Aussitôt entérinées, les mesures anti-crise sont déjà pratiquement périmées. Tandis que la situation continue de s’aggraver chaque jour, les décideurs européens sont toujours à la recherche d’une solution d’urgence, qui calmerait définitivement les marchés et leur accorderait le répit nécessaire pour mettre en œuvre leurs réformes.

Dans ce contexte, les ministres des Finances de la zone euro envisagent de faire appel au Fonds monétaire international (FMI) pour pallier les limites du Fonds européen de stabilité financière (FESF).

Tour de passe-passe

« Nous avons décidé d'explorer rapidement une augmentation des ressources du FMI via des prêts bilatéraux (…), afin que le FMI puisse avoir de manière adéquate la même puissance de feu que le FESF et coopère avec lui de manière encore plus étroite », a déclaré le président de l’Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker.

Selon des sources européennes, le FMI pourrait servir d’intermédiaire entre la Banque centrale européenne (BCE) et les pays européens en difficulté, l’institution de Francfort n’étant pas autorisée à financer directement les Etats. Les dirigeants européens ont ainsi imaginé un tour de passe-passe, qui permettrait de préserver l’indépendance de la BCE, dans lequel cette dernière prêterait au FMI pour que celui-ci prête ensuite à des pays comme l’Italie ou l’Espagne.

Dans un communiqué conjoint, les ministres français et allemand des Finances, François Baroin et Wolfgang Schaüble, se sont déclarés « confiants que Mario Draghi et le Comité de direction de la BCE décideront de ce qui est le mieux pour la BCE en conformité totale avec son mandat ».

Limites du FESF

La France n’étant plus à l’abri d’un abaissement de sa note souveraine, le renforcement de la capacité d’intervention du FESF dans les termes de l’accord du 27 octobre apparaît désormais impossible. Car si le pays venait à perdre son triple A, le FESF serait lui aussi dégradé.

On voit mal comment la zone euro pourrait faire face à une aggravation de la situation financière de l’Italie, qui n’est déjà plus en mesure d’émettre de la dette à 10 ans à des taux d’intérêt inférieurs à 7,5%. Le pays a même dû concéder, mardi 29 novembre, des rendements de près de 8% pour émettre des obligations à trois ans. Des taux qui augurent d’une trajectoire insoutenable d’endettement public et qui avaient déclenché le recours à l'aide internationale par la Grèce, l'Irlande et le Portugal.

La possibilité de voir Rome recourir à une aide du FMI a toutefois été vivement démentie mardi. La Grèce reste également sous pression, même si une bouffée d'oxygène lui a été apportée avec le versement d'une tranche d'aide de huit milliards d'euros.

Union budgétaire renforcée

Dans le même temps, Paris et Berlin se sont donnés jusqu'à fin janvier pour parvenir à une union budgétaire renforcée de la zone euro. Selon des sources au fait des échanges entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, les deux pays pourraient contourner une révision en bonne et due forme des traités européens –un processus qui durerait au moins 18 mois– en proposant un mini-traité en dehors du cadre communautaire, plus flexible et plus rapide à mettre en oeuvre.

Le président français doit prononcer, jeudi 1er décembre, à Toulon un discours sur l'économie et l'Europe tandis que la chancelière allemande interviendra, vendredi, devant le Bundestag. Les deux dirigeants devraient alors révéler les contours d'un éventuel accord, comme l'a indiqué le ministre français François Baroin à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe.