législatives, la Commission a toutefois préféré lancer une consultation publique. Elle espère obtenir le soutien nécessaire pour proposer des mesures qui iraient plus loin que les recommandations définies dans le programme de travail de 2012.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, il n’existe aucune preuve irréfutable que la présence accrue des femmes dans les conseils d’administration améliore les performances des entreprises.

Cependant, « il est de plus en plus largement admis qu’une parité renforcée enrichirait le bassin des talents à exploiter afin de pourvoir les postes de haut niveau », a déclaré l'OCDE.

Ecarts de salaires

Hier, l'OCDE a publié une étude qui révèle que l'écart entre le salaire des hommes et des femmes est plus important en Allemagne que dans les autres pays européens et que seuls 4 % des postes hauts placés dans les entreprises allemandes sont occupés par des femmes. L'Allemagne est peut-être dirigée par une femme, la chancelière Angela Merkel, mais elle est à la traîne sur la question de l'équilibre entre les sexes, malgré ses promesses d'aborder le problème.

Les femmes employées à temps plein gagnent en moyenne 21,6 % de moins que leurs homologues masculins en Allemagne. Cet écart est bien plus élevé que la moyenne de 16 % présentée par l'OCDE. En Norvège et en Belgique, deux pays qui ont adopté un système de quotas dans les conseils d'administration des entreprises, les femmes reçoivent 8,4 et 8,9 % de salaire de moins respectivement. Les mesures contraignantes auraient donc bel et bien un effet sur l'écart entre les salaires.