« Un coup de couteau dans le dos » des dirigeants européens. Voilà ce que représente, pour l’ancien ministre des Finances grec, Stefanos Manos, la décision de George Papandréou.

Le Premier ministre grec a en effet créé la surprise, et suscité la fureur de Paris et Berlin, en prenant cette initiative de manière isolée, quelques jours à peine après un sommet-marathon, mercredi 26 octobre, qui aura dressé les bases d’un nouveau plan de sauvetage de la zone euro.

La France et l’Allemagne ont d’ailleurs convoqué George Papandréou à la veille du sommet du G20 à Cannes, mercredi 2 novembre, pour obtenir des explications.

Vote de confiance

Le Premier ministre grec a toutefois obtenu, mercredi matin, le soutien de son gouvernement à son idée de faire s’exprimer la population sur le plan de sauvetage européen, avant de lui infliger une nouvelle cure d’austérité.

Un vote de confiance au parlement aura lieu vendredi.

"Le référendum sera un mandat clair et un message clair en Grèce et à l'extérieur concernant notre avenir européen et notre participation à l'euro", a affirmé Papandréou dans un communiqué publié par ses services.

L'annonce a provoqué, mardi, une plongée des marchés financiers et l’euro reste sous tension, mercredi 2 novembre.

Réactions

"Cette annonce a surpris toute l'Europe. La France tient à rappeler que le plan adopté jeudi dernier à l'unanimité des 17 membres de la zone euro est la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque", a déclaré Nicolas Sarkozy, mardi, après une réunion avec les principaux ministres concernés à l'Elysée.

"Donner la parole au peuple est toujours légitime mais la solidarité de tous les pays de la zone euro ne saurait s'exercer sans que chacun consente aux efforts nécessaires", a-t-il ajouté.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble se veut rassurant. Dans le Financial Times Deutschland, mercredi, il estime que les Grecs soutiendront les réformes du gouvernement lors du référendum.

"Si la Grèce accepte le fardeau et les efforts exigés par les programmes d'aide, s'ils veulent demeurer dans la zone euro, ils soutiendront le plan", affirme-t-il.

Mi-janvier

Le porte-parole du gouvernement grec a indiqué que le référendum « aurait lieu dès que possible », une fois que certains détails essentiels de l'accord sur le plan de sauvetage, toujours en suspens, auront été formulés.

Le vote ne devrait donc pas intervenir avant la fin de l'année. Des responsables grecs évoquaient, lundi, un scrutin vers la mi-janvier.

Démission

Six membres du Pasok, le parti de Georges Papandréou, ont demandé la démission du Premier ministre, estimant qu'il mettait en péril l'appartenance du pays à l'Union européenne.

"Pour la première fois, nous reconnaissons que notre politique manque de légitimité", a confié un ministre.

Un député du Pasok a quitté son groupe parlementaire, réduisant la marge de manoeuvre de Papandréou qui ne dispose plus que de 152 élus sur 300 au parlement.

Embarras au G20

Cette annonce-surprise pourrait être lourde de conséquences. Le cas de la Grèce fera sans aucun doute la « une » du sommet du G20 à Cannes.

Le monde entier s’inquiète de la stabilité de la zone euro. Et les dirigeants européens s’étaient engagés à se montrer unis dans la difficulté. C'est un exercice manqué.

L'annonce de Papandréou pourrait entamer le soutien politique des certains Etats du Nord de l'Europe et décourager des investisseurs potentiels comme la Chine.

Le projet de référendum pourrait également remettre en cause le versement de la sixième tranche d'aide à la Grèce de 8 milliards d'euros, prévue début novembre. Pour le FMI, qui demandait à être convaincu de l’engagement des pays de la zone euro à sortir la Grèce de la crise, ce sera « difficile de se décider », a estimé mardi le ministre néerlandais des Finances, Jan Kees de Jager.

Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a rappelé que la Grèce se trouverait en faillite si les électeurs grecs rejetaient le plan de sauvetage.