Les chiffres de la délinquance des Roumains à Paris seraient en hausse de 259% sur 18 mois. Ces chiffres ont été présenté par le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, lors d'une conférence de presse lundi 30 août, pour justifier la politique française envers les Roms.

S'exprimant aux côtés du ministre de l'Immigration, Eric Besson, M. Hortefeux a déclaré que près de 1000 Roumains et Bulgares étaient rentrés dans leur pays en un mois. Un chiffre légèrement inférieur à la moyenne mensuelle de l'année 2010. "Les opérations d'évacuation des camps illégaux et illicites vont se poursuivre parce qu'elles sont légitimes et nécessaires", a-t-il ajouté. 

De son côté, Eric Besson a annoncé que le gouvernement déposerait trois amendements à la loi sur la sécurité intérieure pour faciliter les expulsions. Le texte sera examinée au Parlement à partir de septembre. L'un d'entre eux sanctionnera les "actes répétés de vols ou de mendicité agressive".

Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, et Eric Besson se rendent à Bruxelles mardi pour rencontrer la commissaire à la Justice Viviane Reding. Celle-ci a déjà exprimé ses réserves sur les méthodes de la France dans ce dossier. 

Le même jour, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a confié sur RTL avoir songé à démissionner en raison de cette polémique. La veille, son collègue de la Défense, Hervé Morin, avait lui aussi exprimé ses réserves.

Maintien de la ligne gouvernementale

Invité de France Inter, François Fillon, qui a repris en main la communication de l'exécutif sur ce sujet, a néanmoins affirmé que la ligne gouvernementale restait la même.

Le Premier ministre a également repris à son compte les chiffres de l'augmentation de la délinquance des ressortissants roumains, évoquant un "problème lié à l'ouverture des frontières européennes et (…) au fait qu'en Roumanie notamment, l'intégration des populations de Roms n'est pas suffisante"."Le mode de vie nomade est de moins en moins adapté à la vie d'une société moderne", a-t-il ajouté. "Il n'y a pas de discours de stigmatisation", a insisté François Fillon. "La politique que nous conduisons, c'est une politique qui respecte la loi et qui s'adresse à toutes les personnes qui sont en situation irrégulière".

La plupart des Roms reconduits dans leur pays sont toutefois en situation régulière. Citoyens communautaires entrés en France depuis moins de trois mois, ils acceptent l'aide au retour volontaire. Ainsi, sur les 979 Roumains et Bulgares reconduits à la frontière depuis le 28 juillet et l'offensive de Nicolas Sarkozy sur les campements illégaux, 151 ont été expulsés pour séjour irrégulier, a indiqué Eric Besson.

Aucun des 29 vols affrétés spécialement pour reconduire ces Roms n'a concerné des expulsions, a-t-il ajouté, réfutant ainsi le terme de "charters de Roms". Enfin, 128 campements illicites occupés par des ressortissants roumains ou bulgares ont été démantelés depuis le 28 juillet. Des mesures relevant, pour Brice Hortefeux, "de salubrité et de sécurité".

"Honte pour la France"

Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a reproché au premier ministre de faire "le lien entre immigration et insécurité"."Avec des mots choisis, François Fillon ne dit rien d'autre que Marine Le Pen", la vice-présidente du Front national, a-t-il dit à la presse.

Le gouvernement a également répondu aux critiques de la gauche sur ces reconduites à la frontière, jugées honteuses par la premier secrétaire du PS. François Fillon puis Brice Hortefeux ont ainsi rappelé que plusieurs collectivités urbaines, dont la communauté urbaine de Lille présidée par Martine Aubry, avaient demandé cet été le démantèlement d'un campement illégal .

Martine Aubry a insisté sur France Info sur la différence entre faire appliquer la loi et proposer des solutions de relogement et d'insertion pour les Roms. "Je suis la première lorsqu'il y a des problèmes et des délits à demander des sanctions. (Mais) les évacuer comme ça par charters, c'est une honte pour la France", a-t-elle dit.

Brice Hortefeux a assuré que, pour les gens du voyage français, la création d'aires d'accueil serait accélérée. Il en a ainsi inauguré une lundi dans les Alpes-Maritimes. "D'un côté, on n'occupe pas de manière illégale, illicite, des terrains (…) et simultanément nous encourageons les collectivités à prévoir précisément des espaces garantissant à la fois la légalité, la dignité et la salubrité", a-t-il dit.