Depuis sa percée dans les années 80, l’extrême droite a prouvé qu’elle était devenue une force politique significative sur la scène européenne. Il suffit d’observer les scrutins électoraux nationaux et européens de ces dernières années pour s’en convaincre. Tenter d’expliquer cette persistance impose de relativiser les arguments strictement économiques réduisant traditionnellement ce phénomène à une conséquence de la crise et au malaise des populations les plus durement touchées par elle, pour l’envisager plutôt comme une réaction identitaire plus profonde face au processus de mondialisation qui bouleverse les cadres de vie et la configuration des sociétés européennes.

D’un bout à l’autre de l’Europe, et en dépit des différences liées aux spécificités des contextes nationaux, les partis d’extrême droite fondent leur substrat idéologique sur la promotion d’un nationalisme identitaire qui défend la primauté du cadre national. En conséquence, leur critique de l’Union européenne, telle qu’elle se construit depuis 1992, est sans concession, fruit d’une vision tantôt fantasmée des intentions que l’extrême droite attribue au projet européen, tantôt réaliste face aux inquiétudes qu’il suscite au sein des opinions publiques des 27 États-membres.