Existe-t-il une politique industrielle européenne ?

Aujourd’hui, il y a 27 politiques industrielles, qui ne sont pas harmonisées. C’est important de parler d’une politique industrielle européenne, en espérant que ce n’est pas trop tard. Il y a encore moins de deux ans, cette idée était taboue. J’aimerais que nous parlions un jour d’une PIC (Politique industrielle communautaire), comme on parle de la PAC (Politique agricole commune).

La Commission européenne a présenté, le 28 octobre, une communication sur la politique industrielle. Que reprochez-vous à ce texte?

La Commission n’ose pas regarder ce qu’elle a fait jusqu’à présent. Elle ne se dit pas qu'avec la crise, les règles mises en place ne sont peut être plus adaptées à l’économie actuelle.

La politique industrielle est très transversale. Il faudrait une vraie collégialité au sein de la Commission. Aujourd'hui les personnalités en charge du marché intérieur et de l'industrie sont, par exemple, très conscients de la nécessité d’aborder les choses autrement. Mais d'autres commissaires sont encore attachés aux dogmes du passé sur le libre-échange.

Il faut se donner des règles permettant de renforcer la compétitivité de notre économie et donc de notre industrie.

Comment faire pour rendre l’industrie européenne plus compétitive ?

Il y a tout à construire. La Commission doit revoir toutes les politiques, dans l’urgence mais correctement, pour donner une impulsion à une stratégie industrielle européenne. L'UE ne doit pas être naïve.

Nous devons renforcer l’aide à nos PME et l’allégement de leurs charges, les brevets européens, la lutte contre la contrefaçon avec le "Made in". De même, si l’Europe n’accède pas aux matières premières, on ne pourra plus parler de politique industrielle innovante.

Nous avons également besoin de "grands champions industriels" européens, c’est indispensable. C'est la seule manière de faire face à la Chine, par exemple. L'Europe doit se réveiller sur ce sujet. 

Galileo ou Airbus sont des "grands champions". Aujourd’hui, nous n’arriverions plus à faire Airbus car les règles que nous nous sommes imposées en Europe ne le permettraient pas. Il faut donc revoir ces règles.  

Le rapport du Parlement européen met aussi en avant la règle de réciprocité entre l’UE et les pays tiers…

La règle de la réciprocité, c'est-à-dire un commerce équitable, est très importante. L’Europe doit rester ouverte mais elle ne doit pas s’imposer des règles qui mettraient en difficulté les entreprises européennes par rapport aux pays tiers.

Si nous incluons des exigences environnementales et sociales dans cette règle, nous allons rétablir, petit à petit, un équilibre, et faire en sorte que les délocalisations soient beaucoup moins intéressantes pour nos entreprises.

Dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, nous avons aussi demandé que la Commission étudie la possibilité de mettre en place des outils complémentaires aux échanges d’émissions de gaz à effet de serre, comme un mécanisme d’inclusion carbone aux frontières

Quels doivent être les grands projets industriels de l’UE des prochaines années ?

L'Europe doit travailler dans le domaine des satellites, de toutes les technologies nouvelles (télécommunications, technologies vertes) mais aussi dans la recherche médicale par exemple. Nous avons de l'avance dans certains de ces domaines. Il faut la conserver et l'accentuer. 

Il faut vraiment soutenir la recherche et le développement (R&D) et pensant à l’efficacité des chaines d’approvisionnement, aux transports durables. Tout est lié. L’économie dans son ensemble doit participer au développement de cette politique industrielle innovante.

CALENDRIER

8 mars: Vote du rapport "la politique industrielle à l'ère de la mondialisation" en session plénière du Parlement européen