La Commission européenne se refuse à commémorer la Grande Guerre

  

Les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale risquent de réveiller les fantômes du nationalisme. Les Européens ont des interprétations très différentes du conflit, ce qui a incité la Commission à ne rien organiser de son côté.

Il y a tout juste cent ans, l'Europe fut le théâtre d'une guerre de quatre ans, durant laquelle le progrès  industriel fut massivement et pour la première fois utilisée à des fins militaires.

La Grande-Bretagne et la France, alliées à la Russie (voir « Contexte »), estiment que le conflit a été un désastre certes, mais un désastre nécessaire pour mettre un frein aux ambitions impérialistes de l'empereur Guillaume II.

Les deux pays ont déjà organisé des centaines d'évènements commémoratifs et médiatiques. Dans les écoles, les élèves ont longtemps appris que la Grande Guerre était le symbole de la victoire de leurs nations.

L'Allemagne ne voit pas les choses de la même façon. Les célébrations y sont plutôt des occasions de promouvoir l'intégration européenne et d'arriver à faire un travail de mémoire commun. Elle est prédisposée à apaiser les sentiments nationaux en coopération avec ses anciens partenaires de la Triple-Alliance : l'Autriche et la Hongrie, dont l'empire s'est effondré à la fin du conflit, ainsi que l'Italie qui avait changé de camp entre le début et la fin de la guerre.

Lors de son message de nouvelle année, Angela Merkel, la chancelière allemande, est revenue sur le passé. Elle a déclaré que 2014 constituait à la fois le 100e anniversaire du début de la Première Guerre mondiale, le 75e de la Deuxième Guerre mondiale et le 25e de la chute du Mur de Berlin.

« C'était le début de la fin des divisions entre l'Allemagne et l'Europe », a-t-elle affirmé.

Lors du sommet européen du 19 décembre, Angela Merkel a déclaré qu'elle avait lu « Les somnambules - Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre » de l'historien australien Christopher Clark.

« [Les dirigeants européens] ont failli sur tous les plans, ce qui a provoqué la Première Guerre mondiale », a affirmé la chancelière.

Angela Merkel a utilisé cette référence historique sur les divisions entre les pays européens en vue de montrer comment gérer la crise de la zone euro. Des diplomates ont toutefois expliqué à EurActiv que l'Allemagne ne souhaitait pas célébrer les anniversaires afin de ne pas compliquer encore davantage la communication entre les capitales.

Certains événements communs sont planifiés dans les moindres détails, comme la « grande manifestation pour la paix » à Paris, le jour de la prise de la Bastille, le 14 juillet.

Les dirigeants se réuniront pour méditer sur les conséquences de la guerre

Les présidents allemand et français, Joachim Gauck et François Hollande, seront côté à côte le 3 août pour célébrer le début de la guerre « avec gravité et respect ».

Une cérémonie germano-britannique devrait avoir lieu le lendemain en Belgique, pays envahi dès le premier jour de la guerre.

Des tensions sont toutefois palpables. Selon le journaliste britannique Max Hastings, les commémorations sont l'occasion de partager la responsabilité du conflit avec la Triple-Entente.

Norman Walter, attaché de presse à l'ambassade allemande à Londres, a pour sa part indiqué en août 2013 que la Grande-Bretagne « aurait plus de facilités à [adopter] un ton moins pompeux».

« Le pays qui a contribué le plus au déclenchement de la Première Guerre mondiale était l'Allemagne, mais d'autres ont également joué un rôle. Qu'il s'agisse d'une victoire ou non, elle n'en valait pas la peine », a-t-il ajouté.

Mais les tensions les plus perceptibles entre les nations ayant concouru à la Première Guerre mondiale se situent dans les Balkans. L'assassinat du prince héritier austro-hongrois, François-Ferdinand d'Autriche à Sarajevo le 28 juin 1914 a en effet mis la feu au poudre et déclenché la guerre. La chute de l'Empire ottoman et le sentiment nationaliste serbe dans cette région y ont également fortement contribué.

D'autres sujets sensibles

L'Orchestre philharmonique de Vienne compte organiser un concert à Sarajevo à l'occasion de l'anniversaire de l'assassinat perpétré par Gavrilo Princip, un nationaliste serbo-bosniaque membre du groupe « La Main noire ».

L'héritage de ce révolutionnaire suscite encore énormément de controverses dans la région. À l’époque de la Yougoslavie, il fut qualifié de libérateur des rues à Belgrade portent encore son nom aujourd’hui.

Selon la presse, le premier ministre serbe, Ivica Dačić, craignait l'année dernière que les commémorations de la guerre ne « mènent à nouveau à faire peser la responsabilité du plus grand conflit armé de l'histoire de l'humanité sur les Serbes ». La Serbie préfère rejeter directement la responsabilité sur l'Empire austro-hongrois.

L'attitude de la Commission cherche à refléter les souvenirs fragmentés de la guerre entre les nations belligérantes dorénavant réunies dans les Vingt-Huit.

« Nous n'organiserons pas d'évènements commémoratifs, étant donné que 2014 a des significations très différentes dans plusieurs pays, mais nous n'excluons pas que le président et les commissaires assistent à certains événements s'ils y sont conviés », explique un porte-parole de l'exécutif européen à EurActiv.

Prochaines étapes: 
  • 3 août 2014 : les présidents français et allemand commémoreront ensemble le début de la guerre
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Commentaires

Portrait de Bernard CORNUT

Déjà mieux vaudrait l'appeler "Guerre européenne" (comme elle s'appelait en 1914 et 15), devenue mondiale.
Verra-t-on un jour les Nations européennes, héritières des empires coloniaux européens, et la Russie héritière de l’empire tsariste, venir sur la frontière Turquie-Iraq, qui s’appelle « Ligne de Bruxelles » car elle fut dessinée fin octobre 1924 à Bruxelles, venir reconnaître leur responsabilité première dans la Guerre Européenne, dont furent victimes tous les Ottomans, Arabes, Arméniens, Assyriens, Chaldéens, Grecs, Juifs, Kurdes, Turcs…. Guerre pour quoi ?